From Renaissance to XIXth century, two sculpture masterpieces


Deux sculpteurs qui, à cinq siècles de distance, ont célébré [**Dante*] : le premier, [**Ghiberti*], avec la « Porte du Paradis » de Florence, le second, [**Rodin*], au 19ème siècle, avec la « Porte de l’Enfer ». Nous traiterons de l’un, puis de l’autre.

[**Lorenzo Ghiberti*] (1378-1455), sculpteur florentin débutant, remporta le concours pour la création, en bronze patiné, de la porte nord du baptistère de Florence en 1401, l’acte fondateur de la Renaissance artistique et son triomphe personnel.

En 1425 la ville lui confie la réalisation de la porte d’honneur (à l’est),dite « Porte du Paradis », en bronze doré. Il l’achèvera en [**1452*]. Les membres de son atelier y participèrent, à commencer par [**Donatello*], suivi de [**Luca Della Robbia, Michelozzo*] et [**Gozzoli*].

La confiance des commanditaires était telle que l’artiste-démiurge reçut totale liberté créative et des moyens illimités sans précédent : financiers, humains et matériels. Aujourd’hui, l’œuvre est conservée au musée de l’œuvre du dôme de [**Florence*].

[(- [**La nuit du 3 au 4 novembre 1966, la nature jalouse reprend ses droits et prend Florence en otage.*]

L'[**Arno*] cataclysmique coulant à [**Florence*], en 1966 sort de son lit. Il dévaste la ville, L’eau se répand partout. Enfer et dévastation, le baptistère est inondé, les portes de Ghiberti touchées par la crue dévastatrice. L’eau et la boue souillent le chef d’oeuvre. Le monde entier est atterré comme aujourd’hui avec l’incendie de Notre-Dame de Paris. En 1990 une copie de l’oeuvre est mise en place de l’originale. Les travaux de restauration débutent en 1979 et il faudra 30 ans pour les finaliser. Pendant toute cette période, des technologies toutes nouvelles sont mises au point, notamment l’usage du laser qui fera dés lors ses premiers pas dans la panoplie des techniques de restauration des oeuvres d’art. Le chef d’oeuvre de Ghiberti ayant retrouvé ses lumières et ses profondeurs étincelantes est dorénavant exposé au musée de l’oeuvre de Santa Maria del Flore

)]

C’est le plus génial sculpteur de tous les temps, [**Michel-Ange*], qui devait lui donner son nom. Il disait qu’«elle était si belle qu’elle ne pouvait ouvrir que sur le Paradis» .

L’origine de l’idée est à rechercher dans « La Divine Comédie » de [**Dante*]******. Ce poème, divisé en trois parties : Enfer, Purgatoire, Paradis, sera déterminant dans l’évolution de l’art de la Renaissance et bien au-delà : jusqu’au dix-neuvième siècle avec les romantiques, dont [**Delacroix*], et chez [**Rodin*] avec sa « Porte de l’Enfer », dernier avatar dantesque du genre.

On ne soulignera jamais assez l’importance de cette oeuvre littéraire sur toutes les formes artistiques occidentales : écriture, beaux-arts, théâtre…On ne compte plus la statuaire issue de « La Divine Comédie ».

C’est le penseur et philosophe allemand [**Schelling*] (1775-1854) qui découvrit la clé du mystère, en expliquant la décroissance de la puissance descriptive de Dante : l’Enfer est sculpture, le Purgatoire peinture et le Paradis musique.

[(La « [**Porte du Paradis*] » est une œuvre unique, aux dimensions impressionnantes : 520 cm de hauteur, 310 cm de largeur et 11 cm d’épaisseur. Elle est composée de deux vantaux de chacun 5 panneaux, qui se lisent de gauche à droite et de haut en bas. Ils mesurent 79x79cm. Y sont présentées des scènes issues de l’Ancien Testament. Dans l’ordre précité :

-La création d’Adam et Eve, le péché originel, Adam et Eve chassés du Paradis terrestre
-Histoires de Noé 
-Histoire d’Esaü et de Jacob 
-Moïse reçoit les tables de la loi sur le mont Sinaï  -bataille contre les Philistins, David vainqueur de Goliath 
-Caïn et Abel travaillant dans les champs, meurtre d’Abel 
-Apparition des anges à Abraham, sacrifice d’Isaac 
-Joseph vendu aux marchands, la tasse d’or retrouvée dans le sac de Benjamin, Joseph se fait reconnaître par ses frères
-Le peuple d’Israël traverse le Jourdain, prise de Jéricho
-Salomon reçoit dans le temple la reine de Saba

Chacun des 10 panneaux unit deux ou plusieurs épisodes bibliques : c’est ce que l’on appelle une « représentation simultanée », conception médiévale typique, surtout aux 13ème et 14ème siècles.
)]

Ghiberti plonge ses racines culturelles et artistiques au cœur de l’époque médiévale, certes, mais conception et réalisation montrent un esprit nouveau et créent des technologies si inventives qu’une autre période esthétique en sera la conséquence.
Les panneaux sont encadrés de niches et de médaillons, inclus dans des montants verticaux prévus à cet effet. La progéniture sculptée de Ghiberti y est abondante. L’idée remonte aux enluminures médiévales, mais l’interprétation de l’artiste n’a strictement plus rien en commun avec le Moyen-Age : la perspective est la dominante visuelle de la porte.
L’ordonnance des panneaux, aux détails multiples, la richesse décorative de leur exécution, l’incroyable fourmillement de vie de leurs encadrements, leur douce élégance fluide, n’ont aucun équivalent à leur époque.

Pour le public, la porte apparut comme un miracle transcrit dans le bronze doré. Mais les gens cultivés du temps savaient décrypter l’œuvre : les trois premiers panneaux sont des illustrations sur le thème du péché, dès le quatrième le sauveur universel et la préfiguration de Jésus prédominent, enfin le salut de l’homme est montré comme dépendant du bon vouloir de la divinité alors que le dernier, Salomon et la reine de Saba, constitue une apologie de l’union du Christ et de l’Église.

Le style de[** Ghiberti*], dont la formation première fut celle d’un orfèvre, y est d’une sérénité éclatante, d’un équilibre parfait. La douceur des passages dans le bronze est due aux jeux de la lumière sur les reliefs. Dans l’écrin que constitue la porte, des bijoux somptueux émergent, tels les anges apparaissant à Abraham, ou Esaü et Jacob devant le temple.

La technique utilisée par Ghiberti est, bien évidemment, celle du relief. Et cela sous toutes les formes possibles car ils s’échelonnent de la ronde-bosse à la gravure. Les figures de l’avant-plan sont détachées du modelé plutôt lisse des fonds, qu’ils soient architectures ou paysages. La structure est précise et maîtrisée : on sent parfaitement le dessin sous-jacent. Sous l’apparence d’une grande simplicité, tout est calculé, codifié, en fonction de la perspective. Que l’on observe la fuite des fonds architecturaux vers l’arrière et l’on s’en convaincra. Ce que l’on constate également dans les reliefs, glissant de la quasi ronde-bosse au rendu plat de la gravure. Les figures et les objets diminuent progressivement, créant l’effet de perspective. Les reliefs créent un point de vue frontal, alors que les ronde-bosses offrent des points de vue multiples

C’est une révolution esthétique, preuve qu’un monde nouveau est né : celui de la Renaissance artistique. Les compositions architectoniques et la plastique décorative, à l’incroyable raffinement, sont totalement nouvelles. Nous sommes aux antipodes de l’univers de la sculpture médiévale. Sur les montants des deux vantaux, portraits de Florentins connus du temps ( dont Ghiberti lui-même), personnages de la Bible (les nombreux Prophètes) et sibylles* diverses cohabitent en une harmonie qui ne doit rien au hasard ou à la chance, comme déjà expliqué.

La superbe dorure des éléments de la porte est un plus évident. Rien d’équivalent n’était alors connu. Le prix de revient du travail de dorure dut être énorme : l’achat de l’or, le travail de l’atelier, le temps passé en étant les composantes. Sans le blanc-seing des commanditaires un tel travail eût été impossible.

Il est clair que l’artiste a longuement mûri sa réflexion avant de passer à la pratique. Si l’œuvre dégage un parfait classicisme sculptural mâtiné d’orfèvrerie, c’est qu’il y a équilibre intégral entre mental, visuel et technique : l’esprit qui réfléchit et organise, l’œil qui met en scène et la main qui crée. L’unité organique, puissante, qui se dégage de l’œuvre n’empêche pas la diversité des représentations, aux nombreux personnages nettement individualisés puisque tous différents. Même les fonds architecturaux sont distingués, tout en dégageant la perspective.

Au départ, la manière de raconter de Ghiberti est celle d’une époque de recherches, d’expérimentation et d’apprentissage. Que le lecteur n’imagine pas que la Renaissance part de rien, sort de rien et que la seule référence eusse été l’Antiquité, ce serait un contre-sens. Elle s’appuie et s’inscrit dans la suite du Moyen-Age, sans discontinuité. La période médiévale a connu de nombreux artistes dont les travaux influencèrent leurs cadets du Quattrocento.

Ce qui est avéré c’est que les artistes de la Renaissance redécouvraient l’Antiquité en créant un lien spirituel avec elle, alors que l’époque médiévale n’en avait aucun.
Cette évolution se reflète dans les travaux de Ghiberti à la porte nord. Avec la porte du Paradis, on entre dans un temps où les artistes ont déjà beaucoup travaillé et expérimenté. Ils ont pris confiance et se sont révélés au monde. D’ailleurs leur statut social a changé : au départ considérés comme des artisans de luxe, les meilleurs d’entre-eux deviennent des artistes à part entière aux yeux de l’aristocratie dirigeante, qui se fait une joie de les employer. Certains finiront même par obtenir des positions égalitaires face à leurs commanditaires. Ghiberti fut de ceux-là. La porte du Paradis est la preuve de sa maîtrise technique, de ses capacités conceptuelles, de ses dons de professeur et de son génie créateur.

– [**Analysons de près les panneaux.*]

L’harmonie douce qui s’en dégage stupéfie le spectateur. Le premier panneau (photo1) montre des éléments remarquables : le [**Père éternel*] prenant la main d'[**Adam*] pour l’éveiller à la vie ; la naissance d'[**Eve*], nue, aux jambes allongées, devant le Créateur, magnifique et serein. Si le centre géométrique est dans le visage d’Eve, le centre psychologique est décentré, à l’extrême gauche, sur la main de Dieu qui ordonne à Adam de se dresser.

On notera la finesse, le léger allongement, des jambes et des bras des personnages : c’est un travail d’orfèvre, premier métier de Ghiberti. L’exception, c’est le père éternel : aucune hésitation dans ses gestes, la certitude du devenir. Ghiberti a réussi à rendre la divinité du personnage en accentuant la raideur de son corps, la sûreté de ses mouvements et l’amplitude de son rayonnement.

Le deuxième panneau, l’histoire de[** Noé*] (1), est admirable dans sa partie supérieure où nous voyons des animaux( éléphant, lion, cervidé, bovidé, aigle…) et, surtout, une sorte de pyramide sans base qui doit symboliser le sommet de la montagne incriminée : le mont Ararat. La géométrie descriptive y est parfaite : elle entraîne le spectateur à lire et décrypter tout le panneau. Cette étonnante pyramide attire le regard tel un aimant, sa modernité est stupéfiante.

Le troisième panneau, l’histoire d'[**Esaü*] et de [**Jacob*], est une scène de théâtre : au premier plan s’étale en profondeur une cour aux dalles bien délimitées. Sur laquelle quatre commères discutent, à gauche. Alors qu’un jeune homme suivi de deux lévriers parle avec un vieillard au centre. Sur la droite, le jeune homme est agenouillé devant le vieillard assis qui le bénit, tandis qu’une femme debout assiste à l’événement. Au deuxième plan domine l’architecture du temple. Ce dernier est d’un classicisme rigoureux avec des pans géométriques stricts. Son volume diminue au fur et à mesure qu’on s’enfonce vers l’arrière-plan. On y aperçoit une statue allongée, qu’un rideau ouvert pourrait cacher, d’autres personnages semblant vaquer à leur occupations. Ce panneau est une démonstration de perspective intégrale par un sculpteur possédant son art à la perfection. La structuration de cette œuvre est une réussite parfaite.

Le quatrième panneau montre [**Moïse*] recevant les tables de la loi sur le mont Sinaï. C’est l’un des plus travaillé. Une large partie de la surface est recouverte : gravure, hauts et bas reliefs. Dans la partie basse une quinzaine de personnages en pied sont entièrement visibles, une dizaine d’autres partiellement. Ils assistent au miracle de la révélation divine en levant les bras d’étonnement, ou sont pris d’une peur viscérale ( l’homme en armure qui paraît effaré et se courbe, tout prêt à s’aplatir au sol). Sur la montagne, Moïse, très âgé, reçoit le cadeau divin des mains du père éternel. Lequel dispose d’une cour angélique à ses côtés. Le centre géométrique est situé dans l’arbre immédiatement derrière le groupe, alors que le centre psychologique est dans les tables de la loi. La montagne escarpée, le village de tentes et la mer (rouge?) sur la gauche, constituent de magnifiques gravures en léger haut relief. Là aussi, la joliesse et la finesse du travail rappellent l’orfèvrerie. Comme chacun des autres panneaux, il se suffit à lui-même en tant qu’œuvre d’art.

Le tour de force de Ghiberti, c’est d’avoir réussi à créer un ensemble cohérent formant la porte. Ce qui nécessitait, outre les panneaux, les montants et leurs décors de personnages.

Le cinquième, consacré à la bataille contre les Philistins et à la victoire de[** David*] sur [**Goliath*], est travaillé sur toute sa surface, en haut et bas relief ainsi qu’en gravure. Malheureusement, la dorure y est très endommagée. Notamment, elle est presque complètement absente sur les montagnes. C’est un lourd handicap pour la lecture correcte du panneau. Au fond, une ville fortifiée ( Jérusalem?), située derrière les collines. Devant les hauteurs, au second plan, on voit la bataille avec sur la gauche les Israélites dirigés par [**Saul*] debout sur son char et l’épée levée. On croit entendre son appel : «  en avant ! ». Sur la droite l’armée des Philistins commence à perdre pied, la débandade suit. Le spectateur ne se pose aucune question : l’artiste montre une sorte de triangle aigu, très pointu, qui s’enfonce violemment sur la droite, créant ainsi le ressenti de la victoire, alors que les adversaires forment un petit triangle dont les côtés s’effondrent : c’est la débâcle. Au premier plan, nous voyons David en train de trancher la tête du géant malfaisant : le combat est déjà terminé. Cette idée des deux triangles, l’un fort, l’autre faible, sera reprise par Delacroix dans sa « Bataille de Nancy », de 1831.

L’histoire tragique d'[**Abel*] et [**Caïn*] occupe le sixième panneau. C’est, de loin, le plus abîmé : la dorure est manquante en de nombreux endroits. Ailleurs, elle est complètement piquetée. Ce qui gène considérablement la compréhension de ce que nous voyons. Une étendue de vide, large, occupe une bonne partie du haut. On note très peu de gravure, des bas reliefs un peu maigrichons et un seul personnage en haut relief. Même le meurtre d’Abel paraît perdu dans cette immensité. Il faut regarder sur la gauche pour observer des parties plus travaillées : le bosquet d’arbres, les moutons, la hutte avec la famille, le rocher… Ce n’est, bien évidemment, pas le plus beau des panneaux.

Le septième nous raconte le sacrifice d'[**Isaac*], en haut à droite, et les anges apparaissant à [**Abraham*], en bas à gauche, tandis que le bas droit est illustré d’une scène champêtre. Les deux personnages et les anges qui le composent sont merveilleusement bien traités : corps, bras et vêtements vivent sous le ciseau de l’artiste. Il est frappant de constater que les anges montrent un aspect gothique caractérisé. On pourrait les rapprocher de la sculpture classique médiévale des cathédrales de Reims ou d’Amiens. Abraham et Isaac sont isolés, les autres ne les regardent même pas. L’acte barbare que s’apprête à commettre le patriarche est seulement vu de Dieu qui lui envoie son messager pour l’empêcher d’accomplir ce sacrilège. Les éléments épars : l’âne, la vieille femme, la fontaine, la tente et les arbres, forment comme un arrière-plan naturel à ce qui se passe au-dessus d’eux.

L’histoire, mouvementée, de [**Joseph*] nous est narrée sur le huitième panneau, composé de gravures, de bas et de hauts reliefs. C’est un fourmillement de personnages en pied: pas loin d’une vingtaine sont individualisés et personnalisés, formant un premier plan surabondant. Au deuxième plan, un décor d’architecture classique est en place : une rotonde ouverte portée par des colonnes occupe près des trois quarts de l’espace, le dernier quart étant rempli par un bâtiment dont la fonction reste imprécise (temple?). Son positionnement accentue l’effet de perspective. Nous y apercevons un baldaquin sur le toit. Au fond, en haut à droite, se déroule un autre événement. Un léger allongement des figures se fait jour dans les deux femmes les plus grandes, en bas et se faisant face. Effet voulu ? C’est probable puisqu’elles s’observent, tout en laissant un vide entre elles dans lequel s’engouffre le regard du spectateur pour aller au-delà : vers l’intérieur de la rotonde. On croirait entendre le brouhaha créé par les voix de tous ces gens qui font du commerce, si l’on en juge par les ballots jetés au sol à l’extrême gauche.

Le neuvième panneau montre le franchissement du Jourdain par les [**Juifs*] et la prise de Jéricho. Il est entièrement recouvert de gravures, de hauts et bas reliefs. Il possède au moins un personnage en ronde-bosse, en bas au centre du premier plan, voire trois autres (??) sur la gauche du précédent.

La dorure est en excellent état. En haut, les musiciens s’apprêtent à sonner leurs trompettes, ce qui fera s’écrouler les murs de Jéricho. Ce sera un exploit parce que la dite muraille semble particulièrement bien agencée et solide ! [**Ghiberti*] nous présente une ville classique derrière ses fortifications. Le contraste entre cette cité (au fond), et le campement de tentes des nomades hébreux sur le point de se sédentariser (au deuxième plan), est particulièrement bien rendu, et d’une efficacité complète pour la compréhension du spectateur. Au premier plan, on distingue facilement une vingtaine de personnages individualisés. L’expression de leurs attitudes et la vie de leurs vêtements sont extraordinaires de détails, obtenus par un travail poussé de ciselure et de dorure. C’est d’une richesse décorative exceptionnelle.

Quant au sol sur lequel ils marchent, c’est du sable : ils viennent de traverser le Jourdain. Son rendu mouvant est crédible, voire étonnant. A mi-hauteur à gauche, un char tiré par plusieurs chevaux avance dans ce tohu-bohu. A la même hauteur en suivant, les tentes sont mises en place impeccablement, les arbres aussi. Le travail accompli a quelque chose de miraculeux tellement tout à l’air simple, alors qu’il nécessita des années. Tous les éléments composants cette scène, qui préfigurent [**Donatello*], sont d’une perfection absolue : qualité de la fonte, de la ciselure et de la dorure s’équilibrant parfaitement. C’est un des panneaux les plus réussis.

Le dixième et dernier carré, [**Salomon*] recevant la [**reine de Saba*] dans le temple, est d’une rigueur de structure qui saute aux yeux. Salomon et sa compagne dominent la scène : ils sont placés au centre de la composition. Centre géométrique et centre psychologique fusionnent donc. Les deux personnages principaux de ce théâtre sculpté sont de tailles plus imposantes que les autres.

En dessous d’eux la foule des courtisans, en bas du premier plan, est séparée des grands de l’univers royal par une balustrade, dont le centre ouvre sur des marches permettant d’accéder au deuxième plan, niveau supérieur réservé à l’élite. L’arrière-plan est fait d’architectures complexes strictement soumises à la perspective. L’organisation de l’espace est complètement maîtrisée par Ghiberti. Le ressenti, c’est d’avoir à faire à une épure mathématique dont la géométrie descriptive est totalement contrôlée. Là où le bât blesse, c’est que la dorure a beaucoup souffert. Malgré ce défaut d’usure l’œuvre existe par elle-même. La réussite de l’artiste y est complète.

Tous les panneaux sont de superbes morceaux de bravoure. Mais ils nécessitaient un cadre à leur mesure. Ce que Ghiberti et son atelier réalisèrent avec les montants, ouvragés de haut en bas et de gauche à droite. Sans ces derniers, la porte n’aurait jamais acquis une telle structure organique et, par voie de conséquence, n’aurait jamais connu cette renommée universelle et légendaire. Comme dans tout bijou, existe la monture, ici les montants. Et dans la monture, on enchâsse les joyaux, ce que sont les panneaux. Et l’écrin, demandera-t-on ? Ce sont les deux battants porteurs.

[**La Porte du Paradis*] est une œuvre unique qui possède une unité organique unique issue du génie d’un artiste unique : [**Lorenzo Ghiberti*]. Elle est l’archétype définitif du genre. Elle fut la référence et le modèle d’innombrables portes, d’essence cultuelle ou non. Beaucoup d’artistes essayèrent d’en égaler la beauté et l’harmonie. Ce furent des échecs cinglants, à l’exception d’un : [**La Porte de L’Enfer*] de [**Rodin*], créée entre 1880 et 1890, mais 350 ans s’étaient écoulés…

[**Jacques Tcharny*]


La suite à venir dans WUKALI : [**Rodin*], [**La Porte de l’Enfer*], mise en ligne Samedi 25 juin.


NOTA: *Une sibylle est une prophétesse, une femme faisant œuvre de divination
**Surmoulage : acte de mouler sur nature, pratique déloyale contraire à l’éthique de la sculpture qui implique un travail d’élaboration et de reconstitution en atelier, suite à des études approfondies.
*** Un pilastre est une colonne plate formant saillie
**** Un linteau est une pièce horizontale formant la partie supérieure d’une ouverture
****** [**Dante*] vécut au 14ème siècle. « La Divine Comédie » retrace son voyage à-travers les Enfers, le Purgatoire et le Paradis à la recherche de [**Béatrice*], son grand amour. Virgile l’accompagne et le guide. Ce que Homère fut pour les Grecs et Virgile pour les Romains, est ce que Dante fut pour la Renaissance : le maître absolu et créateur de la langue.


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WUKALI Article mis en ligne le 20/05/2019

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