To know and understand everything about cathedrals in France

Les cathédrales témoignent par leur présence, de l’héritage de la religion catholique dans notre univers spatial actuel. Peu importe votre croyance religieuse, peu importe d’ailleurs si vous n’en avez aucune ; en France, le paysage est marqué, formaté par les églises. D’ailleurs souvenons-nous que lors d’une élection présidentielle, un candidat était photographié avec un clocher en arrière fond sur ses affiches officielles. Une cathédrale est avant tout une église, une église où se trouve la cathèdre, le siège de l’évêque. La cathédrale, c’est l’église de l’évêque, c’est-à-dire le lieu où se trouve le centre du pouvoir spirituel du diocèse (et avant du pouvoir temporel, il suffit de penser aux Trois évêchés lorrains ou des évêques Grands électeurs de l’empereur dans le Saint Empire Germanique, par exemples).

Des cathédrales, il y en a partout sur tout le territoire national, même dans les DOM-TOM, dans chaque département il y a un évêque et donc une cathédrale. Mais il y en a bien plus, tant de diocèses ont disparu, pensons par exemple à Lectoure, Condom, Eauze dans le Gers, tant de diocèses ont été créés au XIX siècles. L’église catholique a toujours su s’adapter aux fluctuations de la démographie au cours des siécles, ce qui explique une forte concentration de cathédrales romanes au sud de la France et des plus « modernes » en Île-de-France, comme la dernière à Evry.

Il est certain que dans l’univers mental de tout un chacun, les cathédrales sont de grands édifices gothiques comme à Paris, Amiens ou Laon, c’est-à-dire des édifices qui se trouvent essentiellement, mais pas exclusivement, en Île-de-France et en Picardie, voire au Nord de la Loire. Et de fait, il est certain que plus on descend dans le sud de la France, plus les formes architecturales des cathédrales évoluent, changent et ne correspondent plus exactement à ce que tout un chacun pense à quoi elles doivent correspondre. Sainte Cécile d’Albi n’a strictement rien de commun avec Notre Dame d’Amiens qui a été érigée à la même époque, si ce n’est la présence d’une cathèdre dans le cœur.

Gérard Denizeau dans ce magnifique livre d’art, L’aventure des cathédrales, prend le parti pris (qu’il explique et assume) de ne s’intéresser qu’aux principales cathédrales gothiques du nord de la Loire, à partir du XII siècle quand l’abbé Sugger entreprend de transformer la basilique Saint Denis. En moins d’un siècle, le royaume de France va se trouver parsemer de ces immenses vaisseaux de pierres.

La démarche de l’auteur est particulièrement didactique, en six chapitres principaux (des préparatifs au surnaturel en passant par l’organisation du chantier), il explique parfaitement aussi bien la différence entre les maîtres d’ouvrages et les maîtres d’œuvre que la symbolique des labyrinthes ou l’univers des gargouilles. Mais il n’oublie pas d’expliquer les mentalités de l’époque, les conditions économiques et sociales, les problèmes de financement, les répercutions économiques du chantier sur toute la population des habitants de la ville, etc. Il montre comment, de façon totalement empirique, les maîtres d’œuvre sont arrivés à s’affranchir des techniques héritées de l’Antiquité qui ont servi à l’érection des édifices romans pour agrandir, ouvrir ces lieux de culte (qui ne servaient pas qu’au culte qui étaient aussi un lieu de vie pour la population).

C’est l’époque où le dogme catholique connaît d’importantes évolutions dont la principale est le passage d’une religion où les hommes doivent rechercher leur salut en eux, à l’idée de la lumière divine qui vient de l’extérieur pour sauver la communauté des fidèles.
Les bâtisseurs de cette époque n’avaient aucune volonté de préserver les traces du passé, mais surent s’en servir pour la nouvelle construction. Il suffit d’aller à Nevers pour voir une cathédrale avec deux chœurs : l’ancien de style roman qui est en miroir avec le principal qui est en pur style gothique flamboyant.

L’aventure des cathédrales est aussi servi par une riche iconographie parfaitement adaptée au texte mais en plus par une dizaine de fac-similés de plans de cathédrales d’une grande qualité, digne des meilleurs livres d’architecture. C’est un livre plaisant à lire, sachant parfaitement rendre accessible des concepts parfois difficiles comme le système des arc-boutants où le maniement des outils pour le tracé des plans (une règle, un compas et pas de logiciel informatique pour leur élaboration). Ce livre arrive, ce qui est une vraie gageur, de mettre en perspective tout l’univers mental, économique, social, symbolique, rituélique qui présidait à cette époque de transition. Même si certaine cathédrales ont mis des siècles pour avoir l’aspect sous lequel on les admire aujourd’hui, il n’en demeure pas moins qu’elles symbolisent la volonté d’un maître d’ouvrage vivant il y a plus de huit siècles.

L’aventure des cathédrales est tout à la fois un livre de vulgarisation, un livre savant, un livre d’art qui ne donne qu’une envie : visiter, admirer une cathédrale avec la grille ainsi acquise, et on ne les voit plus du tout alors de la même façon comme avant cette lecture.

Bientôt arrivent les fêtes de Noël, fête catholique s’il en est, L’aventure des cathédrales devrait se trouver au pied des sapins de tous les admirateurs de ces hommes, connus et inconnus, qui en nous léguant leur travail, fruit de leur savoir, ont façonné notre culture.

Pierre de Restigné


L’aventure des cathédrales
Gérard Denizeau

éditions Larousse. 29€95


WUKALI 13/11/2015
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