This ends our art history series devoted to Leonardo da Vinci’s paintings


Nous ne conclurons pas, non pas par dédain ou volonté délibérée mais parce que c’est impossible : le phénomène Léonard de Vinci dépassant de loin l’entendement de n’importe quel commentateur, aussi talentueux soit-il.

L’artiste a dû créer une petite cinquantaine de peintures. Vingt-cinq sont parvenues jusqu’à nous mais toutes ne sont pas de la main du maître, partiellement ou totalement, ce qui laisse dubitatif à propos des œuvres disparues.

Des peintures avérées, certaines ont été détruites telle La bataille d’Anghiari. D’autres se sont perdues sans laisser la moindre trace : Le Péché originel, La Tête de Méduse, La Madone au fuseau, Lucrezia Crivelli. Quelques unes sont de pures hypothèses : Flora, Bacchus, Judith, La Madone au lys, La Madone au lait

Précisons à propos de La Madone au fuseau qu’aucune des trois variantes connues ne correspond à la description très précise qu’en fait Pietro da Novellara dans sa célèbre lettre à Isabelle d’Este du 4 avril 1501. Il est donc impossible de relier ces trois tableaux à l’œuvre du maître. D’ailleurs aucune ne montre les caractéristiques du Vinci.
Jamais un corpus aussi mince n’a donné lieu à tant de commentaires et d’analyses. Ce qui continue de nos jours : quatre catalogues de l’œuvre peinte de Léonard de Vinci ont vu le jour en quelques années. Ils sont contradictoires. Nul ne peut échapper à sa fascination perverse.

Cette étude avait pour but de dégager des caractéristiques uniques au peintre. Il nous semble avoir réussi à en faire apparaître quelques unes : densité volumétrique, aspect tournant des modèles, lumière unificatrice, têtes penchées sur les cous, énergie supérieure du regard, sourire énigmatique de sphinx naissant aux commissures des lèvres, bouche en croissant de lune, richesse monumentale des drapés, boucles de cheveux volant dans un air léger, private jokes pour happy few, douceur des passages colorés, fond de paysage aux transparences bleutées…

Naturellement nous ne prétendons pas être exhaustifs. Nos opinions sont personnelles. Nous espérons, naïvement, que quelque miracle fera réapparaître un jour l’une des œuvres manquantes…

Nous souhaitons que cette étude puisse aider le lecteur à s’orienter dans le labyrinthe de l’œuvre peinte du génie universel que fut Léonard de Vinci.

Postface

En mettant le point final pour WUKALI à cette étude des peintures de Léonard de Vinci que j’avais entrepris de commencer à rédiger voilà trois ans, j’écrivais espérer naïvement que quelque miracle ferait réapparaître un jour l’un des travaux manquants…

J’étais loin d’imaginer que trois œuvres attribuées au maître reverraient le jour depuis ! La réalité s’est mise à dépasser la fiction, de manière totalement inattendue.|center>

La première découverte est un dessin sur vélin créé à la craie, au crayon et à l’encre, 23x33cm. Il est aquarellé : les détails du corps plus sombres dans les terres ocres et le visage plus clair, incarnat. C’est un profil de jeune femme de la haute société de son temps. Son regard profond suggère la réflexion intérieure, l’introspection. Du fond jaune ocre indéfini semble s’extirper ce visage : ses joues de porcelaine paraissent vivantes, le menton volontaire, le nez et les lèvres sont animés d’une vie profondes. Les détails de la coiffure sont eux aussi parlants. Il n’y a aucun doute qu’il s’agit d’un portrait réaliste d’une belle dame d’une cour importante de l’Italie de la Renaissance, de Milan vers 1490 comme l’indique la coiffure. Le rapport à Léonard saute aux yeux : densité volumétrique, introspection, intensité spirituelle du regard dans sa transparence naturelle, recherche exaspérée d’analyse, volonté délibérée de fasciner le spectateur, et…Coups de pinceau de la main gauche…

Le découvreur de ce dessin, (Peter Silverman, a écrit un livre sur cette jeune femme ( Peter Silverman et Catherine Whitney : La Princesse perdue de Léonard de Vinci. Arte Éditions). Il a pu prouver que le dessin a été découpé dans un codex de Léonard conservé à Varsovie et qu’il représente Bianca, la fille de Ludovic le more. Ce portrait magnifique est entièrement de la main de Léonard, il ne souffre aucune discussion.

Le Christ« Salvator mundi », dans une collection privée américaine: cette peinture était très abîmée et sale quand elle fut retrouvée. Elle a subi un nettoyage complet. Le sujet était connu mais considéré comme perdu, seules des copies existaient jusqu’à sa redécouverte. On note de nombreux repeints, surtout au niveau du centre du tableau. Des repentirs sont apparus aux rayons, ce qui a fait penser que ce tableau pourrait être l’original du Vinci. Ne l’ayant vu que sur photo, je ne peux rien affirmer de définitif. La réalisation technique semble faible et le personnage plutôt figé…A vérifier

Une seconde Joconde appartenant à la « Mona Lisa Fondation » en Suisse est apparue récemment. Ne l’ayant vu que sur photo, je ne peux rien affirmer non plus mais son aspect extrêmement dur, minéral paraît gênant. Le modèle est plus jeune que sur le tableau du Louvre. Le manque de souffle épique, l’absence de grandeur psychologique et l’indigence intellectuelle apparente rendent improbable son autographie..

Jacques Tcharny


CORPUS LÉONARD DE VINCI

Oeuvres entièrement autographes

Mona Lisa. Musée du Louvre, Paris, vers 1503/1505
La Vierge aux rochers. Musée du Louvre, Paris, vers 1483/1486
Saint Jean-Baptiste. Musée du Louvre, Paris, vers 1513/1516
Ginevra Benci . National Gallery, Washington, vers 1474/1476
La Belle Ferronnière. Musée du Louvre, Paris, vers 1490/1495
La Madone à l’œillet. Alte Pinacotek, Munich, vers 1478/1480
La Dame à l’hermine. Czartoryski museum, Cracovie, vers 1483/1490
La Cène. Couvent Sainte-Marie des Grâces, Milan, vers 1495/1497
La Madone Benois. Musée de l’Ermitage, Saint-Petersbourg, vers 1475/1478
Saint-Jérôme. Pinacothèque vaticane, Rome, vers 1480
Portrait d’un musicien. Musée de l’Ambrosiana, Milan, vers 1490
L’Adoration des Mages. Musée des Offices, Florence, vers 1490
Isabelle d’Este. Musée du Louvre, Paris, vers 1499
Sainte Anne, la Vierge, l’Enfant Jésus et Saint Jean-Baptiste. National Gallery, Londres, vers 1498
Bianca Sforza. Collection particulière, Paris, vers 1490

Oeuvres partiellement autographes

Le Baptême du Christ . Musée des Offices, Florence, vers 1472/1475
L’Annonciation. Musée des Offices, Florence, vers 1472/1475
Tête de jeune fille échevelée. Galerie nationale, Parme, vers 1490
Madone Litta. Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg, vers 1490
La Vierge aux rochers. National Gallery, Londres, vers 1503/1506
La Vierge, Sainte Anne, l’Enfant Jésus et l’Agneau. Musée du Louvre, Paris, vers 1510

Attributions erronées

La Madone à la grenade. National Gallery, Washington, vers 1472/1476
L’Annonciation. Musée du Louvre, Paris, vers 1478
La Dame à la résille de perles. Musée de l’Ambrosiana, Milan, vers 1490
Leda. Musée des Offices, Florence, vers 1510/1515
Bacchus. Musée du Louvre, Paris, vers 1511/1515

Oeuvres perdues certaines

Le Péché originel
Tête de Méduse
Buste d’ange
La Madone au fuseau
Lucrezia Crivelli
La Bataille d’Anghiari
Christ « salvatore mundi »

Oeuvres hypothétiques

Flora
Madone a la carafe
Dragon
Madone a l’enfant
Putto
Bacchus
Judith
Saint Jean-Baptiste
La Vierge à l’Enfant tenant un lys
La Madone au lait


Récapitulatif général des précédents articles sur Léonard de Vinci parus dans WUKALI

La Dame à la résille de perles, Léda et Bacchus

La Madone à la grenade et la petite Annonciation de Léonard de Vinci ?

La Madone Litta de Leonard de Vinci au musée de l’Ermitage

Léonard de Vinci au Louvre et à Londres

Le Baptême du Christ et l’Annonciation

Léonard de Vinci. Les cartons du Louvre et de la National Gallery (suite 9)

L’Adoration et Portrait d’un musicien

[La Madone Benois et Saint Jérôme
->http://www.wukali.com/La-Madone-Benois-et-Saint-Jerome-de-Leonard-de-Vinci-suite-7-1981?var_mode=calcul#.VRupS8anqEQ]

Autour de La Dame à l’Ermine et la Belle Ferronnière de Léonard de Vinci

La Cène

[Le catalogue des peintures de Léonard de Vinci #3. Ginevra Benci, Dame à l’oeillet
->http://www.wukali.com/Le-catalogue-des-peintures-de-Leonard-de-Vinci-3-Ginevra-Benci-Dame-a-l-oeillet-1870#.VL5zesbc6EQ]

Le catalogue des peintures de Léonard de Vinci. #2 Clefs pour comprendre l’oeuvre. La Vierge aux rochers et Saint Jean Baptiste

Le catalogue des peintures de Léonard de Vinci. #1 Mona Lisa

Analyse des peintures de Léonard de Vinci

LÉONARD DE VINCI s’invite à Buckingham Palace

[Authentification d’un dessin de Léonard de Vinci
->http://www.wukali.com/Authentification-d-un-dessin-de-Leonard-de-Vinci-157#.VL50vcbc6ER]


WUKALI 15/07/2015
Courrier des lecteurs:redaction@wukali.com


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