When two senior adults meet, are expecting to die, speak together and meet love


Dans le dernier livre d’Édouard Moradpour, «Nous parlions d’amour de peur de nous parler d’autre chose», l’équation est simple pour les deux personnages : Si notre vie n’a plus de raison d’être, si notre avenir nous paraît totalement inexistant, la meilleure solution n’est-ce pas de mettre fin à cette vie de façon la plus paisible possible ?

D’un côté, Julien, la soixantaine, grand avocat d’affaire, riche, collectionneur d’œuvres d’art, amateur de femmes mais n’ayant jamais trouvé l’idéal féminin de ses rêves. Il a eu une relation fusionnelle avec sa mère, atteinte de la maladie d’Alzheimer qu’il a accompagnée jusqu’à sa fin. De l’autre Éléonore, 42 ans, violoniste dans un orchestre, n’arrivant pas à faire progresser sa carrière. Elle accumule les amours décevantes et prend progressivement conscience que les hommes ne la perçoivent qu’à travers son physique pour faire l’amour ou pour servir de « potiche ». Son métier, sa passion pour la musique, ses amants égoïstes lui ont causé la frustration de ne pas être mère malgré son désir de maternité.

Tous deux évoluent dans des milieux totalement différents qui ne se croisent jamais. C’est le sujet de la première partie de ce livre qui s’achève quand tous les deux s’aperçoivent qu’ils sont atteints de maladies dégénératrices. Lui pense avoir la maladie d’Alzheimer de par des symptômes qui ressemblent à ceux qu’eut sa mère, elle se sait atteinte d’une sclérose en plaque qui l’empêche de continuer à jouer du violon.

Dans la seconde partie, tous deux se croisent par hasard à Zurich dans la salle d’atteinte d’une clinique spécialisée dans l’euthanasie assistée. Le soir ils se reconnaissent dans le restaurant de l’hôtel dans lequel ils sont descendus et décident de rester ensemble durant les deux jours pleins qui leur reste à vivre. Elle va lui faire découvrir sa passion pour la musique, lui qui aimait l’opéra mais ne savait pas l’entendre ; il va lui faire découvrir la force de la peinture. Petit à petit, grâce à l’Art, grâce au partage qu’il institue entre eux va naître un début de passion amoureuse. Chacun trouvant à l’orée de la mort une vraie écoute, une vraie compréhension, une totale empathie, mais surtout la « moitié » si chère à Platon qu’ils ont cherchée en vain.

Ce qui les réunit c’est l’idée de la mort, leur volonté de mourir et chacun montre le chemin de la vie à l’autre. Leur force à chacun c’est que sachant leur fin programmée, ils n’ont plus de masque, leur vraie personnalité apparaît, ils osent se dire leurs doutes, leurs angoisses, leurs peurs, mais aussi leurs aspirations qu’ils croyaient disparues comprenant que s’ils y avaient définitivement renoncé, c’est avant tout parce qu’ils n’avaient pas trouvé la personne idoine pour les partager. Et de fait c’est bien parce qu’ils avaient peur de parler d’autre chose qu’ils finissent par parler d’amour.

Ce livre est d’une force incroyable, parfaitement écrit, dans un style limpide, sans fioriture, sans « pathos », il amène le lecteur à s’interroger sur sa propre histoire, sur son attitude face à la mort, sur l’importance de rester, même devant cette dernière, ouvert aux autres. Il nous montre surtout que nous sommes souvent seuls, même entourés, seuls avec nous-mêmes, car nous n’avons pas à nos côtés une personne avec qui partager en toute sincérité, une personne qui nous apprécie pour qui nous sommes et nous pour l’image que nous leur montrons. «  Je t’ai traité d‘égoïste. J’ai toujours pensé que j’étais moi, charitable. C’est drôle comme l’image qu’on a de soi est équivoque, falsifiée. Nous sommes de mauvaises contrefaçons de l’image que nous pensons être. A force, d’emprunter, de dissimuler, nous ne savons plus de quel argile nous sommes fait. Qui prend, qui donne ? »

Et puis, il y l’importance de l’art pour sortir de son cocon, de la routine quotidienne, l’art qui unit, qui sauve quand on sait l’apprécier pour ce qu’il est et non pour ce que nous voudrions qu’il soit : « Quant à savoir ce qu’est la beauté… Notre expérience esthétique repose sur notre sensibilité, cela ne se démontre pas. C’est peut-être ce qui lie les hommes : ce jugement quasi général, spontané, qui dépasse notre petite individualité. Mais l’habitude du regard rentre en compte. » Voilà un superbe sujet pour l’épreuve de philosophie du baccalauréat.

J’ai vraiment apprécié ce beau livre qui est une magnifique découverte en ce début d’année.

Émile Cougut


Nous parlions d’amour de peur de nous parler d’autre chose

Édouard Moradpour

Éditions Michalon. 18€


WUKALI 28/02/2005


Ces articles peuvent aussi vous intéresser

Notre site utilise des 'cookies' pour améliorer votre expérience et son utilisation. Si vous le refusez vous pouvez les désactiver. Accepter En savoir plus