Quite rare an actor !


Les Théâtres à Aix vont accueillir l’acteur [**Philippe Caubère*] dans un ultime dyptique autobiographique. Premier chapitre du 6 au 10 février 2018, au théâtre du jeu de paume, Philippe Caubère repasse son bac à Aix en Provence avec le « Bac 68 »… Un magistral grand oral en perspective ! Puis il sera à Marseille du 27 mars au 7 avril au théâtre du Gymnase pour présenter « Adieu, Ferdinand » avec ses deux spectacles inédits.

Pas d’à priori, jeunes gens ! Vous n’allez pas voir un « vieux » qui va vous parler de 68 ! Certes, on plante le décor, comme une rengaine déjà entendue : « Maintenant tu passes ton Bac, et puis c’est terminé ! »

Mais avec ce Bac-là, et tout ce qui va graviter autour de [**1968*], il nous offre une belle cure de jouvence. Avec [**Philippe Caubère*], on part toujours à l’aventure. Il nous parle de sa vie, la met en scène, incarne des dizaines de personnages qui nous sont aujourd’hui si familiers, il les fait vivre, vibrer, bouger, danser, chanter, rire…
Le comédien virtuose, inimitable, et tellement attachant, crée d’impressionnants tableaux que l’on n’oubliera jamais.

Ses spectacles sont l’aventure de toute sa vie, des histoires, dans son histoire à lui.


[([**Les grands entretiens de WUKALI

Rencontre avec PHILIPPE CAUBÈRE*])]

– [**Vous revenez à Aix avec le Bac 68, une comédie burlesque, pivot de votre roman autobiographique. *]

Je ne n’étais pas revenu à Aix depuis presque deux décennies ! J’ai joué « Claudine et le Théâtre », au Jeu de Paume en octobre 2000. Pour moi, c’est très important de jouer à Aix. C’est un grand bonheur et je le dois à[** Dominique Bluzet*]. Je suis d’autant plus content que j’ai passé mon bac ici même, à Aix.

C’est une version, réadaptée, recomposée. Elle diffère beaucoup de la première ?
Il y avait à l’époque deux spectacles : « Claudine et le théâtre » / « Claudine ou l’éducation », ainsi que le « Théâtre selon Ferdinand », soit deux épisodes. La deuxième partie du second épisode, est celle que j’ai adaptée pour faire ce nouveau spectacle, indépendant, autonome et qui, évidemment, a beaucoup évolué.

La deuxième partie durait une heure, aujourd’hui, elle dure pratiquement deux heures avec, comme je le disais, beaucoup de nouveautés. j’y parle de ma mère, des années 60, de l’arrivée de 68, et le bac, c’est l’aboutissement. J’avais très envie de revenir avec « Bac 68 », déjà parce que c’est une scène que j’adore, qui est très particulière et dont l’humour est vraiment surréaliste. Mon ex-épouse,[** Clémence Massart*] m’a inspiré cette forme d’humour, un humour qu’elle a elle-même.

Des drôleries inspirées de [**Roland Dubillard*], ou encore de [**Raymond Devos*], un humour poétique. Ca me faisait aussi plaisir parce que je ne me suis jamais résolu à perdre ma mère, et grâce au théâtre, je ne l’ai jamais perdue.

– [**Vous aviez réglé quelques conflits avec elle à travers le théâtre ?*]

Non, je ne règle pas de comptes avec ma mère et je lui donne raison sur toute la ligne ! Disons que le théâtre m’a permis de me réconcilier avec elle. Je me suis beaucoup disputé avec elle lorsque j’étais adolescent, et le théâtre m’a permis de retrouver les sentiments que j’avais pour elle quand j’étais enfant. Un amour absolu et sans doute le plus grand qu’on puisse connaître dans sa vie ! C’est un peu injuste pour les autres, mais c’est comme ça.

[**Expliquez-nous, le bac, en 68, c’était si terrible que ça ?*]

Oui, ça l’était. Pour expliquer un peu « Le bac 68 », les organisateurs n’avaient pas eu le temps de préparer l’examen, ça s’est donc résumé à un oral, dans toutes les matières, du matin au soir. C’est ce qui me permet de présenter cette scène complètement burlesque. Pour ma part, je me suis retrouvé devant un prof d’histoire-géographie alors que je ne connaissais pas un mot du programme, et il fallait que je fasse croire que je savais tout.

Ce qui est amusant, c’est que cela redevient à la mode. La grande réforme du bac est en train de se mettre en route. C’est à mourir de rire, car on va avoir un grand oral qui est exactement celui que l’on a vécu. C’était prémonitoire, et on aura une idée de ce que cela va donner !

– [**Vous serez à Marseille, au théâtre du Gymnase du 27 mars au 7 avril 2018, avec « Adieu, Ferdinand » qui vous a accompagné pendant près de 30 ans. Est-ce que c’est une rupture douloureuse ? *]

Non Pas du tout ! C’est un adieu complètement littéraire, poétique et intime. Cela n’a rien à voir avec un adieu à la scène. Je vais continuer à jouer des spectacles ! Je suis « vieux », mais pas au point de faire mes adieux ! C’est un adieu dans l’écriture. Je n’écrirai plus de pièces dont le protagoniste s’appellera Ferdinand, en revanche, je continuerai à le jouer. De plus, cet « Adieu, Ferdinand » n’est pas fini, puisqu’il me manque un troisième spectacle que je n’ai pas eu le temps ni la force de monter pour cette représentation. Je dois encore le faire. Du coup, « Adieu, Ferdinand » va durer deux ans ! En même temps, cela me paraît naturel. C’est une œuvre que j’ai réalisée, le mot peut paraître prétentieux, mais il ne faut pas le prendre comme tel. Une œuvre donc, c’est un organisme vivant, et mourir pour un organisme vivant, cela prend du temps. L’histoire a duré plus de 30 ans et on ne peut pas la dégommer en trois mois ! Je ne suis pas triste. Je suis ravi qu’elle arrive à son terme. Ca fait des années que j’attendais ca.
J’ai commencé le récit dans le ventre de ma mère…et j’ai joué mon propre accouchement !


– [**Vous avez dit un jour que vous étiez un artisan qui a beaucoup travaillé, que les premiers pas dans la profession étaient laborieux. Pourtant, à à peine plus de 20 ans, vous étiez considéré comme un des acteurs piliers du théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine. *]

C’est vrai que je suis un artisan, ou un ouvrier… Effectivement, j’étais un acteur du Théâtre du Soleil, mais un pilier, je ne sais pas, même s’il est vrai que j’avais de
beaux rôles. J’étais gâté, mais je ne suis pas sûr d’avoir été un pilier. Je suis resté sept ans au Soleil. Cela peut paraître beaucoup, mais ça ne l’est pas. Certains y sont depuis plus de vingt ans. Ce sont eux les piliers. J’étais plutôt de passage, un passage prolongé qui m’a marqué. C’est le moins que l’on puisse dire.

– [**Ariane Mnouchkine, mais aussi Patrice Chéreau, Jérome Savary… C’était un formidable terreau pour le jeune homme fou de théâtre que vous étiez ?*]

Tout à fait, et quand je pense à [**Chéreau*], j’associe son souvenir à [**André Bourseiller*] et le Centre dramatique du Sud-Est qui avaient fait venir à Aix-en-Provence les « Pièces chinoises », montées par Chéreau, et qui avaient ensuite coproduit « Richard II » au théâtre du Gymnase à Marseille. On est en 1970. C’est pour moi un souvenir inoubliable. Chéreau jouait le rôle de Richard II.

– [**Vous compariez un jour votre travail à « un roman à épisodes dans la tradition picaresque » ? Comme sorti d’un roman, vous traversez des aventures.*]

Oui, on peut penser à Don Quichotte, au Capitaine Fracasse… Cependant, je ne m’en suis pas inspiré, car je me suis laissé guider par ma vie ! J’ai raconté et j’ai joué mes souvenirs. C’est après-coup que je me suis rendu compte que je me rapprochais de ces personnages. On m’a même dit une fois que l’on pensait à Wilhelm Meister de [**Goethe*]… Quand je travaillais sur [**Aragon*], [**Daniel Bougnoux*] qui organisait l’édition de ses œuvres romanesques dans La Pléiade, m’avait fait connaître Wilhelm Meister de Goethe, cette histoire de jeune homme qui chemine et doit faire son apprentissage de la vie, et du théâtre aussi, tout en déjouant différent obstacles. C’est exactement ça… sauf que je ne suis pas[** Goethe*] ! Mes influences conscientes vont plutôt vers[** Proust*] et [**Céline*]. Des romans « modernes ». Mais il est vrai qu’à un moment donné, on fait la filiation, mais je peux dire qu’à mes débuts, je travaillais, disons, sans réfléchir à ça !

– [**Comment l’improvisation et l’écriture s’associent-t-elles dans vos spectacles ?*]

Déjà, avec [**Ariane Mnouchkine*], improviser c’était une façon d’écrire, une façon d’écrire le théâtre surtout. Mais vous savez, cette idée-là, quelqu’un m’en avait fait part il y a très longtemps, lorsque j’étais étudiant à Aix. Il s’agit de [**Philippe Adrien*]. J’avais suivi un stage d’improvisation avec lui, au Centre Dramatique d’Aix. Il m’a dit, « Tu sais, un écrivain improvise, un auteur improvise. Ecrire c’est improviser » et je trouvais ça très juste. Il venait d’écrire « La Baye », un spectacle monté par [**Antoine Bourseiller*] qui avait eu un grand succès au Festival d’Avignon. J’ai compris l’importance de l’improvisation plus tard encore au Théâtre du Soleil. Moi, jeune homme, j’ai essayé d’écrire des pièces très sérieuses, mais je ne trouvais pas ça très bon, je n’y arrivais pas. Ma nature était comique. Je ne voyais donc pas très bien comment j’allais résoudre le problème. C’est [**Ariane Mnouchkine*] qui m’a donné le langage. Je me suis aperçu qu’en improvisant, on écrivait. Il suffit de copier ses improvisations ou de les enregistrer, de les fixer, de les recomposer, pour produire des textes beaucoup plus vivants que ce que l’on peut écrire assis à une table, avec un stylo. A moins d’être [**Pagnol*] ou un génie de l’écriture, ce qui n’était pas mon cas. J’ai pallié ce manque de génie, en improvisant !

– [**Vous disiez un jour : « Je suis un témoin historique. Le théâtre donne une preuve de vérité bien plus forte que les documentaires ». Ca m’a fait penser à une phrase de [**Stanislavski*] qui disait « Le Théâtre est comme la neige, qui fond au soleil, ne laisse pratiquement aucune trace visible et pourtant imprègne le sol qu’elle féconde pour le Renouveau… *]

C’est tout à fait vrai.« Ma vie dans l’art» de [**Constantin Stanislavski*] est un de mes livres fétiches. Plus encore que « La construction du personnage. » de ce même auteur. Quand je suis arrivé à Aix au cours Molière, [**Marlène Chambert,*] qui était mon prof et dont je suis tombé amoureux instantanément parce qu’elle était d’une beauté exceptionnelle et d’un charme fou, m’avait donné à lire un livre : « La construction du personnage ». Je n’y avais rien compris ! Par contre j’ai découvert plus tard « Ma vie dans l’art » que je recommande à tous les jeunes acteurs. Il se lit très facilement et permet de voir vraiment ce qu’est le théâtre. C’est un livre extraordinaire, et cette image qu’il donne, de neige au soleil, est tout a fait juste.

– [**N’est-ce pas un peu différent aujourd’hui ?*]

Effectivement. Le théâtre filmé, c’était une chose un peu maudite, surtout pour des raisons techniques, mais aujourd’hui, avec les progrès techniques du cinéma, qui sont réels, on arrive à faire des films à partir des pièces de théâtre. C’est une forme d’édition du théâtre. De jeunes spectateurs ont découvert mon travail par les films et certains en connaissent toute l’histoire, tous les personnages.

– [**On se souvient de vos performances : 11 spectacles de 3 heures chacun en Avignon, en 1993. Ou plus récemment à Paris, avec les représentations du « Roman d’un acteur » à l’Athénée.
*]

Vraiment, la performance, ce n’est pas ça qui m’intéresse. J’y suis contraint ! J’ai voulu présenter « Un roman théâtral », avec tous ses épisodes. Il a fallu que je trouve les moyens de le faire, d’avoir la condition physique, de mémoriser, de résoudre tous les problèmes techniques que cela pouvait poser. C’est comme lire un roman, ca prend des heures aussi. Pour lire « À la recherche du temps perdu », il faut y consacrer du temps et le temps du roman est plus long que celui du théâtre.

J’ai lu dans le Libération du mardi 30 janvier, un grand reportage sur [**Elisabeth Revol*], l’alpiniste piégée dans les hauteurs du neuvième sommet le plus haut du monde. Il y a des points communs. Un jour j’ai discuté avec des jeunes alpinistes qui grimpent la montagne du bout de leurs doigts. On s’est trouvé pleins de préoccupations communes. Ce n’est pas la performance qui intéresse ces personnes-là, c’est autre chose. Ce n’est pas d’être plus fort que les autres, c’est de monter plus haut. C’est une motivation très spirituelle. Ils sont portés par l’amour de la montagne, l’amour du sommet. Rien à voir avec les hommes politiques qui veulent « gagner les autres ». Là, c’est d’une autre nature, c’est poétique. En ce qui me concerne, je préfèrerais qu’il n’y ait pas de performance. Mais j’y suis obligé. Mes modèles c’est [**Chaplin*], des romanciers, et ce qui m’intéresse c’est le récit, le style, de faire rire les gens… La performance, le public l’accomplit largement autant que moi.

Quand je jouais, à Paris, « Le roman d’un acteur » au théâtre de l’Athénée, pendant deux mois et demi, je pensais qu’il y aurait seulement 20 % des gens qui allait réserver « la totale ». Il y en a eu 70 % !

70% du public est venu 11 fois à Paris. Vous imaginez ce que c’est de venir 11 fois à Paris, avec les problèmes de babysitting, d’argent, de déplacements, … Ils étaient accros, ils voulaient voir la suite. Elle est là, la performance.

– [**Vous avez dit un jour que la vie est dure, pas facile ! Pensez-vous qu’il faut souffrir pour trouver l’inspiration, pour avancer dans son art. *]

Oui, bien sûr qu’il faut souffrir ! C’est obligé. On ne peut pas vivre sans souffrir. Quand on ne souffre plus, c’est qu’on est mort !

Je pense à cette phrase, fétiche à mes yeux, de[** Fritz Zorn*], auteur du livre « Mars ». On en a beaucoup parlé dans les années 70. Ce suisse allemand, issu d’une grande famille, des parents banquiers, raconte sa révolte, son combat contre son milieu.
Il a eu un cancer, en est mort, et il associait ce cancer à un symptôme du combat qu’il menait contre son milieu. Il a dit cette phrase magnifique : « Partout où ca fait mal, c’est moi. » En effet, on ne peut pas faire de l’art sans souffrir, on ne peut pas aimer sans souffrir. Il faut accepter la souffrance. Souvent, les jeunes gens disent qu’ils ne pourraient pas travailler avec [**Maurice Pialat*], ou encore [**Abdellatif Kechiche*] parce qu’ils font souffrir leurs acteurs. Je leur réponds qu’ils ne connaitront jamais l’Art s’il n’acceptent pas de souffrir… Il y a quelques années, j’ai assisté à un stage d’[**Ariane Mnouchkine*], un stage où il y avait 500 personnes, venues du monde entier, c’était incroyable. La première chose qu’elle a dit : celui ou celle qui ne veut pas souffrir n’a rien à faire dans ce stage et sur le plateau !

– Avec « l’Adieu à Ferdinand » un cycle est clos, le livre se referme, d’autres pages s’ouvrent, avec d’autres coups de coeur, d’autres vies, d’autres souffrances qui seront « joyeusement »et brillamment mises en scènes. Et il nous prendra par la main, encore et encore, pour partir vers d’autres aventures, et pardi, on le suivra, encore et encore. [**Philippe Caubère*] est un modèle, un satellite que l’on a envie de suivre, nous le public, mais aussi ces jeunes acteurs qui ont bien compris que son jeu est unique et marquera l’Histoire du Théâtre.

[**Pétra Wauters*]


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WUKALI 04/02/2018)]

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