Exhibition in the beautiful city of Aix en Provence (France) of SF Moma’s masterpieces


Après le Grand Palais à Paris, l’exposition Icônes Américaines prend ses quartiers d’été à Aix.

Le San Francisco Museum of Modern Art est le premier musée destiné à l’art moderne et contemporain de la côte ouest des Etats-Unis. La collection a récemment été enrichie par un don exceptionnel de la famille Fisher, fondatrice des magasins Gap . Ces œuvres sont issues de la collection de la famille Fisher qui en compte plus de 1000. Le musée américain est actuellement fermé pour des travaux d’agrandissement. Une aubaine, car le San Francisco Museum of Modern art « en tournée », c’est une formidable occasion pour nous de découvrir 43 œuvres parmi les plus belles d’artistes emblématiques de la deuxième partie du XXe siècle.

Alexander Calder, Roy Lichtenstein, Agnes Martin, Richard Serra ou encore Andy Warhol… et bien d’autres. Même si l’exposition ne présente pas Rothko, Still, Rauschenberg, Johns ou encore Pollock, dont la première exposition personnelle s’est justement faite au SFMOMA , il nous reste cependant beaucoup à découvrir des Maîtres de l’art Américain exposés à Aix. Ce sont le plus souvent de très grands formats que l’on peut admirer dans une scénographie d’une belle cohérence, qui met particulièrement en lumière le rayonnement de la scène artistique des années 50 et 60. L’exposition offre également un panorama plus large de l’art du XXe et début XXIe siècle. Nul doute, à travers cette exposition, que le visiteur peut apprécier toutes les influences et mesurer tous les bouleversements artistiques que ces icônes américaines ont véhiculés jusqu’à aujourd’hui. Après la seconde guerre mondiale, tout fut chamboulé. Les rapports entretenus entre l’œuvre et l’artiste, entre l’œuvre et le spectateur, et le statut même de l’artiste fut modifié.

Un autre regard sur l’art.

Et ce sont du reste les icônes qui nous regardent tout au long du parcours. Qui nous regardent sans nous voir quand le pop art est passé par là, lissant les visages et leur enlevant l’expression de toute vie.

Lize, et son regard ombré de vert émeraude ; dans cette distanciation due à la sérigraphie, son regard s’éloigne. Andy Warhol donne le ton dans la première salle qui lui est consacrée. Avec lui, on entre de plain-pied dans l’univers américain par ses toiles colorées, aux effigies hollywoodiennes pas forcément très gaies, mais sûrement très puissantes. Jackie nous évite et soudain nous regarde aussi, dans ce triptyque aux trois visages : Jackie Triptych.

Le regard absent de Marlon Brando, sur sa moto, contraste avec le regard qu’on lui connaît, intense. Et que dire du regard de ce malfrat « most wanted man » qui, le temps de l’exposition, côtoie les stars, dans cette image de presse à la photo très pixélisée.
On retrouvera l’effet « pixel » dans les magnifiques portraits de Chuck Close, portraitiste préféré des Fisher. Ce dernier part d’une photo, qu’il divise à l’aide d’une grille et qu’il reproduit avec minutie. Quantité de carrés prennent vie sur la toile. Chacun d’entre eux, isolé, est une œuvre d’art à part entière.

Robert (Rauchenberg, ami de Chuck Close), dans un portrait hyperréaliste, nous sourit. Il suffit de cligner des yeux et de s’éloigner de la toile, pour que le personnage apparaisse plus vrai que nature. Le travail est étonnant de la part de ce peintre, qui disait être incapable de reconnaître les visages.

Ambiance électrique et tendue, un militaire armé, regard exorbité, est à l’affut. Live Amo (tzing !), de Roy Lichtenstein. Comme le faisait Warhol, l’artiste supprime de l’œuvre un certain nombre de références.
« L’artiste a dépouillé le motif, pour en garder la force visuelle », commente Bruno Ely, directeur du musée Granet.

Il l’a fait également dans cette œuvre de grand format où les références sont multiples, de Léger à Picasso en passant par le surréaliste Georges Bataille.

Autre grand moment de l’exposition avec Carl André, Dan Flavin et Donald Judd. Le mouvement qu’ils représentent est apparu pratiquement en même temps que le pop art. On découvre des œuvres majeures de l’art minimal, caractérisé par un dépouillement formel et l’utilisation de matériaux laissés bruts, en particulier en sculpture.

Et c’est peut-être Carl Andre qui bouleverse le plus fortement la définition de la sculpture même avec ses pièces en porte à faux dont la surface principale est parallèle au sol.

« Attention, vous marchez sur l’œuvre ! Rassurez-vous, c’est prévu par l’artiste. C’est une œuvre sur laquelle on peut se déplacer, commente Bruno Ely. Un des grands intérêts de cet art minimal, c’est d’inscrire dans la réception que l’on a de l’œuvre tout son environnement. Il n’y a plus d’histoire, l’artiste a éliminé tout ce qui est narratif, et pourtant, on peut considérer qu’il s’agit là d’une sculpture. Ces plaques métalliques, posées à l’horizontale, sans socle, sont en parfaite adéquation avec la planéité du sol. Le spectateur est d’ailleurs invité à se déplacer sur l’œuvre, et suivant où il se trouvera, sa perception en sera modifiée.

Nul doute, il s’agit bien là d’une petite révolution que fouler une œuvre d’art qui s’offre à vos pieds !

Superbe de sobriété, l’œuvre de Dan Flavin ! Il s’agit là encore d’une autre métamorphose de l’espace grâce à l’impact de la lumière des néons qui module la lumière du jour sur un espace carré – forme largement utilisée par l’art minimal – La lumière vient vers nous, nous fuit, nous éclaire…

Donald Judd est également un artiste surprenant qui offre au regard du spectateur, une multiplicité de points de vue d’une même œuvre.

Sol Lewitt, Agnes Martin, Ellsworth Kelly sont exposés côte à côte, pour ouvrir le dialogue de l’art minimaliste, des recherches de tridimensionnalité, de géométrie dépouillée, ou encore de cette idée, à défendre aujourd’hui encore, à savoir que l’incarnation physique de l’œuvre n’est pour certains artistes que secondaire : les idées elles-mêmes peuvent être des œuvres d’arts. Ces compositions sont toutefois très étudiées comme celles d’Agnès Martin, la seule femme de l’exposition, qui présente des œuvres en apparence très dépouillées, mais en y regardant de plus près, elles sont faites d’exigence et de précision dans un engagement très fort. « Il y a toujours chez cette artiste ce principe de trames et de grilles qui structurent l’espace, une façon pour elle d’apaiser ses angoisses, ses craintes, ses peurs » précise Bruno Ely, «Rappelons-nous, Cézanne a dit un jour : «Peindre, c’est méditer le pinceau à la main». Une phrase qui s’adapte magnifiquement à l’œuvre de cette artiste.»

Des rapprochements avec Cézanne, des filiations plus ou moins évidentes, Bruno Ely en fera tout au long du parcours. Cézanne n’est jamais très loin.

Et à mi parcours, Calder, le magicien de la sculpture en mouvement, nous met en joie avec notamment avec une œuvre à l’esprit ludique, qui insuffle à celui qui l’observe une belle énergie : Eighteen Numbered Black.

Elle a trouvé une belle place dans le musée, s’anime en haut des escaliers du premier étage, pour prendre d’autres formes quand on l’observe du rez-de-chaussée.

Bruno Ely explique ce choix :« Plutôt que de commencer par Calder, d’un point de vue strictement chronologique, tel que l’on aurait du le faire dans une exposition traditionnelle, on a choisit de déporter Calder dans cet espace car le mobile ne pouvait être installé qu’ici. Ainsi présenté, on peut apprécier toutes les caractéristiques de l’œuvre de Calder, ce côté ludique, car Calder est un artiste qui aime s’amuser, et ce plaisir, on le partage !»

Alexander Calder, Eighteen Numbered Black, 1953; The Doris and Donald Fisher Collection at SFMOMA; © Calder Foundation, New York

On peut encore découvrir Brice Marden, qui fait valser des lignes, Richard Diebenkorn, qui les combine joliment aussi, Cy Twombly, dont la peinture, faite de signes, de mots combinés, est peut-être la plus difficile à déchiffrer, Philip Guston, entre figuration et abstraction…

Il faut noter qu’une part égale est faite dans la collection Fisher à l’abstraction et à la figuration ; Doris et Donald Fisher se sont intéressés à l’ensemble de la production des artistes qu’ils appréciaient sans attachement exclusif à un style pratiqué.
En attendant sa réouverture au printemps prochain, le musée américain a eu la généreuse idée de faire voyager ce patrimoine.

Petra Wauters


Icônes Américaines
jusqu’au18 octobre 2015
Musée Granet

Place Saint Jean de Malte. 13100 Aix-en-Provence


WUKALI 13/07/2015
Courrier des lecteurs: redaction@wukali.com

Illustration de l’entête : Bruno Ely (commissaire de l’exposition et directeur du musée Granet) Ruth Berson (directrice adjointe du SF Moma), et Caitlin Haskell (conservateur peinture et sculpture du SF Moma)


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