Read it and relax, so funny and clever, a delight !


Voilà la quatrième fois que je vais écrire sur un roman de **Romain Puértolas*] dans Wukali. J’avais adoré l’extraordinaire[ Voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire IKEA, je m’étais laissé emporté par la poésie de La petite fille qui avait avalé un nuage grand comme la tour Eiffel, je fus très critique, déçu par Re vive l’empereur ! ; c’est donc avec une certaine impatience que j’attendais son prochain roman et le moins que l’on puisse dire c’est que le résultat dépasse toutes mes espérances.

Romain Puértolas a l’art et la manière de surprendre ses lecteurs. Sans le moindre doute il n’écrit jamais le même roman, il ne fait pas des variations sur un même thème. Cela change de la production de certains écrivains francophones que je ne citerai pas et qui par malheur pour la littérature ont des ventes inversement proportionnelles à l’intérêt de leurs productions.

Romain Puértolas dans Tout un été sans Facebook renoue avec l’extraordinaire voyage du fakir : un humour subtil à toute épreuve, une écriture serrée, des rebondissements à ne plus savoir que faire, pas une longueur, qu’une envie : lire le prochain chapitre. Et puis surtout, un message social autour de l’acceptation des autres, des différences, une critique à peine voilée contre les a priori, les racistes, la peur de l’autre qui engendre la haine. Et je passe sur le mal-être, le mal-vivre qui pousse à avoir des attitudes, de commettre des actes apparemment irrationnels mais qui peuvent s’expliquer, se comprendre. Contrairement à ce que certains ont pu écrire, les livres de Romain Puértolas ne sont pas dégoulinants de bons sentiments, ne sont pas « politiquement corrects », loin de là, ils montrent un humanisme certain, la volonté de dénoncer, de combattre ceux qui veulent bâtir une société contre les autres et non avec eux.

Dans Tout un été sans Facebook, Romain Puértolas revisite le roman policier. Il en connaît et en maîtrise tous les codes et les transforme, les triture pour en faire un petit bijou d’humour. Agatha Crispies (toute ressemblance avec un écrivain de romans policiers anglaise est voulue par l’auteur) est une lieutenant de police à New-York. Pas New-York, New-York, mais New-York, Colorado, c’est à dire une petite ville célébre pour ses ronds points, une ville dans laquelle il ne se passe strictement rien. L’activité principale des personnes travaillant au commissariat est la pêche à la ligne pour le patron et pour ses subordonnés la participation à un des trois clubs de l’établissement : le tricot, les fléchettes et la lecture. Le club de lecture est particulièrement peu fréquenté au grand désespoir d’Agatha qui en est la créatrice et l’animatrice. Cela permet à Romain Puértolas de montrer non ses connaissances mais surtout son amour pour la littérature. Bon, soit, on comprend qu’il a du mal, comme Agatha avec Ulysses de Joyce, ils sont loin d’être les seuls. A New-York, New-York, les distractions sont rares, en plus on ne capte même pas internet !

Une série de crimes a lieu dans la ville d’à côté. Agatha, bien qu’ils n’aient pas lieu dans sa juridiction, s’impose et travaille avec le shérif Donald. Une des victimes est lardée de coups d’aiguilles à tricoter, une autre de fléchettes. Lors de son enquête elle croise une voisine d’origine polonaise au nom strictement imprononçable, un bûcheron beau comme un dieu grec, des écureuils radioactifs (le jour de leur chasse étant fixé le 28 août), plus une grande quantité d’autres personnages hauts en couleur. La liste des potentiels coupables s’allonge, la consommation de donuts au chocolat s’intensifie (un enquêteur américain par principe mange des donuts au chocolat, tout comme un shérif se doit de porter un imperméable même quand il fait soleil et 40 degré à l’ombre).

Je ne vous dirai sûrement pas la fin de ce roman, car les pirouettes de Romain Puértolas sont si nombreuses qu’on ne peut gâcher le plaisir des futurs lecteurs de les découvrir.
Tout un été sans Facebook est un mélange de Colombo, d’Hercule Poirot chez les Simpson aux fins fond de l’Amérique profonde. Un pur moment de bonheur de lecture.

[**Émile Cougut*]|right>


[**Tout un été sans Facebook
Romain Puértolas
*]
éditions Le Dilettante. 22€


Contact : redaction@wukali.com
WUKALI 30/04/2017

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