A Brazilian teen ager, from the well off society to social discoveries


Casa Grande est le premier film du réalisateur brésilien Fellipe Barbosa sorti le 3 Juin 2015 dernier. A travers l’histoire de Jean, jeune garçon de dix sept ans dont le but avoué dès le début du film est de perdre son pucelage, le réalisateur nous donne à voir les clivages de la société brésilienne en mouvement. Jean tombe amoureux d’une jeune fille issue des favelas, et c’est le caractère ségrégant, quand ce n’est pas raciste de la société dans son ensemble qui est dénoncé. Avec au bout du chemin, la révolte contre les codes sociaux d’un milieu privilégié mais étouffant.


Le film est marqué par une intelligence d’écriture hors-norme : personnages à la dimension complexe, où presque la nuance seule est recherchée. C’est la tension qui est voulue par l’auteur, plutôt que la déflagration narrative : les points d’achoppement sont tellement nombreux que l’on pourrait s’attendre à une franche explosion d’un moment ou à un autre. La révolte est douce, sans retombées particulières. Les seules brutalités sociales du film sont celles d’un renvoi d’un domestique, et une conversation houleuse avec la bru passagère à propos des dispositifs de discriminations positives, sans conséquence aucune pour la famille. Au final, Jean est protégé, il le sait, nous le savons, et il n’y a que ses parents pour ne pas s’en apercevoir. S’ils sont ruinés, ils n’auront qu’à vendre leur luxueuse maison ou une part de leur mobilier dernier cri. Le tragique n’en n’est pas vraiment un. Tous les clivages sont peints en douceur, tous les personnages portent leur part de complexité, évitant au film une tombée dans le cliché de la lutte des classes, mais qui aurait quand même pu être un peu plus travaillé.

Classique dans sa narration – tous les ingrédients classiques d’un coming-of-age sont présents : pressions scolaires, découverte de la sexualité, relations enfants-parents, relations entre les camardes, confrontations avec le monde extérieur -, classique dans les effets visuels : plans fixes pour le décors, lumières symboliques, regards et silences qui parlent d’eux-mêmes, variation des lieux, scènes de table, liens discrets avec la musique et l’architecture, nus esthétisants ; le film est excellent de bout en bout. On dénotera seul peut-être un manque de prises de risques, car on ne sort pas des sentiers battus tracés habituellement par le cinéma d’art et d’essai. On récompensera ainsi ce film comme l’on récompenserait un premier de la classe qui manquerait d’une toute petite touche d’originalité : excellent mais sans grande surprise, même si c’est évidemment l’excellence qui prime sur cette touche d’originalité, qui viendra peut-être par la suite dans la carrière du jeune réalisateur qu’on espère très longue.

Ambroise A. Evano


Casa Grande un film de Fellipe Barbosa


WUKALI 01/07/2015
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