Pierre Boulez, the unique

Nous apprenons la mort de Pierre Boulez qui vient de s’éteindre mardi 5 janvier à Baden-Baden en Allemagne où il résidait, à l’âge de 90ans. Avec lui, c’est une figure centrale de la musique qui disparait et son influence depuis plus d’un demi siècle a fracassé les frontières et fait éclater les classifications. À Darmstadt, à Bâle comme à Harvard ou à New York, Cleveland et Chicago il avait conquis des auditoires plus même que dans son propre pays la France. On n ‘est jamais prophète dans son pays !

Après de brillantes études en classe de Maths Spé à Lyon, il est admis en 1944 au Conservatoire national de Paris dans la classe d’harmonie d’Olivier Messiaen. Au tout début des années 50, ses premières compositions commencent à être connues du public. En 1951 ses rencontres fécondes avec Pierre Schaeffer, à Radio France puis par la suite avec Karlheinz Stockhausen, Luciano Berio, György Ligeti et Luigi Nono l’installent au sommet de la recherche et de la création musicale.

Le chef d’orchestre

Il est appelé dès 1966 à diriger Parsifal à Bayreuth, puis en 1976 il y dirigera plusieurs années de suite le Ring en collaboration avec le metteur en scène Patrice Chéreau. Ce sera alors le début d’une collaboration étincelante qui le hissera au tout premier rang des grands chefs contemporains. Il sera appelé à diriger des orchestres de prestige comme le Philharmonie de New York, le BBC Symphony orchestra. Tout au long de sa vie il participera dans le monde entier à de grands événements musicaux, direction d’orchestre ou collaboration dans des festivals.

Ses relations avec les autorités politiques et le monde musical académique français n’ont pas toujours été sereines. C’est sous la présidence de Georges Pompidou que l’Ircam sera créé ( lnstitut de recherche et coordination acoustique/musique) et dont il prendra les rênes. En 1972 il sera nommé par Michel Guy, ministre des affaires culturelles à la tête de l’Ensemble Intercontemporain ( EIC)

Le compositeur et le théoricien

Pierre Boulez sera tout à la fois un théoricien remuant du langage musical, ( lire: «Penser la musique d’aujourd’hui» 1963), «Jalons» 2005), un introspecteur méticuleux et chevronné de la musique du XXème siècle, un compositeur protéiforme et inspiré, et enfin un esthète qualifié qui engage la musique dans un dialogue constant avec la production intellectuelle de son temps. Il se positionne au carrefour de la coalescence de l’esthétique musicale et créative et des adoubements avec d’autres secteurs de la pensée et des sciences en particulier. Cette richesse intellectuelle de l’homme lui permettra notamment de faire de l’Ircam dont il a été l’initiateur puis le directeur, non seulement un des lieux éponymes de la création musicale, mais aussi et surtout de féconder la composition musicale avec les sciences issues de la physique et de l’acoustique, de l’électronique, de la sémiologie musicale, des mathématiques, et de l’informatique. Boulez est un parfait honnête homme, sa culture littéraire ( notamment les oeuvres de Stéphane Mallarmé comme celles de James Joyce rejailliront sur ses compositions). N’oublions pas qu’il fut aussi un des proches de Madeleine Renaud et de Jean-Louis Barrault et qu’il fut le directeur musical de la compagnie théâtrale qui porte leurs noms. On ne peut citer son nom sans évoquer la musique sérielle ( Le Marteau sans maître (1953-1955), Éclat (1964-1965), Répons (1981-1988) ). Sa musique est de liberté contre «les dodécaphonistes doctrinaires et conservateurs, mais aussi contre les sourds , les sentimentaux, les libertaires ou libertins, les généreux et les indulgents». ( Laurent Feneyrou. Théories de la composition musicale au XXème siècle. Éditions Symétrie).

Il est avec d’autres l’inventeur à Paris de la Cité de la Musique et de la Philharmonie de Paris

Pierre-Alain Lévy


WUKALI 06/01/2016
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