French spirit. Whence from a tragedy a renaissance is blooming


[**Paris*] vu de Sirius, la France des Français, vue dans l’éternité magique d’une carte-postale. Lundi 15 avril 2019, peu avant 19 heures. Des flammes sont aperçues sur le toit de la cathédrale [**Notre-Dame de Paris*]. Elles s’élèvent hautes. C’est la stupeur, la sidération, l’innommable ! Rapidement avec la force apocalyptique du néant, elles prennent possession de la charpente, la flèche de [**Viollet-le-Duc*], torchère agonisante d’une histoire qui se meurt, hurle son désespoir sous des cieux indifférents. Les parisiens médusés et figés devant ce spectacle d’horreur qui se déroule là sous leurs yeux. L’information elle aussi se diffuse et devient planétaire. Un panache de fumées grisâtres signe le ciel de Paris d’une griffure monstrueuse. La flêche, dentelle incandescente, se brise et s’effondre. Notre-Dame s’abime dans un désespoir sans nom. Le temps s’est arrêté. Les lances des pompiers tentent de saper le brasier qui gronde au-dessus des têtes. Tard dans la nuit ils auront raison du monstre qui renonce.

Un taquet de la grande horloge a fait bouger le cours de l’histoire. Un avant et un après, vieille antienne française…!

Face devant le grand départ, l’homme dit-on, fait l’inventaire de sa vie. Notre-Dame de Paris, c ‘est l’histoire de la France, le repère intrinsèque d’une civilisation européenne, le maillage lent d’une alliance toute humaine célébrée par l’histoire, les arts et la littérature.

Une mort, suivie d’une naissance. Un bouleversement, et chacun dans le pays, dans l’intime secret de son existence, a pris la mesure du désastre, de l’abîme. Le chef de l’état[** Emmanuel Macron*], tard dans la soirée, revenu sur le parvis de la cathédrale, redonne sens à la vie, le mouvement est lancé. Le balancier de la grande horloge reprend sa cadence et son tic-tac fait plaisir à entendre. En dépit des braises et des cendres toujours présentes, la lumière retrouve son chemin. Le roi est mort, vive le roi !

L’appel de Notre-Dame, cathédrale immatérielle d’une unité retrouvée, rassemble les solidarités nationales et internationales. Notre-Dame de Paris tient toujours debout et ses hautes tours, celles du Bourdon et de Quasimodo, hébétées mais vivantes demeurent. Moins de vingt-quatre heures passées après le drame et c’est déjà un autre monde qui s’avance. Sans attendre affluent du coeur du pays, de ses grandes fortunes comme de la volonté de chacun une manne financière, une souscription nationale est lancée. Un milliard d’euros est rapidement atteint un jour à peine après. Tout bonnement magnifique !

Curieusement c’est un sentiment d‘optimisme qui se fait jour, une volonté partagée de vouloir et d’exister, nulle trace de désespoir et d’abandon loin de là. Le signal a été donné d’en haut, «nous rebâtirons ! ». Futur absolu d’une force créatrice, d’une volonté qui s’adapte et domine le cours des choses. Les autorités de l’état se mettent dans l’instant en action. [**Notre-Dame «est devant être reconstruite»*] diraient les latinistes !

[**France*], village gaulois où la place du village médiatique stimulé par les relais d’information abrite toutes les vanités et les commentaires, et les plus experts et les plus compétents côtoient les impotents et les imposteurs. Forces et faiblesses Reconstruire oui mais comment et chacun y va de ses desiderata. Sur un quelconque événement, quand un journaliste ne sait pas quoi dire ou écrire, il fait du remplissage sur les antennes ou dans les papiers et se livrent à des micros-trottoirs. Si cela peut apporter de temps à autre un éclairage particulier, sa pratique aujourd’hui largement répandue est dévastatrice et contribue à installer un relativisme pervers. Nous avons évoqué la proximité de Notre-Dame de Paris dans notre identité nationale et chacun a des idées sur ce qu’il conviendrait de faire!

Quand des responsables se sentent pris de cours, il n ‘est de meilleure défense et de meilleur réflexe pour eux que de s’en prendre à l’état ou à l’administration, corruption libertaire de la démocratie républicaine, «et voila pourquoi votre fille est muette !». Il est à cet égard intéressant d’observer les commentaires relevant de certains personnels de haut rang attachés à la préservation des patrimoines historiques. L’hypnose et la fascination qu’exercent la monumentalité intellectuelle sur ce qu’ils ont pour métier de protéger a obscurci leur raison et le mélange inconscient des genres les a empêchés de prendre une claire conscience des risques. On en voit aujourd’hui les dramatiques conséquences!

Je m’explique :«[** la forêt*]»*( tel était le nom donné à la poutraison, à la charpente du toit de la cathédrale, tant il avait fallu de bois et d’arbres pour la construire) était vue comme une oeuvre d’art en soi In absentia conséquente d’une évaluation critique du danger potentiel face à l’hypothèse d’un incendie jugé comme improbable. L’idée même d’une intervention architecturale faite sur cette charpente était jugée comme iconoclaste. Toucher à ce que des générations d’artisans, de charpentiers avaient édifié voilà près de 800 ans était considéré comme sacrilège et cette idée même a percolé dans l’ensemble de la société bien au delà de la sphère architecturale des monuments historiques. Une simple évaluation de sécurité de bon sens n’a pas été prise en compte, c’est à dire le risque catastrophique d’une potentielle fournaise sous les toits en cas de départ de feu !
Que n’avait-on pas dit en son temps de la rénovation du Louvre voulue par [**François Mitterrand*] et de la construction de la pyramide de verre de [**Ieoh Ming Pei*] !

Sans aller jusqu’ à penser que le symbolisme religieux de l’enfer et du paradis, du monde souterrain et du monde céleste, ait pu de manière subliminale influencer le raisonnement, mais là en termes inversés, le feu, le danger, le bûcher potentiel étaient là bien positionnés au-dessus des têtes, dissimulés sous des voutes de pierre, comme embusqués en quelque sorte. Que l’on me comprenne bien, il ne s’agit pas de jeter la pierre et de trouver un trop commode bouc émissaire. Bien au delà d’une polémique, l’on touche là au point de friction entre philosophie et rationalité opérative, ou pour être clair, entre esthétique patrimoniale et transformation créatrice!

Le mot Nef en architecture vient du mot latin «navis» qui signifie navire, les charpentiers de marine tout comme les charpentiers bâtisseurs de cathédrales étaient autrefois formés aux mêmes bases d’enseignement. Qui n’a jamais vu par exemple la poutraison en bois de châtaigniers de l’abbaye de Cluny pour comprendre ! Chacun sait que les soutes des bateaux sont fractionnées en sas étanches pour maintenir la flottaison en cas d’avarie sur la coque ( le cas du Titanic étant bien sûr l’exemple qui confirme la règle!). Que ne l’a-t-on envisagé pour la charpente de Notre-Dame ce qui aurait permis peut-être de circonscrire le feu. Cesser d’envisager «la forêt» comme une oeuvre d’art ( non accessible aux visiteurs au demeurant!) mais comme une menace ! La fractionner donc par des cloisons coupe-feu et prévoir l’installation de réserves d ‘eau, de robots autonomes de détection de départ de feu, par systèmes olfactifs, thermiques, visuels (ceux là existaient en partie),par l’installation de systèmes Sprinkler contre les incendies). L’électricité étant aussi considérée comme source d’un risque éventuel sur une structure bois, donc néfaste et à exclure ! Qu’en serait il aujourd’hui des hôpitaux et des salles de chirurgie sans électricité, nul besoin de développer ! Langue d’Ésope, quand tu nous tiens !

D’ores et déjà les reconstructeurs sont à l’oeuvre. Incroyable une semaine après l’événement ! il y a quelque chose de changé dans la république française ! Nulles atermoiements, sauf la cohorte des grincheux et de ceux qui parlent et n’ont rien à dire ! Pour l’heure, il s’agit de mettre à l’abri, de solidifier et de protéger. Très rapidement viendra le temps de la reconstruction quand auront été tranchées les questions des modes architecturaux, des matériaux et des choix à déterminer, qu’il s’agisse de la poutraison ( bois ou métal, le choix conjoint des deux semblerait astucieux et opportun – résistance des nouveaux matériaux et leurs poids sur les murs de soutien, souci de préserver et de dynamiser des corporations d’artisans du patrimoine, une nouvelle dynamique pour la formation professionnelle dans notre système scolaire).

Au total une formidable opportunité de chantiers et d’emplois et c ‘est l’ensemble du patrimoine national qui sera impacté tant les monuments du patrimoine sont nombreux et une opportunité énorme pour nos artisans, nos chercheurs, nos entreprises et nos bureaux d’études, une nouvelle voie de développement, une filière, oui, d’avenir !

Il s’agit aussi de redonner son lustre à Paris, sérieusement écorné (et c’est un euphémisme) par les saccages des gilets jaunes, leur violence et leurs destructions médiatiques et iconoclastes.

Pour en terminer c’est toute une réflexion à envisager sur le lien entre art et économie de l’art. J’y reviendrai dans un prochain article car le sujet est immense !

[**Pierre-Alain Lévy*]


[**Note:*]
* Contrairement à ce qui a été largement dit, toute cette poutraison ne datait pas que du XIVè siècle ( rappelons que la construction de N-D s’étale entre 1163 et 1345). Une partie importante a aussi été construite au 19ème siècle au moment de la restauration de Viollet-le-Duc) et de la construction de la flèche qui fit polémique.


**Annexe documentaire*]: [ Notre-Dame en flammes ( Cliquer)


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WUKALI Article mis en ligne le 25/04/2019

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