Incest an heinous crime

Le roman de Frank Andriat , Ces morts qui se tiennent par la taille, est de ceux qui bouleversent. Une photographie représentant un jeune couple enlacé. C’est la seule image qu’il reste à l’héroïne de ce roman de ses grands parents. Une photographie qui ne fait que figer pour l’éternité un instant, qui montre une scène que celui qui l’a entre les mains interprète comme il veut. Il est bien connu que les images mentent, elles ne font que « montrer » ce que le photographe veut transmettre, ce que les personnes qui posent veulent faire passer à la postérité. De fait, une photographie ne reflète pas la réalité. C’est la réflexion de l’héroïne à la vue de ce couple : « tant de bourreaux apparaissent souriant sur des photos et on les trouverait sympathiques si l’on ne connaissait pas leur histoire  ». Ceux qui ont visionné les petits films en super8 qu’Eva Braun a fait de son amant, trouve Hitler plutôt agréable, et pourtant ce fut un des pires assassins que la terre n’ait jamais porté, et il en est de même de Staline et autres dictateurs sanguinaires dont l’invention de Nicéphore Niepce a permis de léguer leurs traits à la postérité.

Dans le livre de Frank Andriat, le bourreau c’est avant tout son grand-père, Fred, avocat brillant, qui dans sa vie privée se révèle être un pervers narcissique qui domine, enlève toute personnalité à sa femme Élise et à sa fille Clara, les réduisant à un statut de marionnettes dont ils tirent les fils. Victimes toutes les deux, mais aussi bourreaux de la petite fille par leur silence, leur passivité, leur peur. Les complices du bourreau sont aussi des bourreaux.

La vie de l’héroïne de «Ces morts qui se tiennent par la taille  » (dont nous ignorons le prénom) bascule le jour de ses treize ans, quatre mois et onze jours, quand son Dieu commet l‘irréparable, lui vole son innocence, marque sa chaire, détruit sa vie. Jamais après ce jour là et les quatre vingt dix-huit viols qui suivront elle ne pourra avoir une relation « normale » avec un homme. Grâce à son amie Freya, qu’elle a protégé de ce prédateur, elle va trouver la force de sortir de cet enfer. Mais elle est poursuivie par ce passé et essaie de comprendre pourquoi Élise et Clara n’ont pas trouvé la force de partir et de la protéger, pourquoi Clara refuse de lui dire qui était son père. A la mort de cette dernière, elle connaîtra enfin la vérité sur son enfance.

Frank Andriat nous livre ici le portrait parfait du prédateur : en public un homme brillant, en privé un monstre, Dr Jekill et Mr Hyde dans un même corps, un manipulateur sûr de lui, de son bon droit, qui ne supporte aucune contradiction, aucun commencement de révolte, et qui est persuadé qu’il aide sa petite fille à lui faire découvrir sa féminité en la violant. Rengaine habituelle des hommes incestueux qui n’imaginent pas les ravages qu’ils causent à leur victime. A un adjectif près (cupide), Fred correspond totalement à la définition de l’homme faite par Baudelaire « L’homme, tyran paillard, dur (et cupide). » L’auteur montre bien les ravages qu’un tel personnage, qui est loin d’être sorti de son imagination, cause à ses proches : il leur ôte toute personnalité, les rabaisse, les humilie, les transforme en esclave, en marionnette, trouve sa force dans cette dépersonnalisation et ne peut imaginer qu’il est gravement malade.

À travers la quête de l’héroïne, se déroule une histoire d’une grande humanité qui, hélas est plus courante que nous l’imaginons tant les victimes ont des difficultés pour briser chaînes et s’adresser à la justice.

Émile Cougut


Ces morts qui se tiennent par la taille

Frank Andriat

Éditions du Rocher. 16€90


WUKALI 20/04/2015

Courrier des lecteurs: redaction@wukali.com


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