A universal symbol of French Republic and an icon of Liberty


Huile sur toile de grandes dimensions (260x325cm), peinte par Eugène Delacroix en 1830, en hommage à la révolution des« Trois Glorieuses  » qui provoquèrent la chute de Charles X et l’avènement du duc d’Orléans en tant que roi sous le nom de Louis-Philippe Ier. C’est une allégorie inspirée par l’actualité la plus immédiate. C’est tellement vrai que l’œuvre, achetée par l’état et exposée au musée du Luxembourg, sera retirée après quelques mois car le nouveau gouvernement craint qu’elle ne donne « de mauvaises idées » à certains…

Après la révolution de 1848, sous la Seconde République, elle reviendra au Luxembourg… Après le coup d’état du prince-président Louis-Napoléon, devenu Napoléon III, elle sera à nouveau rangée dans les réserves Pour finalement arriver au Louvre en 1874 !

Cette toile incarne donc, à tout jamais, l’idée universelle de « Révolution » : c’est une allégorie politique, elle a souvent été choisie comme symbole de la République française et même de la démocratie, et cela dans plusieurs pays. Elle est représentation de l’idéal révolutionnaire comme celle du combat pour la liberté.

En grand travailleur qui médite ses compositions, Delacroix a créé d’innombrables dessins préparatoires pour de nombreuses esquisses avant de commencer à peindre. Les plus importants sont conservés au cabinet des dessins du musée du Louvre.
Le personnage féminin attire tous les regards. On l’a qualifiée, au choix, de : poissarde, Phryné, Minerve et déesse de la liberté…En vérité elle est LE symbole de la victoire dans le sens où l’entendaient les grecs de l’Antiquité : Niké.

Que l’on mette une photo de ce chef d’œuvre en face d’une autre représentant la « Victoire de Samothrace » et cela saute aux yeux : le mouvement de marche victorieuse se fait vers l’avant dans les deux cas, avec une même intensité et une même puissance. Est-ce à dire que Delacroix se serait inspiré du marbre antique ? C’est impossible car le peintre a créé ce tableau en 1830 alors que la sculpture fut découverte dans l’île de Samothrace en 1860.

Alors ? Le rapport entre les deux chefs d’œuvre est tellement frappant qu’il ne peut s’agir d’un hasard. Élargissons le débat et concentrons-nous sur l’aspect « victoire en marche ». Que voyons-nous exactement ? Une irrésistible victoire bousculant tout sur son passage, elle éclaire et domine le monde, son rythme d’avancée semblant inaltérable et inarrêtable. Il s’agit bien de cela : ce sont des rythmes universels rendus par le ( ou les) sculpteurs de « la Victoire » et le peintre de « la Liberté ». Le premier l’a probablement découvert et le second l’a retrouvé s’en l’avoir jamais vu…Cette « transmutation alchimique »porte un nom : le génie !

Elle inspirera Balzac pour son personnage de « Catherine » de son roman : « Les paysans  »(1855).

Cette figure allégorique mène les hommes au combat, elle unifie le peuple, les faubourgs, la petite bourgeoisie dans un même élan lyrique révolutionnaire à la manière dont le comprenaient les romantiques.

Au sens étymologique du terme, cette peinture est extra-ordinaire : au fond, dans une brume fantomatique, Notre-Dame nous fixe l’emplacement : Paris. Au premier plan, des personnages morts encombrent le sol. Sur eux marche la Liberté triomphante, le drapeau tricolore porté vers le haut de la main droite tandis que le gauche maintient un fusil à baïonnette à mi-hauteur. A sa droite, un garçon d’une douzaine d’années béret sur la tête, un pistolet dans chaque main, en bandoulière des munitions( ?), il avance au même rythme que la liberté. Il inspirera Victor Hugo pour le personnage de Gavroche des « Misérables  » quelques années plus tard. A sa gauche, la regardant avec admiration, un homme du peuple semble blessé et ne pouvoir se relever qu’à moitié. Derrière cette liberté devenue icône mythologique, deux hommes issus des couches populaires, l’un porte un chapeau haut-de-forme, l’autre un pistolet et un sabre…Suivent des personnages armés, des visages rugueux…Rien ne paraît pouvoir arrêter ce flot humain déchaîné.

A-propos du drapeau tricolore, symbole de la Révolution Française, rappelons que le drapeau de Valmy perdit son statut de « représentation de la France » sous la Restauration (entre 1815 et 1830). C’est Louis-Philippe Ier qui lui redonna sa puissance « d’incarnation de la France  éternelle», ce qui explique sa présence dans le tableau. Quant à définir l’attitude du peintre pendant les trois glorieuses, laissons-lui la parole, avec cet extrait de son journal :
– « J’ai entrepris un sujet moderne, une barricade, et si je n’ai pas vaincu pour la patrie, au moins peindrais-je pour elle 
 »
Voila qui a le mérite d’être clair ! Le peintre se révèle être un « révolutionnaire modéré… »
Un sujet pareil, mal unifié, sans la puissance d’inspiration que lui donne son créateur, pourrait facilement sombrer dans le pompiérisme mais il est sauvé par le souffle épique que lui transmet l’artiste et qui transcende l’œuvre.

La composition du tableau est pyramidale : un triangle est formé du visage de la Liberté en haut, de la tête du premier mort en bas à droite, des jambes du personnage mourant aux pieds de la Liberté à gauche.

Delacroix a volontairement restreint la palette colorée qu’il utilise, en référence au drapeau tricolore. L’œil ne se lasse pas de la regarder encore et encore : il y fait toujours de nouvelles découvertes tellement la toile est intelligemment peinte.

Lyrisme et violence font bon ménage dans cette « figuration intelligente » d’un moment d’histoire de France devenu, que cela plaise ou non, un moment d’histoire universelle, voire d’éternité…

Jacques Tcharny


WUKALI 09/10/2015
Courrier des lecteurs : redaction@wukali.com


Ces articles peuvent aussi vous intéresser

Notre site utilise des 'cookies' pour améliorer votre expérience et son utilisation. Si vous le refusez vous pouvez les désactiver. Accepter En savoir plus