Theater and dance on the idiom Polices


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POLICES ! Majuscule, pluriel. Un cri, des cris, contre toutes les formes de police. Le texte de Sonia Chiambretto, à la frontière du théâtre documentaire, riche d’archives sonores et de témoignages, propose plusieurs visions de ce mot «police» dont on réduit souvent le champ sémantique aux hommes en bleu. De son sens le plus immédiat à travers des témoignages d’enfants à une vision plus globale et presque anthropologique de ce que veut dire faire police ce texte parcourt notre rapport à ces forces de l’ordre et, bien qu’écrit en 2011, résonne d’une bien étrange façon depuis le 7 Janvier.

Entre ce texte performatif, plus que théâtral, et le travail chorégraphique de Rachid Ouramdane il y a de nombreux points communs, d’abord cette recherche dramaturgique profonde qui vient nourrir une esthétique par des matériaux d’archive, mais surtout, il existe chez ces deux artistes une même vision de la forme performative à travers leur medium respectif : un même agencement des matériaux en partition, une même conception de la dramaturgie, chorégraphique pour l’un, textuelle pour l’autre. De cette rencontre nait une dramaturgie esthétique subtile et extrêmement poétique.

Rachid Ouramdane réussit, à travers cette dramaturgie esthétique, à évoquer sans montrer, à dire sans illustrer, bref, à provoquer chez le spectateur des sensations qui convoquent des réminiscences d’évènements ancrés dans notre mémoire collective où la foule, la police, l’armée, les mouvements de masse se sont affrontés, réunis, élevés en groupe porté par une seule et même voix. On ne peut s’empêcher de revoir par flashes des images de journaux télévisés, comme si ce mur de fond de scène kaléidoscopique était là pour nous servir individuellement de surface de projection de nos images télévisuelles.

Cependant, cette construction chorale permet elle l’empathie, « l’identification », si chère au spectateur, qui vient naturellement lorsque l’ on extrait du groupe un sujet représentatif dont on dresse le portrait intime, ce personnage dont l’intime devient l’universel n’existe pas ici. Le personnage, c’est le groupe, la masse, composée d’une multitude de micro-entités, de micro-identités énumérées les unes à la suite des autres dans une liste si longue qu’il est impossible d’isoler chaque membre du groupe. Les témoignages s’élèvent au dessus de la foule dans une dissociation des voix et des corps. Un même témoignage se fragmente dans l’espace sonore et devient multiple. La choralité, un choix assumé par Rachid Ouramdane, trouve sa justification dans le propos de la pièce qui évoque ces masses, ces groupes qui parlent et se déplacent à l’unisson. On frissonne aux pas militaire de ces civils en bleu, citoyens ou soldats, la frontière est volontairement floue. On frissonne encore au chant des enfants, chœur de sirènes… de police. On frissonne encore et encore face à ce groupe qui se dissout dans la mer dans une lenteur troublante. On frissonne, mais c’est éphémère. La disparition du personnage en tant qu’individu (cf. Robert Abirached – «La crise du personnage dans le théâtre moderne») au profit du groupe permet-elle encore une empathie, pour ne pas dire une catharsis, qui irait au delà du frisson éphémère ? Ce questionnement du groupe face à l’individu, c’est aussi le point central de ce spectacle : « Il faut être solidaire : solidaire avec D pas avec un T »

Ronan Ynard


POLICES!


Rachid Ouramdane

Théâtre de la Ville. Paris. du 1er au 3 avril 2015


Illustration de l’entête: Crédit Photo Patrick Imbert

WUKALI 02/04/2015

Courrier des lecteurs: redaction@wukali.com


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