This new play of theatre takes place in Paris during the 18th century, and deals with economy and men… interesting connections with our present time


«Le Système» pièce de théâtre écrite par Antoine Rault, prend pour sujet un moment de l’Histoire France sur l’aventure Law, sur la Régence, mais est aussi curieusement une projection sur les événements et le temps qui sont les nôtres.

1715, le roi Louis XIV meurt, son neveu, Philippe d’Orléans fait casser par le parlement le testament du monarque et devint régent du royaume. Son ministre des affaires étrangères, qui de fait est le principal ministre, est son ancien percepteur, un petit corrézien issu de la roture, l’Abbé Dubois, qui à force de manœuvres sera nommé évêque puis cardinal. On connait, souvent très mal, cette période de l’Histoire de France, surtout de façon caricaturale : un jouisseur au pouvoir avec la plus retentissante faillite bancaire de l’histoire de France. De fait le Régent s’est montré comme un des plus grands responsables politiques qu’ait eu le pays, un jouisseur, soit, mais un grand homme d’état qui a su s’entourer d’homme de grandes valeurs comme l’Abbé Dubois, ce qui a froissé son ami d’enfance, le duc de Saint-Simon qui n’est pas tendre avec lui dans ses mémoires.

Le Régent et Dubois ont hérité d’un royaume en pleine désagrégation, épuisé par des guerres incessantes qui l’ont ruiné. Ils ont su développer une diplomatie de paix ayant pour résultat la signature de la Quadruple alliance (Angleterre, Hollande, Autriche, France) ce qui a permis de mettre fin aux velléités de Philippe V d’Espagne de monter sur le trône de France, ils ont dû lutter contre diverses conjurations dont la plus célèbre est celle du prince de Cellamare visant à donner la régence au duc du Maine, le bâtard préféré de Louis XIV, contre les révoltes populaires dont celles des bretons aux bonnets rouges autour du marquis de Pont-Aven, et gérer un budget en déficit chronique. Tous les lecteurs qui ont vu « Que la fête commence » le film de Tavernier connaissent bien cette période et les chausse-trapes que Philippe d’Orléans et Dubois ont su éviter.

La pièce d’Antoine Rault porte sur les moyens qui furent mis en œuvre pour essayer de restaurer le budget de l’Etat. Plus de deux milliards de déficit soit 60% de la richesse nationale, des moyens utilisés qui s’avèrent inopérants du moins à court terme : augmentation des impôts, baisser des dépenses, dont celles du jeune Louis XV, chasse aux fraudeurs (selon quoi on invente rien de nos jours). Arrive à la cour une sorte d’aventurier écossais, John Law, un mathématicien idéaliste, visionnaire, joueur, qui de fait veut mettre en place dans le royaume ce qui va devenir l’économie moderne. Son système passe par la dématérialisation de la monnaie et par le développement du commerce au niveau des échanges internationaux. Il crée la Banque royale, première banque centrale en France, les premiers billets de banque, lance la première société internationale par actions (la Compagnie du Mississipi). Son mot d’ordre est la confiance, et fort de sa bonne foi, il ne perçoit pas les jalousies qu’il génère, ne perçoit pas les résistances, les conservatismes, la peur de ceux qui ont un certain pouvoir et craignent de le perdre, le bouleversement insidieux de toute la structure de la société en permettant aux classes laborieuses de s’enrichir et de s’élever dans la hiérarchie sociale remettant en cause l’importance de la naissance quant à son positionnement dans la société.

De fait, au lieu de la confiance, ce n’est que spéculation, création d’une des premières bulles financières de l’histoire qui finit par un « crash » retentissant.

Antoine Rault nous fait un excellent cour d’économie, simple limpide, montrant bien qu’à force de croire que « l’économie est une science », on oublie l’homme, ses passions, ses désirs et son égoïsme et par voie de conséquence son irrationalité. Et je ne parle pas des réflexions plus que pertinentes sur la temporalité de l’économie qui n’est pas du tout celle du politique. Les réformes économiques n’ont des effets qu’à long terme, alors que les politiques sont confrontés au présent et au très court terme.

Et puis les ambitions, le cynisme voire le réalisme des hommes de pouvoir symbolisés par l’Abbé Dubois. On perçoit un homme complexe qui ne croit en pas grand-chose et sûrement pas en la nature humaine, qui pense à ses avantages personnels mais aussi aux intérêts de l’Etat. Il souhaite que le système de Law réussisse, mais prévoit aussi son échec et s’’y prépare. Philipe d’Orléans est décrit comme un homme torturé, en mal d’affection qui ne demande qu’à être aimé mais qui se sait seul car le pouvoir qu’il voulait, qu’il a pris, rend son titulaire seul. John Law est perçu comme un idéaliste, ne souhaitant rien pour lui, ce qui est incompris dans une société où ses membres sont à la recherche d’honneurs et de privilèges. De fait Antoine Rault décrit parfaitement non seulement les mentalités de cette époque mais aussi la complexité psychologique des hommes qui la composent.

Bien sûr, il est difficile de ne pas faire de parallèle avec la situation actuelle de notre pays au niveau économique, et cette pièce nous aide à mieux percevoir les forces parfois contraires qui s’opposent, la relativité des théories économiques. A ce niveau, « Le Système  » devrait être joué devant tous les lycéens car cette pièce est bien plus efficace que des heures de cours d’histoire, d’économie, voire de sciences politiques.

Ce livre s’achève par « quelques mots de plus  » dans lesquels l’auteur nous explique sa démarche. Une dizaine de pages d’une grande profondeur, d’intelligence, d’humanisme. Sans le vouloir, sa conclusion lue après les attentats du 7 janvier prend une force, que l’on trouve dans la pièce, extraordinaire : « j’aime mieux ma démocratie –même médiocre – qu’à une dictature – même éclairée -… Je suis libre d’écrire et d’aller manifester dans la rue et je n’ai pas peur d’être agressé ou tué pour avoir osé critiquer ».
On est tous Voltaire
Je suis Charlie

Emile Cougut

Antoine Rault est l’auteur du Diable Rouge, pièce qui a été nommée sept fois aux Molières et qui reçut le Globe de Cristal de la meilleure pièce.


Le Système


Antoine Rault

Éditions Albin Michel. 15€


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