Such a beautiful nude


[**Aristide Maillol*] (1861-1944) est un sculpteur universellement connu, dont l’œuvre se rencontre dans les plus importants musées comme dans les plus grandes collections privées. A Paris, le musée Maillol, fondée par [**Dina Vierny*], son dernier modèle, regroupe toutes les phases de ses travaux multiples. C’est donc là que l’admirateur doit aller le découvrir.

A l’origine Maillol était un peintre, membre du groupe des « Nabis »*, dont l’intérêt pour les arts décoratifs fut précoce. C’est seulement à la quarantaine qu’il décide de devenir sculpteur. L’année 1900 sera le moment charnière de sa carrière : sa Léda, aux formes parfaites, lui vaudra la reconnaissance du public comme celle de ses pairs, à l’instar de [**Rodin*] qui, dès lors le soutiendra dans ses recherches.

Entre les deux guerres, Maillol sera internationalement reconnu : jusqu’à devenir le plus fameux sculpteur de l’époque, après la mort de [**Bourdelle*] (1933). Deux rétrospectives de 1933 ( Bâle et New York) précéderont sa consécration à l’Exposition internationale de Paris en 1937, dite du « Trocadéro », où ses sculptures seront montrées au nouveau musée d’art moderne du palais de Tokyo. Elles influenceront des générations d’artistes, des décennies durant.

Mais la vraie reconnaissance internationale de Maillol avait eu lieu en 1905, quand il présentera le plâtre de « La Méditerranée » au salon d’automne : son apparition fut un événement car tous les critiques d’art en parlèrent, à commencer par [**André Gide*] : « Elle est belle, elle ne signifie rien ».

Son apparition fut ressentie comme la vision d’un chef d’œuvre, même par Rodin : « Maillol a le génie de la sculpture…Quelle sûreté dans le goût…Quelle intelligence de la vie dans le simple…Ce qui est admirable chez Maillol, c’est ce qu’il porte d’éternel : la pureté, la clarté, la limpidité de son métier et de sa pensée…Je suis tranquille pour l’avenir d’un tel homme  ».

Le vieux Maître de Meudon adoubait rarement un débutant ! C’est dire que l’œuvre apparaissait d’une nouveauté totale, ouvrant la voie tant à des réflexions nouvelles sur l’art tridimensionnel qu’à des recherches pratiques.

La première évidence qui frappe le spectateur, ce sont les formes pleines constitutives de la statue, visiblement basées sur de nombreux dessins de nus de l’éternel féminin, puis épurés pour n’en garder que les lignes de force principales. La sculpture parait muette, installée dans une sorte de plénitude intemporelle : sa simplicité est le socle de sa beauté. La perfection des formes est induite par sa composition statique et par la maturation des idées du génie nommé Maillol : des seins magnifiquement rendus au réalisme doux, un nombril souple et flexible, l’abdomen géniteur d’un ventre au naturel superbe, le thorax aux lignes amples et parfaites… Si le visage ne montre aucune expressivité, son nez droit, sa petite bouche aux lèvres minces, ses yeux fendus en amande où la pupille est absente (typique de ce que sera l’école de sculpture du Trocadéro, ses oreilles sensuelles soutenant une chevelure abondante regroupée en une sorte d’étui du crâne, marquent les moments successifs de la prise de possession visuelle de la sculpture par le spectateur.

Cette femme est-elle perdue dans ses pensées ? Ou plus simplement se contente-t-elle « d’être », d’exister ? Sa position, le coude appuyé sur le genou et la tête dans sa main, repliée sur elle-même, lui confère un aspect géométrique. Son côté méditatif, sans expressivité particulière, est soumis à une architecture rigoureuse de la part de son créateur : si on la regarde bien, elle semble bâtie de triangles ajustés. Ce corps montre des courbes parfaites, très harmonieuses…Le mot est lâché : harmonie. C’est cette recherche de l’harmonie qui hantera Maillol tout au long de sa vie, jusqu’à ce qu’il en exprime la plénitude complète.

La sculpture n’a aucune référence historique ou littéraire : c’est une création pure existant par elle-même. Cette synthèse visionnaire de ce que doit être l’art tridimensionnel, est une nouvelle donne que tous les talents postérieurs comprendront et respecteront, puis dépasseront par d’autres découvertes comme il se doit.

Mais, contrairement à ce qu’écrivent d’innombrables historiens de l’art, il n’y a aucune rupture avec la tradition classique car l’artiste manipule des formes géométriques euclidiennes, ses compositions demeurant statiques et fondées sur l’équilibre des masses, pas sur celle des forces. Ce sera [**Brancusi*] qui affranchira la sculpture des règles traditionnelles immémoriales.

La commande d’état du marbre fut réalisée dans l’atelier de l’artiste entre 1927 et 1937, en un seul bloc et sur la base du modèle en plâtre. Ses dimensions sont : hauteur 110,5 cm, longueur 117,5 cm et profondeur 68,5 cm. L’épaisseur de la base saute aux yeux : elle doit soutenir un poids considérable. Deux éléments débordent du soubassement : à l’avant le pied gauche, à l’arrière la main droite. L’œuvre est conservée au musée d’Orsay à Paris. Le marbre a été poli jusqu’à devenir complètement lisse, les aspérités devenant invisibles et, quasiment, indétectables au toucher. Ce qui est d’une difficulté inouïe à obtenir car nécessitant des heures de travail supplémentaires, l’utilisation d’un outillage précis et cher et…de la transpiration d’un génie !

Il faut impérativement tourner autour de la sculpture pour en apprécier les qualités hors-du-commun : intemporalité due à sa perfection technique, plénitude visuelle puis intellectuelle de la prise de possession gourmande par le spectateur devenu voyeur, archétype universel de l’harmonie statuaire, instant d’éternité de la transition artistique moderne et affirmation de la volonté d’un génie.

On conviendra que Maillol connaissait ses capacités et qu’il sut les exploiter !

[**Jacques Tcharny*]|right>


*Les nabis (mot signifiant prophète en hébreu) était un groupe de peintres d’avant-garde issus de l’académisme( [**Sérusier, Vuillard, Bonnard, Maurice Denis*], etc…) qui s’inspiraient de [**Gauguin*] en usant de couleurs pures très vives au service d’un symbolisme puissant et individualisé.


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WUKALI Article mis en ligne le 06/10/2018)]

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