An Egyptian artist from Cairo, Paris and New-York


Wukali existe quasiment jour pour jour sur internet depuis 4 ans et au fil du temps s’est enrichi de multiples coopérations d’amis, d’hommes et de femmes de passion, d’intelligence et de sensibilités ( plus de 2040 grands articles). J’ai aujourd’hui la grande joie d’accueillir parmi nos chroniqueurs Hajoura Gahbiche, jeune tunisienne de 23 ans et étudiante aux Beaux-Arts à Tunis, passionnée de culture, amoureuse de la langue française telle elle se définit elle-même. Bienvenue Hajoura! Son enthousiasme à vouloir écrire dans Wukali tel j’ai pu le découvrir dans l’email que j’ai reçu constitue à mes yeux un très bel hommage à l’éthique, l’art n’est-il pas ce lieu de fusion qui transcende nos faibles différences et nous fait chaque jour plus humains. Les barbares qui font hélas actualité ne triompheront point!

Pierre-Alain Lévy


Ghada Amer est une artiste égyptienne née au Caire en 1963. En 1989 elle part pour Nice puis deux ans après en 1991 s’installe à Paris où elle accomplit le reste de ses études. En 1997, elle obtient une bourse de la Fondation Pollock et en 1999, reçoit le prix Unesco à la Biennale de Venise.

Elle est aujourd’hui installée à New York. C’est une artiste contemporaine qui brode sur des grandes toiles des images provenant de magazines de charme. Ghada est née au coeur d’une société arabe et religieuse et aujourd’hui elle vit à New York au sein d’une société ouverte où la femme est parfaitement libérée de toutes contraintes et de tous jugements vis-à-vis de la société. En effet , Ghada Amer avait commencé à rassembler couture et toile en fin 1991 elle découpait des patrons et les cousait sur la toile . Petit à petit elle a agrandi la forme du patron et s’est mise à marquer certaines ligne de couture puis elle a cousu directement sur la toile même. De là est née l’idée d’assembler couture et broderie à la toile et donc à la peinture. Amer convoque dans son travail tout ce qui est en rapport avec le corps féminin ; la provocation, le désir, le plaisir sexuel , le coté charnel, ainsi que la douceur ,l’amour et le coté rêveur se trouvant chez chaque femme .

Ainsi, après avoir grandi entre femmes égyptiennes voilées et pudiques, Ghada Amer se retrouve entourée de femmes américaines ouvertes, émancipées, indépendantes, qui assument leur corps et se permettent de s’afficher comme bon leur semble. Cette confrontation des deux cultures complètement opposées l’une à l’autre et qui traitent la femme de deux façons différentes ont poussé Ghada Amer à mettre en question tout ce qui est en rapport avec le corps féminin. D’ailleurs, bien que l’artiste se base sur des images prises dans des magasines pornographiques , on peut apercevoir des princesses de Disney sur certains de ses travaux .

C’est une artiste multi disciplinaire qui a touché à tout : sculpture, peinture, dessin, broderie, installations…. Mais son travail se base surtout sur l’assemblage de la broderie à la peinture qui constitue une technique artisanale et populaire en Égypte, reprenant ainsi des imaginaires pornographiques et les exaltant dans une vision artistique.

Traitant des sujets aussi délicats et intimes que le plaisir et l’amour, Ghada Amer montre qu’il est possible de résister à une représentation conformiste des femmes dans l’art. Puisant plusieurs de ses références iconographiques dans des magazines érotiques, l’artiste égyptienne montre des corps de femmes exhibés pour un public masculin et hétérosexuel. Chez Amer, il y a un croisement manifeste entre art et culture populaire.

Elle oppose un médium reconnu comme artisanal -la broderie- avec laquelle elle représente ces figures inconvenantes de femmes occupées à leurs délectations et plaisirs intimes, en mettant délibérément à l’avant-scène les fils laissés en plan par l’« ouvrage » pour atténuer l’effet relativement choquant de la composition.

Plaisirs et loisirs féminins traduisent la volonté de l’artiste de fusionner un contenu et une manière de faire afin de remettre en question les critères de qualité de l’art.

En brodant non seulement sur des objets ou des vêtements mais aussi sur des toiles tendues sur châssis, Ghada Amer tend à brouiller la frontière entre objet et peinture, savoir faire artisanal et production artistique. Ses œuvres, et exceptionnellement celles mêlant broderie et acrylique sur toile exécutées entre 1995 et 2001, témoignent d’une grande complexité. Sur les plus récentes, apparaissent tout d’abord de grandes coulures, semblant inscrire cette production dans une tradition picturale expressionniste abstraite. Un regard plus attentif et plus rapproché permet de voir tout un réseau de fils et de motifs brodés en surimpression. Ces images brodées sont celles, difficilement lisibles, de femmes nues, jambes écartées, têtes renversées. On passe ainsi imperceptiblement des coulures de peinture, aux fils colorés, aux corps figurés de femmes.

Récemment des stylistes, influencés par la manière de faire de Ghada Amer, tels Martin Margiela et Susan Ciancolo ont inversé le rapport entre forme et couture, extérieur et intérieur. Le travail d’Amer met partiellement le dedans dehors.

Hajoura Gahbiche


WUKALI 29/04/2015

Courrier des lecteurs: redaction@wukali.com

Illustration de l’entête: Ghada Amer. Girls in white/ Filles en blanc, fil et peinture acrylique sur toile (2004)


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