The frightful aftermath of the war that tore apart the ex-Yougoslavia


La [**Serbie*] est un pays se trouvant à peu de distance du nôtre, et pourtant nous ne la connaissons pas, voire très peu. Soit, l’actualité de la fin du dernier millénaire nous a montré les horreurs qui ont suivi l’éclatement de la [**Yougoslavie*] et la haine raciale qui s’est déchaînée, haine que nous avions cru bannie à tout jamais, du moins sur le sol européen, depuis la fin de la Seconde guerre mondiale. La justice internationale a sévi, et sévit encore, à l’encontre de tous les criminels et la Serbie souhaite entrer dans l’Union Européenne.

Soit, mais la réalité est quelque peu plus contrastée comme la décrivent les deux auteurs allemands [**Schünemann*] et [**Volic*] dans leur roman [**Couleur pivoine*].

Minela Lukin travaille à l’institut de criminologie de Belgrade. Divorcée d’avec un Allemand pas toujours à jour au niveau du paiement de la pension alimentaire qu’il doit lui verser pour l’éducation de leur fils, elle vit dans un appartement avec ce dernier et sa mère. Elle apprend de son oncle hospitalisé (malgré tous leurs défauts et imperfections, nos hôpitaux sont de vrais palais par rapport aux serbes) qu’il fut amoureux d’une femme qui vient d’être assassinée avec son mari alors qu’ils venaient de bénéficier du programme de retour des exilés serbes au Kosovo, programme financé par l’ONU.

Milena, accompagnée de Sinisa, un ancien procureur qui a vu sa carrière brisée car ne voulant pas couvrir les turpitudes de la nouvelle classe dirigeante, va essayer de comprendre ce qui s’est véritablement passé. Soit (et elle en fait les frais), la haine des Albanais contre les Serbes est forte (la réciproque est vraie), mais elle s’aperçoit très vite que ce racisme n’est qu’un voile de fumée que certains ont intérêt à brandir à une opinion publique nationaliste, encore traumatisée par les séquelles de la guerre civile. De fait, elle commence à gêner un monde politique corrompu, gangrené, manipulateur dont les membres agissent avant tout pour leur profit personnel.

[**Couleur pivoine*] est surtout et avant tout une description froide, implacable, non seulement de la corruption qui a gangrené toute la société serbe (il n’y a pas que les responsables politiques qui cherchent à recevoir des « petits cadeaux ») mais surtout du racisme qui y existe. On a même l’impression que c’est une sorte de « liant »  pour toute la population. Dans certain pays, le sous-homme, l’animal, c’est le noir ou le Palestinien, en Serbie c’est l’Albanais (et au Kosovo, par un « juste retour des choses », c’est le Serbe). Une haine impitoyable, vicieuse qui a du mal à s’exprimer (surtout qu’elle serait très mal venue avec la demande d’entrée de la Serbie dans l’Union Européenne), mais qui est présente, quotidienne. En Serbie un citoyen d’origine albanaise a les mêmes droits qu’un citoyen serbe, mais il est loin d’être prioritaire. Il n’est jamais prioritaire, et comme il y a tant de problème à régler avec les faibles moyens de l’état, il est complètement marginalisé : « La Serbie ne refusait pas de soigner un Albanais, mais il était prié de bien vouloir supporter ses souffrances et admettre que les autres patients étaient prioritaires. Tout le monde passait avant lui. Et on disait : « ce n’est pas de la discrimination, c’est parfaitement normal »  ».

Un constat que les auteurs résument parfaitement : « Pendant des siècles, leurs cultures (serbe et albanaise) avaient grandi ensemble, s’étaient complétées et enrichies, et à présent, les politiciens et les nationalistes insistaient sur leurs différences, quitte à couper les cheveux en quatre. Cette étroitesse de vues, cette volonté d’exclusion, cette manie de classer en deux catégories, le bien et le mal, ne faisaient qu’engendrer la peur et rendre l’horizon de plus en plus bouché.  »

La Serbie, c’est l’Europe. Ce qui est un fait quotidien dans ce pays commence à le devenir chez certains membres de l’Union Européenne. L’exclusion, la haine. En France, certains attisent ces braises nauséeuses. Souvent de façon détournée, insidieuse, par exemple quand un journaliste critique le prénom d’une de ses consœurs car pas « assez français ». Quand on a lu la logorrhée de l’individu on n’est pas étonné d’une telle attitude, mais on est toujours surpris que ce défendeur des «vraies valeurs françaises » ait un nom de famille commençant par un « z », lettre typiquement arabe (comme les chiffres qu’il forme sur ses chèques).

Malgré quelques petites imperfections au niveau du style, parfois un peu « lourd », il faut lire [**Couleur pivoine*], pour prendre conscience que même en Europe, à nos frontières, les leçons de la victoire des Alliés en 1945 ne sont pas encore comprises. Et les discours anti albanais, il faut être honnête, même s’ils sont moins nombreux, sont présents, avec les mêmes mots, les mêmes réflexions, régulièrement en France. Ce n’est pas digne du pays des droits de l’homme.

[** Émile Cougut*]


[**Couleur Pivoine
Schünemann et Volic*]
éditions Héloïse d’Ormesson. 21€


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WUKALI Article mis en ligne le 25/09/2018)]

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