The wounds on both sides are not yet cicatriced


Dimanche 25 juin 1876, sous un soleil radieux se déroule une des batailles, pour ne pas écrire la bataille, la plus célèbre des guerres indiennes et plus exactement de la guerre des Black Hills, qui voit la défaite de l’armée américaine, l’anéantissement de la colonne de cavalerie commandée par un des héros les plus emblématiques de la guerre de sécession : le lieutenant-colonel [**George Amstrong Custer*] (il avait le grade de général durant la guerre de Sécession, mais comme bon nombre d’officiers, il avait été « reclassé » à son issue). Custer et 215 cavaliers trouveront la mort dans cette plaine après une résistance acharnée contre une coalisions de tribus sioux et apaches.
Depuis plus d’un siècle, « la résistance ultime du général Custer » a fait l’objet d’une abondante production d’études d’historiens, de romans, de films, etc.Tout a été dit, enfin à peu prêt tout. De fait, cette bataille, cette défaite, qui est loin d’être la première et la dernière pour les armées « blanches » lors des guerres indiennes, est connue avant tout de part la renommée de sa principale victime : le général Custer. Un homme « haut en couleur », totalement atypique. Issu d’une famille peu fortunée de fermiers, à force de travail, il entre à West Point où il brille non par ses résultats plus que médiocres par par son indiscipline.

C’est durant la guerre de Sécession qu’il se fait remarquer par sa bravoure, son courage, son charisme et un vrai sens stratégique. Sous son impulsion, la cavalerie nordiste se structure et devient aussi efficace que celle des confédérés. Il gagne le brevet (provisoire) de général (il est le plus jeune général de division de toute l’histoire des États Unis d’Amérique) sur les champs de bataille et surtout se fait remarquer (en bien) par des généraux emblématiques, par « la garde rapprochée » du général en chef [**Ulysse Grant*], [**Shermann*] ou [**Sheridan*].

La paix revenue, il redevient Lieutenant-colonel et est nommé au 7 ième de cavalerie. Même s’il n’a pas le titre de commandant en chef de cette unité faite de « bric et de broc » , d’alcooliques, de personnes parlant à peine l’américain, etc., il arrive, non sans mal et en faisant régner une discipline de fer, à structurer cette unité.
La guerre avec les indiens recommence, essentiellement pour sécuriser les travaux du chemin de fer qui traverse les plaines de chasse des indiens puis par l’occupation des montagnes noires, lieux sacrés pour les sioux qui faisaient partie de leur réserve. Mais, en violation totale des traités de paix, elles sont occupées car contenant de l’or. La cavalerie est employée pour les « mater », Custer fait montre d’une grande bravoure au feu, d’un vrai sens tactique. Pour autant, il montre un vrai dédain vis-à-vis des indiens, il profane leurs cimetières, à Washita il attaque un »village » indien, et la violence qu’il déclenche fait encore l’objet de nombreuses critiques de la part des historiens.

Voulant prendre par surprise un campement de plusieurs sioux et Cheyennes, il part avec plus de 600 cavaliers. La colonne qu’il dirige tombe dans le piège tendu par les Indiens et après une résistance acharnée, elle est totalement anéantie. Parmi les victime se trouve le frère du Général, [**Thomas*] et [**Marck Kellogg*], le premier journaliste mort à la guerre.


Custer mort, son mythe pouvait commencer à se bâtir (avant tout grâce à sa veuve), mais à la fin du XX siècle, avec la guerre du Vietnam, son auréole a bien pâli. Autant on a pu louer sa bravoure, son courage, autant, avec la même mauvaise foi, essaya-t-on d’en faire un être sans pitié, aveuglé par son orgueil. Comme d’habitude la vérité se trouve au milieu.

Bien sûr que l’on peut critiquer l’attitude de Custer vis-à-vis des Indiens, mais attention à l’uchronie. Custer n’est pas plus et pas moins « raciste » que l’immense majorité des Américains de son époque. Il est persuadé que les Indiens sont des « sauvages » qu’il faut civiliser et mettre fin à leurs exactions. A la même époque, en France, la politique coloniale de[** Ferry*] repose sur les mêmes fondements !

On ne peut que saluer le travail de [**David Cornut*], la documentation qu’il a réunie, la précision dont il fait preuve. On assiste presque minute par minute au déroulement de la bataille. Son livre est rempli de témoignages qu’il insère à chaque affirmation (ce qui alourdit quelque peu la lecture), Il est d’une précision microscopique, le lecteur est noyé par le nom de personnes totalement secondaire, parfois avec leur âge, nom que l’on ne retrouvera plus dans tous le reste de cette étude (est-il très utile d’avoir le nom l’âge, le lieu du kidnapping de tous les otages pris par les indiens?). C’est le risque de ce genre de livre. On est en droit d’exiger autant de précisions à la lecture d’une thèse, je doute que « le grand public » apprécie. Car le lecteur ne perçoit plus les grandes idées.
Et de fait, ce livre est plus une sorte de chronologie et non un livre d’histoire. A la base une plutôt bonne biographie de Custer, c’est certain, mais pas grand chose au niveau du « comment du pourquoi » des guerres indiennes. Soit, il y a de temps en temps quelques pages sur eux, sur leurs us et coutumes, sur évidemment [**Sitting Bull*] et [**Crazy Horse*], mais…

Mais surtout à charge. David Cornut se complet à décrire les profanations de cadavres et autres horreurs (pour nous) sans donner l’ombre d’une explication culturelle. Car le scalp, le démembrement de cadavres ne sont pas loin de là le résultat d’une sorte de folie mais des actes culturels qui sont une partie intégrante des mythes, des façons d’être et de penser des tribus indiennes.

Bien sûr, il ne faut pas faire preuve d’angélisme comme certains (et ce dés le début des guerres indiennes), les « bons sauvages » n’existaient pas, la société indienne dans son ensemble est très violente. Mais il ressort de ce livre, de façon plus ou moins cachée, que David Cornut a choisi son camp. Il est loin, très loin d’être neutre, il y a vraiment d’un côté les méchants Indiens cruels, sans parole, manipulateurs, et les bons Blancs qui amènent la civilisation. On croirait lire une chronique des années 1880. C’est un risque quand on maîtrise parfaitement les détails, quand les sources proviennent des vainqueurs, quand d’un côté il y a pléthore de sources écrites et de l’autre strictement aucune. Ne restent que des témoignages des vaincus récupérés par les vainqueurs. Sans écrits, il est certain qu’il est très très difficile de reconstituer la mentalité des indiens de cette époque.

On a expliqué que les guerres indiennes ont avant tout leur origine dans les violations des traités de paix par ces derniers. Il y aurait beaucoup à dire dessus : qu’est-ce qu’un traité de paix, un écrit pour une culture sans écrit ? L’installation de fermiers dans les réserves ne fut elle pas perçue comme des provocations (pensons à la réaction des Palestiniens avec les colonies israéliennes), l’occupation des Montagnes noires pour des raisons totalement mercantiles violait clairement les traités de paix avec les Sioux. Les indiens ont réagi comme ils l’avaient toujours fait. Et comme leur façon d’être et de vivre était à l’inverse de celle des Américains, ces derniers ont bien « noirci » le tableau pour « se donner bonne conscience » lors de leurs exactions. Il n’est pas difficile de percevoir que « les Blancs » ont multiplié les « provocations » pour avoir une réaction violente des Indiens, violence légitimant celles des Américains. Repensons à la dépêche d’Ems en 1870, les Américains ont été aussi sournois que [**Bismarck.*]

[**Little Big Horn*], autopsie d’une bataille légendaire est un livre excellent au niveau de la chronologie, en revanche en ce qui concerne l’analyse historique, l’objectivité qui doit y présider, le parti pris par David Cornut l’empêche de l’établir.

[** Félix Delmas*]


[**Little Big Horn, autopsie d’une bataille légendaire
David Cornut*]
éditions du Rocher. 26€


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WUKALI Article mis en ligne le 07/08/2018)]

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