The beautiful and rich seal of Adolphe Thiers


Bien plus qu’un objet certes luxueux et remarquable, le sceau d’apparat de Monsieur Thiers raconte aussi une histoire, des histoires d’hommes et l’Histoire de France.

Sceau en pierres dures et or de forme cylindrique évasée, le manche composé de baguettes de lapis, jaspe sanguin,cornaline et autres pierres dures de couleurs surmonté d’une prise en lapis-lazuli, la monture en or formant un serpent enroulé autour du manche, la matrice en agate.

Les protagonistes de l’histoire de cet objet sont : « Monsieur »Thiers et le maréchal Maison :

Nicolas-Joseph Maison (1771-1840), général français de la Révolution et de l’Empire issu du rang et du peuple, considéré comme étant un officier doué et compétent, remarqué par Napoléon Ier. Maréchal de France sous la Restauration(1829), après sa brillante campagne de Grèce contre les Turcs.

Homme au caractère indépendant mais très loyal (ayant juré fidélité à Louis XVIII, il ne participera pas aux Cent-jours), il rejoint la révolution de juillet aux cours des Trois-glorieuses.

Ministre de la guerre le 30 avril 1835, il le restera jusqu’au 19 septembre 1836, date à laquelle il se retire de la vie publique. Il meurt en 1840. Il devint Baron d’Empire, Comte puis Marquis sous la Restauration.

Adolphe Thiers (1797-1877)

Journaliste politique originaire de Marseille, monté à Paris. Remarqué par Talleyrand qui protégea ses débuts, il favorisa la carrière d’Eugène Delacroix, fils adultérin de son mentor. De toutes les coteries qui lui permettaient de se mettre en valeur, il finira même premier Président de la Troisième République(1871-1873) avant d’être démis par les Chambres. Il écrasera la Commune de Paris en 1871  dont il dira: « qu’on la fusille !  »

Son épouse Élise Dosne, née en 1818, mourra en 1880. Sa belle-sœur Félicie Dosne, née en 1823, mourra en 1906.

Les deux hommes, le maréchal Maison et Thiers, furent très liés dans les années 1835/36 : le 12 mars 1835, Thiers n’accepte de participer au gouvernement (sur demande du roi Louis-Philippe) que si le maréchal Maison devenait ministre de la guerre, lui-même prenant le portefeuille de l’Intérieur.

Le 22 février 1836, Thiers est nommé Président du conseil (tout en restant ministre de l’Intérieur), le maréchal Maison gardant le portefeuille de la guerre. La démission de Thiers, suite au désaccord avec le roi sur la question d’Orient, sera effective le 8 septembre 1836. Elle entraînera celle de Maison comme indiqué plus haut.

Le papier usé et abîmé trouvé au fond de l’écrin de ce sceau en pierres dures et or indique que l’objet fut un cadeau du maréchal Maison à Thiers, donc entre 1829 et 1836 date du retrait définitif de la vie publique du maréchal. Thiers n’acquit sa véritable importance politique que sous Louis-Philippe ( à partir de 1830). On peut affirmer qu’il devint un politicien incontournable dès 1832.

Le document trouvé dans l’écrin n’a pas été écrit par Thiers ou Maison, il date des années 1880/1900 au regard de l’écriture et de la texture du papier mais il relate l’histoire de l’objet que connaissait celui qui l’a rédigé, qui en était alors le possesseur. Il est écrit très exactement ce qui suit :

« cachet donné par le maréchal Maison à Monsieur Thiers et dont m’a fait cadeau Mlle Dosne après la mort de Madame Thiers sa sœur  ».

Thiers fut l’amant de Madame Eurydice Dosne, femme d’un riche agent de change, dont il épousa la fille aînée et devint l’amant de la cadette, sa belle-sœur. On parlait volontiers de « ses trois femmes » dans les salons parisiens. Le mot de harem fut même prononcé…Sa proximité avec Talleyrand débordait jusque dans sa vie privée !

Son épouse lui apporta, en dot, l’hôtel particulier de la place Saint-Georges à Paris, aujourd’hui fondation Dosne-Thiers.

Les relations entre Thiers et Maison étaient puissantes comme l’indique l’exigence du premier pour accepter d’entrer au gouvernement. Il est infiniment probable que ce cadeau fut une manière de remerciement et d’adhésion, voir d’affiliation, du maréchal à la politique comme à la personne de Thiers. Ce qui ne put avoir lieu qu’entre le 12 mars 1835 et le 8 septembre 1836. On peut même préciser entre le 22 février et juillet 1836 puisque Thiers devint président du conseil le 22 février et que la divergence avec le roi devint irréductible à l’été : en effet, en formant son gouvernement, Thiers gardait Maison qu’il avait poussé en avant. D’où ce cadeau à Monsieur Thiers. C’est une pièce unique, un objet de commande destiné à une personnalité redoutable et redoutée, dont l’apparence de « richesse éclectique » saute aux yeux. Cet aspect correspondant bien au tempérament de Thiers et de l’époque dont le cri de ralliement était :
« Enrichissez-vous ! »

Le cachet mesure 53mm. Il repose dans son écrin d’origine doublé en cuir, aujourd’hui très abîmé.

La succession de Thiers ne sera réglée qu’au début du 20ème siècle : legs de l’hôtel à l’Institut de France, des documents et papiers privés à la Bibliothèque nationale et des collections artistiques au musée du Louvre. Il y eut beaucoup de pertes suite à l’incendie de l’Hôtel pendant la Commune.

Mademoiselle Félicie Dosne a rendu de nombreux cadeaux quand elle en connaissait la provenance : ce qui signifie que l’objet est revenu dans la famille du maréchal Maison ou de ses ayants-droits. Ce qui advint entre le décès de madame Thiers (1880) et celui de Félicie Dosne(1906).

Ce sceau a été vendu à un antiquaire parisien par un marchand italien à Parme. Il fut remarqué et acheté chez le premier par un collectionneur du midi de la France, qui le revendit chez Sothebys en novembre 2014.

Jacques Tcharny


WUKALI 16/01/2015


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