A famous English portrait painter of eighteenth century


Le peintre anglais [**Thomas Gainsborough*] (1727-1788) a eu le bonheur de voir sa renommée parvenir jusqu’à nous sans connaître d’éclipse. Aujourd’hui, musées et collectionneurs recherchent fébrilement ses œuvres, fort rares en ventes publiques.
Fils d’un instituteur à l’esprit ouvert, ses dons précoces de dessinateur lui permettent de monter à Londres à l’âge de treize ans. Il y fera toutes ses études d’art. Il y rencontrera son homologue [**William Hogarth*], avec lequel il aura une certaine communauté d’idées et d’esprit, malgré leur différence de tempérament.

Marié à dix-neuf ans, il doit nourrir sa famille, donc chercher des clients pour ses tableaux. A cette époque, il se consacre au paysage…Sans grand succès. Il retourne en province en 1749.

Il commence à peindre les portraits qui feront sa célébrité. Ses modèles sont d’abord des marchands du coin et des propriétaires fonciers. Ayant de nombreuses difficultés d’argent, il s’installe à Bath (1759) où il découvre [**Van Dyck*]. Il le comprend si bien qu’il arrive à saisir l’essence de ses portraits. Il adaptera, à sa manière et à son époque, la façon de voir et de créer du flamand.

Sa réputation atteignant la haute société, sa reconnaissance suivra. Sa fortune sera alors faite car il deviendra « le peintre » de ces cercles élégants qui le faisaient rêver, jusqu’à être le favori du Roi et de la famille royale. Ensuite viendront les expositions aux salons et son entrée à la Royal Academy (1768). A la fin de son existence il revint au paysage, auquel il donna un sens moral inattendu par l’authenticité et la beauté qu’il lui conféra.

[**John Constable*], grand paysagiste aussi, affirmera : « Devant un paysage de Gainsborough, nous avons les larmes aux yeux sans savoir pourquoi ».
Parfaitement conscient de sa démarche intellectuelle et artistique, Gainsborough écrira cette phrase qui le caractérise tant : « Un homme peut faire de grandes choses et mourir méconnu dans un grenier, s’il ne maîtrise pas ses inclinations et ne se conforme pas à l’œil du vulgaire en choisissant la spécialité que tout le monde paiera et encouragera ».
Son intelligence, ses facultés à appréhender le goût du public et à lui donner ce qu’il désire et ses aptitudes picturales lui seront indispensables dans sa lente ascension, parfois semée d’embûches.
Ce qui ne veut pas dire qu’il se soumettait à une tyrannie picturale rigide et formelle, loin de là : un portrait de Gainsborough se reconnaît immédiatement. Les faux sont difficiles à réaliser et faciles à déceler. Une œuvre du Maître possède toujours des caractères généraux spécifiques, identiques, sa propre vérité et une individualité unique. Il peint en observant son modèle (nature ou personnage) sans se préoccuper de règles d’école. Son coup de pinceau est rapide, vif, précis, léger, efficace. Il voit très vite et très distinctement ce qu’il doit créer : ses portraits sont des miracles d’équilibre, de retenu, de présence physique. Souvent ses modèles posent devant un arrière-plan de paysage complet : sols, arbres et végétation, ciels, qui fusionnent en un feu d’artifice magnifiant le personnage montré, toujours issu du monde des privilégiés.

La palette qu’il utilise est restreinte mais, comme coloriste, il l’emporte sur tous ses confrères : il suffit d’observer l’immaculée et subtile beauté de ses tons argentés pour s’en convaincre. Gainsborough est le peintre qui a le mieux rendu l’élégance de style, la grâce des attitudes maniérées et convenues, et l’apparence impalpable du charme du beau sexe, comme l’on disait en ce temps-là. Pourtant rien de maniériste n’existe dans son œuvre, c’est l’expression d’un tempérament classique. Il est, aussi, celui qui peint comme personne le sentiment de l’intimité, ressenti par le spectateur comme par le modèle. A ce propos, citons l’éloge de son grand rival [**Reynolds*]: « une manière inachevée contribue à serrer de plus près la ressemblance ; elle suffit à évoquer le modèle, l’imagination supplée le reste et le fait avec une exactitude que l’artiste n’aurait pu atteindre  ».

« L’enfant bleu » ( The blue boy) est une huile sur toile peinte en 1779, de dimensions : 177,8×112,1cm, quasiment grandeur nature donc. Elle fut achetée en 1921 par l’américain [**Henry Huntington*] pour la somme, extravagante à l’époque, de 728.000 dollars. Son départ pour les États-Unis provoqua un tollé en Angleterre où l’acte fut considéré comme une humiliation par le peuple britannique : on vit même des gens pleurer !

Elle est conservée à la bibliothèque Huntington de San Marino aux États-Unis. C’est un hommage du peintre à Van Dyck et à son fameux : « Les enfants du roi Charles I  » où le futur [**Charles II*] est montré en habits rouges, dans une posture similaire. En 1994, une analyse aux rayons-X montra qu’à l’origine un chien figurait à côté du jeune garçon. Donc Gainsborough travaillait ses toiles en profondeur et n’hésitait jamais à les reprendre s’il n’était pas satisfait de son travail : il avait le respect de son métier et de ses clients.

L’étude de costume saute aux yeux. Le jeune homme est vêtu d’une tenue où dominent les tons bleus avec des nuances de gris et surtout d’argent, lumineuses, chatoyantes et d’une plénitude colorée incroyable ; tous éléments totalement inconnus jusqu’alors dans l’art bidimensionnel. Le fond paraît crépusculaire, voire nocturne.

La pose est conventionnelle et élégante, le personnage est détaché en un premier plan individualisé, le paysage composant le fond du tableau. Le traitement sculptural du modèle, de taille réelle, en est donc fortement accentué.

Curieusement, le paysage est montré en descente de la droite vers la gauche. Alors que le modèle est rigoureusement droit, en léger contrapposto : la jambe gauche est avancée, la droite est portante. La franchise des coups de pinceau, portés au niveau du sol, étonne avec ce rendu direct d’un herbage en mouvement, à l’instar de ces arbres qui paraissent ployer sous un vent que décuple l’orientation vers le bas du tableau. Mais la partie la plus extraordinaire du panorama c’est le fond du ciel avec ses nuages noirs d’orages si lourds, avec ce rendu crépusculaire affirmé et affiné, avec ce halo jaunâtre qui entoure les épaules du modèle, qui les souligne, qui semble quasiment organique, ordonné et doté d’intelligence. Vraiment, l’artiste avait un don particulier pour individualiser ses paysages comme ses personnages.

Si le centre géométrique du tableau est situé au niveau de la taille, juste au-dessus de la jambe gauche, son centre psychologique est constitué des deux yeux et centré sur les pupilles noires, très expressives.

Le visage du modèle regarde droit devant lui le peintre, le spectateur occupant la même position. Nous recevons en pleine figure la puissance d’un regard que l’on est surpris de trouver chez un garçon aussi jeune. Mais cette force se double de bien autre chose : un aspect rêveur, un côté lointain, un dédain vaporeux dû au « splendide isolement de la fortune ».

La chevelure est bien dessinée, les cheveux bougent avec vivacité, sont très vivants. Le visage présente un front haut, des arcades sourcilières arrondies à l’instar de la racine du nez, cils et sourcils sont très marqués. Le nez individualisé est bien en place. Le menton est rond. Les lèvres boudeuses ont des commissures interrogatives tandis que la moue est franchement dubitative.

La richesse des tissus, l’opulence des brocards, le foisonnement des parements brodés, toute l’ornementation est une extension décorative de sa caste : elle est constituée des bas blancs noués d’or, du large chapeau bleu-noir au panache blanc, du col ouvragé blanc, des chaussures d’apparat vertes aux rubans blancs. Tous ces éléments sont les preuves de l’appartenance du modèle au monde des riches, aristocratie d’argent ou noblesse terrienne. Car, lorsque l’on parle du dix-huitième siècle anglais et de la Révolution industrielle qu’il induisit, personne ne doit oublier que « l’ascenseur social » existait bel et bien : le très célèbre multi-millionnaire [**Richard Arkwright*], qui était au départ un simple barbier, en est l’exemple-type.

Cette peinture est une démonstration de l’art de peindre pour plaire, tout en s’appuyant sur les qualités de base de ce que doit être un portrait : la représentation individualisé d’un modèle. Mais l’enfant représenté est aussi une parfaite illustration de sa classe sociale d’origine. C’est également un morceau de bravoure picturale par la symphonie des couleurs proposées : un orchestre de bleus, de blancs, de teintes argentées composent le sujet. Alors que des teintes terreuses d’ocres, de jaunes blafards et de verts sombres, émanent du fond de paysage tout en servant d’écrin à un jeune homme rutilant de couleurs claires.

Toutes ces belles qualités, réunies dans un seul tableau, impliquent la seule conclusion possible à cette étude : nous sommes face à un chef d’œuvre.

[**Jacques Tcharny*]


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WUKALI Article mis en ligne le 07/02/2019)]

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