Gosh ! Delacroix’s father was not his father… Bloody French !


L’immense artiste que fut Eugène Delacroix, universellement connu pour avoir été un des plus grands peintres de l’histoire mondiale, était issu d’une famille de six personnes : les parents et quatre enfants : trois garçons et une fille….Officiellement…

Qu’est-ce à dire ? Dans les salons du « Tout-Paris » de l’époque courait le bruit que Charles Delacroix n’était pas le géniteur du peintre, dont le père naturel serait « le diable boiteux  » : Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord… Cette rumeur a traversé le temps… Elle est parvenue jusqu’à nous…

Beaucoup d’historiens se sont penchés sur la question. Leurs avis sont très contrastés. Si Jean Orieux affirme la véracité de l’événement, Emmanuel De Waresquiel la réfute… Ayant été élève de Maurice Sérullaz, le plus fin connaisseur de l’œuvre de notre génie, je puis écrire ici qu’il n’y croyait pas en affirmant que, si cela avait été le cas, le peintre en parlerait dans son journal intime, que notre époque possède encore…

Sans vouloir le moins du monde manquer de respect envers mon ancien professeur que j’admirais profondément (il n’est plus de ce monde), ni envers le talentueux historien de Talleyrand, qui m’a fait aimer et comprendre ce personnage si décrié mais si en avance sur son époque, je me permets de ne pas être en accord avec eux.

Charles Delacroix, père officiel d’Eugène, député à la Convention, révolutionnaire régicide, ministre des relations extérieures sous le Directoire, ralliera l’Empire dont il deviendra un des préfets. Il mourra en 1805. Eugène avait 7 ans…

Sa mère Marie-Victoire Oeben, fille du célèbre ébéniste de Louis XV mort jeune, belle-fille du non moins célèbre ébéniste de Marie-Antoinette et de Louis XVI : Riesener, avec qui sa mère se remaria, est issue de « l’aristocratie du faubourg Saint-Antoine  » frottée de noblesse par ses commanditaires… 
Marie-Victoire a 38 ans. Elle est encore jolie et Talleyrand la connaît bien…

En collant au plus près de la réalité, on s’aperçoit de faits troublants.

D’abord, le père supposée d’Eugène est atteint d’un sarcocèle, une sorte de tumeur des testicules qui prive le ministre de toute virilité ! D’autant plus que cette horreur pèse 32 livres… Il en sera opéré le 14 septembre 1797, soit sept mois et treize jours avant la naissance de son « fils », le futur peintre. Le compte-rendu de cette intervention chirurgicale a été relaté par le médecin. A partir de ce constat clinique, il ne reste que deux éventualités : ou notre génie pictural n’est pas le fils biologique du ministre ou il est né prématuré. Il n’existe aucune autre possibilité.

La mauvaise santé d’Eugène, dès son enfance, est un fait avéré qui servit à quelques historiens imaginatifs : ils optèrent pour le prématuré. J’aimerais que l’on reconnaisse, une fois pour toutes, que lors de son voyage au Maroc(1832), il parcourut un pays rude où les services de santé étaient inexistants, où les épidémies étaient monnaie courante (mise en quarantaine au lazaret de Marseille au retour) et où les maladies tropicales pullulaient (paludisme, amibes…) Si son état physique avait été si catastrophique, il y serait mort, purement et simplement, à l’instar de son neveu Charles de Verninac, fils de sa sœur, diplomate mort de la fièvre jaune à Vera Cruz au Mexique en 1832, âgé de 29 ans ! Il semble bien qu’une certaine fragilité organique touchait cette famille puisque son « père », sa mère, sa sœur, son neveu moururent assez jeunes…|right>

Nous possédons des portraits de son « père » officiel, de ses frères et de sa sœur… Toute similitude avec Eugène serait un argument de poids pour les tenants de l’hypothèse du prématuré, malheureusement il n’y en a pas… Mettons un portrait d’Eugène en perspective avec un portrait du grand ministre que fut Talleyrand : la ressemblance est frappante et cela personne ne peut le nier !

Maintenant, intéressons-nous au « Journal de Delacroix  », qui nous est parvenu presque complet (il manque l’année 1848 notamment). Il se divise en deux parties : celui de jeunesse (les années 1820) et celui de la maturité (des années 1840 à son décès en 1863 à l’âge de 65 ans). Il ne parle pratiquement jamais du « Diable boiteux », alors que son « père officiel » est cité bien souvent. Il ne fait aucun doute qu’Eugène voyait en Charles Delacroix son père. Ce qui signifie simplement qu’il ignorait la vérité !
Comment s’en étonner ? Marie-Victoire s’est beaucoup rapprochée de son mari après la naissance d’Eugène car celui-ci s’est comporté en gentleman. Il n’a pas divorcé, a accepté l’enfant comme le sien, a pardonné sa « faute » à son épouse… Prise de remords, elle a éloigné l’enfant de son père biologique… Elle a tout fait pour que Talleyrand ne puisse s’approcher d’Eugène… Quand son mari meurt en 1805, l’enfant a 7 ans…

Il est trop tard pour que Marie-Victoire change d’attitude, trop tard pour que Talleyrand s’immisce dans l’éducation de son fils : il s’est marié et le scandale aurait été énorme, surtout vis-à-vis de l’Empereur Napoléon Ier qui supportait difficilement Catherine, l’épouse de Talleyrand. C’est tellement vrai que Charlotte, fille du « diable boiteux » et de son épouse Catherine Worlée surnommée « la belle indienne  », née AVANT leur mariage ne sera pas reconnue officiellement. Ce qui n’empêchera pas Talleyrand de s’occuper de son éducation, de la marier avec un cousin Talleyrand et de la doter !

Nous sommes certains que Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord eut, au minimum, quatre enfants, deux fils et deux filles : le Comte Charles de Flahault avec Adèle de Flahault, Eugène Delacroix, Charlotte déjà citée et Pauline, fille de Dorothée qui était la nièce par mariage de Charles-Maurice et avec qui il passa près de 20 ans…Décidément, l’esprit de famille existe chez les Talleyrand !

La sempiternelle remarque qu’opposent les tenants du « prématuré » à cet état des lieux, c’est d’objecter : « Mais comment expliquez-vous que le diable boiteux ne se soit jamais occupé de la carrière d’Eugène, s’il est son père naturel ?  ».

La réponse est simple : il l’a fait protéger par « son protégé » : Adolphe Thiers. Ce dernier doit sa carrière à l’impulsion donnée par Talleyrand, qui l’avait remarqué lors de son arrivée à Paris en provenance de Marseille : son arrivisme, son intelligence, son manque de scrupules, sa faculté d’adaptation, étaient hors-normes.

C’est Thiers qui lance Delacroix, c’est Thiers qui écrit en faveur de l’artiste, c’est encore lui qui lui fait accorder des commandes officielles : peintures isolées comme grands cycles picturaux (Chambre des députés, Sénat) c’est toujours lui qui fait acheter par l’état des œuvres d’Eugène qui faisaient frissonner l’Académie (La Barque de Dante) !

En poussant Eugène en pleine lumière, Thiers faisait sa cour à Talleyrand, rien de moins… Étant donné les qualités du fils, dont devait être très fier le père, le « petit journaliste marseillais monté à Paris » savait ce qu’il faisait…

Eugène présente ses œuvres pour la première fois au Salon de 1822…Pour y exposer, il faut y être admis… Quant on pense que son premier envoi fut« La Barque de Dante », on croit rêver !|center>

Comment imaginer qu’un inconnu, aussi doué soit-il, puisse présenter un tableau pareil ? Il aurait été renvoyer à ses chères études s’il n’avait pas eu de « piston » ! Et quel piston : Adolphe Thiers qui n’avait rien d’un mécène à l’époque…

Si le sujet du tableau est connu, ses dimensions sont gigantesques pour un sujet littéraire (189x246cms), quant à l’audace de la facture, elle surprend tous les critiques : la liberté de ton de l’artiste est égale à sa virtuosité, on n’a jamais vu ça…Ils « lynchent » l’œuvre…Qui sera achetée par l’état…Grâce à Thiers, naturellement.

J’aimerais le citer dans sa description du tableau :

– « il jette ses figures, les groupe, les plie avec la hardiesse de Michel-Ange et la fécondité de Rubens. Je ne sais quel souvenir des grands artistes me saisit à l’aspect de ce tableau ; j’y retrouve cette puissance sauvage, ardente mais naturelle, qui cède sans effort à son propre entraînement…je ne crois pas m’y tromper, Monsieur de Lacroix a reçu le génie… 
 »
A moi Michel-Ange et Rubens, adouber le jeune peintre de génie issu de qui vous savez… Rien que cela…

Il faut reconnaître à Thiers sa fidélité en amitié : toute sa vie, Delacroix eut son soutien…Même après la mort de Talleyrand…

On dit souvent qu’Eugène et son géniteur ne se croisèrent quasiment jamais dans les salons parisiens… C’est faux : ils se côtoyaient chez le peintre Gérard, rue Saint-Germain des prés (actuelle rue Bonaparte)…Il existe une lithographie de Louis Moreaux où figure le « diable boiteux » dans le salon du baron Gérard au côté de Stendhal, Vigny, Humboldt, Cuvier, Mérimée et Rossini, excusez du peu !

Tous ces arguments en faveur de la « paternité de Talleyrand » me paraissent imparables…Mais il y a autre chose qui me semble emporter la décision au cas où l’on hésiterait encore :

Officiellement, Eugène est le fils d’un conventionnel régicide ayant rallié l’Empire ! De ce fait, imaginer qu’il ait pu être exposé au Salon dans la France réactionnaire du début de la Restauration, c’est de la science-fiction! C’est, stricto sensu, impensable : il aurait été traité en pestiféré…

En réalité, tout le monde connaissait ce secret de Polichinelle, on le murmurait sur son passage…Eugène ne voulut pas l’entendre… Il fut, inconsciemment, sourd à ce sujet… Ce fut sans doute mieux ainsi… Sa sagesse rejoignit celle de son géniteur… Bon sang ne saurait mentir…!

Jacques Tcharny


WUKALI 20/08/2015
Courrier des lecteurs : redaction@wukali.com

Illustration de l’entête . Photomontage Wukali : à g. Autoportrait de Delacroix au gilet vert, à dr, Talleyrand peint par David dans Le Sacre de Napoléon


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