No better than an Englishman to speak about Napoleon


18 juin 1815, il y a deux cent ans, dans « la morne plaine » de Waterloo, « la pâle mort mêlait les sombres bataillons  », on connaît la fin aussi bien du poème de Victor Hugo que de l’histoire qui vit la fin de l’épopée napoléonienne. Et pourtant, pour Stephen Clarke il y a bien un paradoxe : pour ce parfait connaisseur de la société et des mentalités françaises, on a bien l’impression que ce sont les battus qui ont gagné cette bataille.

Avec un respect à peine dissimulé pour l’œuvre de l’homme, il s’amuse, avec une certaine mauvaise foi toute britannique, donc particulièrement humoristique, à démontrer les élucubrations des napoléonâtres. Pour eux, Napoléon a été victime des circonstances : il souffrait d’hémorroïdes (sûrement pas beaucoup vu qu’il passa la journée à cheval), il avait trop plu empêchant les canons de manœuvrer et en mouillant la poudre des cartouches (comme si les Anglais avaient eu eu de la poudre sèche), les Anglais n’ont pas été « fair play » (sûr que Napoléon lui l’était lors des batailles), l’Empereur était entouré de mauvais officiers et de traitres, il est certain que Ney s’il était brave et courageux était un très mauvais tacticien, que Grouchy fut plus que nullissime, et que le chef de son état major Soult n’avait pas la rigueur et le métier d’un Duroc. Et puis, pour les témoins français et les historiens, Napoléon a gagné la bataille contre les Anglais, mais furent vaincus par l’arrivée des Prussiens, sans eux, le champs de bataille restait français. Quelque part, le génie de Napoléon ne pouvait le faire perdre, si le résultat fut ce qu’il fut, ce n’est pas de sa faute, mais des autres, des éléments et même de Dieu si on en croit Victor Hugo !

Car le mythe, voire la quasi déification de Napoléon, n’est pas du qu’aux mémoires, témoignage des vétérans de la Grande Armée, comme le capitaine Coignet qui nous a légué de superbes carnets sur la vie quotidienne d’un soldat de cette époque totalement ébloui par le charisme de l’empereur, mais aussi par les écrivains et tous les artistes dans tout les domaines et ce dans l’Europe entière, voire dans l’univers. Et de citer Stendhal, Hugo, mais aussi Hegel, Nietzsche, Beethoven, Byron, etc.

Mais Stephen Clarke ne s’arrête pas aux napoléonnâtres, mais à tous les Français qui admirent tous le legs de l’Empire. Bien sûr il y a une fierté certaine de la gloire et du rayonnement de la France de cette époque, mais on salue le travail législatif, les réformes en profondeurs du pays comme le code civil ou l’organisation de l’éducation nationale. Et puis, fait remarquer l’auteur, où qu’il aille sur le continent européen, un Français finit très vite par trouver un monument, une statue à la gloire de Napoléon, et dans le monde entier c’est sûrement le Français le plus connu. Le plus grand paradoxe de cette gloire est sûrement le site même de Waterloo. Soit la plaine a été remodelée avec la butte du Lion d’Orange, mais le musée est à la gloire de Napoléon, et les deux vainqueurs Wellington et Blücher sont quasi absents, ou tout au moins marginalisés, même l’immense tableau représentant un moment fantasmé par Hugo de la bataille a été peint… par un français.

Et puis, font remarquer les fans de Napoléon, en ce début du XIX siècle, on ne connaît dans le monde entier qu’un seul souverain, le Français, ceux des autres pays le sont nettement moins et celui qui l’est le moins est le britannique George III qui était fou (les Français savent être aussi perfides que les Anglais).

Bien sûr, le premier artisan de cette gloire posthume fut Napoléon qui sut en quelque sorte mettre en scène les six années qu’il passa à Saint Hélène pour se présenter comme la victime de la mesquinerie de « la perfide Albion », et qui su avec Las Cases et le mémorial de Saint Hélène, bâtir un monument à sa gloire. Travail d’autant plus facile que le monarque lors de la restauration, Louis XVIII, n’avait pas, loin de là, le même charisme que Napoléon et on cite souvent le tsar Alexandre Ier qui le trouvait l’homme le plus nul d’Europe et pensait qu’il valait mieux pour la France un régime républicain plutôt que monarchique (de fait, Louis XVIII, malgré ses maladresses, a su apaiser les tensions qui déchiraient la France, mais la postérité, le comparant à Napoléon n’a pas été tendre avec lui), et que dire de Charles X qui voulait faire l’impasse de la Révolution et de l’Empire.

Pour Stephen Clarke il y a bien un mythe napoléonien, plein de mauvaise foi, qui ressemble à un total révisionnisme historique, comme si à cette période toute la France était napoléonienne, et les historiens les plus sérieux démontrent que cela est faux, tout comme il existe un mythe autour de la Résistance durant la Seconde Guerre Mondiale.

Stephen Clarke reconnaît que les Anglais ne sont pas bien placés pour dénoncer les napoléonâtres, vu que les Français se rendant à Londres par train arrivent à la gare de Waterloo à proximité de Trafalgar square. A chacun ses héros.

Il faut être honnête, les meilleurs connaisseurs des mentalités françaises, comme nous l’a si brillamment démontré Theodore Zeldin, sont les Anglais et non la cohorte des sociologues français. Les Anglais nous scrutent comme des vrais ethnologues pour essayer de comprendre comment ce peuple, voisin, peut être aussi différent dans ses façons de penser, de vivre qu’eux et pourquoi il est aussi « attirant » pour les grands bretons. Une sorte « d’amour/haine » qu’il faudrait faire psychanalyser.

Stephen Clarke, comme beaucoup d’Anglais fait montre d’un sérieux total, avec une pointe de mauvaise foi servi par un humour à toute épreuve. Et depuis le théâtre grec, on sait bien que le message que souhaite faire passer l’auteur est d’autant plus fort, percutant que celui qui le lit, l’écoute, est détendu grâce à l’humour

Félix Delmas


Comment les Français ont gagné Waterloo


Stephen Clarke

Éditions Michel. 20€


WUKALI 10/05/2015

Film d’illustration: Waterloo. réalisation Sergueï Bondartchouk. 1970

Courrier des lecteurs: redaction@wukali.com


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