A contemporary artist


[**Franco Adami*], né en 1933 à Pise, est l’un des sculpteurs contemporains les plus connus. C’est l’un des rares plasticiens utilisant des matériaux traditionnels dits nobles : marbres noirs de Belgique, marbres blancs de Carrare, onyx, porphyre, bronze. De ce fait, ses œuvres semblent devoir défier l’usure du temps.
 Rappelons que le coût du matériau lui-même est relativement élevé, et que le prix de revient du travail de ces matières l’est tout autant, car il implique l’existence d’un atelier dont l’artiste est le patron. Celui d’Adami est situé à Pietrasanta, près de Carrare, depuis 1971.

Formé à Pise puis à Cascina et aux Beaux-arts de Florence, sa maîtrise technique est remarquable : il peut travailler presque tous les supports. Il débarque à Paris en 1959. Il se liera d’amitié avec [**Collamarini,*] alors professeur aux Beaux-arts. Tout au long de sa carrière, il recevra de très nombreuses récompenses. Sa notoriété ira en grandissant. Aujourd’hui ses sculptures se rencontrent dans tous les musées d’art moderne du monde, dans la plupart des fondations et dans les collections privées majeures.

Son tempérament, énergique et ardent de méditerranéen, est visible dans ses créations, qui s’échelonnent de la statuaire de chevalet à la composition monumentale, sans rien qui rappelle l’éphémère, au contraire : ce sont toutes des instants d’une éternité construite. Une des caractéristiques qui différencie le travail d'[**Adami*] de celui des autres plasticiens actuels, c’est l’importance qu’il accorde aux dessins préparatoires. Il réalise ainsi de nombreuses esquisses aux contours marqués, avant de s’attaquer à structurer la terre crue, cédant aux sollicitations diverses de son imagination et des sensations ressenties par sa rétine. Ensuite, il rejoint la tradition multi-millénaire de l’art tridimensionnel : pousser les détails désirés sur le plâtre-modèle avant de passer au marbre ou à un autre matériau.

L’homme est intelligent et curieux. Il s’est toujours intéressé au monde dans lequel il vit, aux cultures de toutes origines et aux civilisations les plus variées. Cela se voit dans ses créations : il connaît bien l’art étrusque comme l’art romain, l’art précolombien comme l’art africain, l’art égyptien comme l’art grec. Ces sources d’inspiration, diverses, l’imprègne sans qu’il soit leur esclave : il les utilise à sa sauce personnelle, dans une vision globale de ce qu’il veut créer : des formes majestueusement symétriques et synthétiques ; parfois porteuses de la symbolique des totems (protecteurs de clans et objets de cultes spécifiques). Souvent ce sont des entités hybrides, mi-humaines mi-animales, très épurées, issues de la mythologie gréco-romaine comme le « Jugement du Minotaure », massif, concentré en lui-même et irradiant sa puissance dans l’espace l’environnant. Ses travaux montrent une grande sensibilité au monde contemporain avec leurs lignes franches, nettes, un peu mécanistes mais parfaitement équilibrées. On peut affirmer que l’artiste a inventé un univers animal et humain fusionnel, dans le cadre d’un monde globalisé où toutes les influences peuvent être ressenties par tous dans une interprétation individuelle.

Rien de gratuit chez lui. C’est un bâtisseur, un constructeur qui possède parfaitement son métier qu’il dépasse par son talent expressif unique : respect du matériau, du sens des valeurs créatives traditionnelles de la sculpture et de son public.

Adami ne triche pas : son utilisation rigoriste de matériaux difficiles à travailler est là pour le prouver, comme chacun sait qu’il dirige un atelier de sculpteurs professionnels, comme le faisait [**Rodin*] : il contrôle toutes les étapes de la réalisation de l’œuvre et arrête le travail lorsqu’il estime avoir obtenu l’effet voulu.

Certains de ses animaux, tout simplifiés qu’ils soient, sont d’une vérité surprenante : son chat furieux par exemple, dont nous ne devinons que les membres mais dont la colère nous explose à la figure, sa cocote qui semble bouger alors qu’elle est immobile. Une fois de plus se vérifie le vieil adage qui affirme que la réalité est l’aspect extérieur des choses, alors que leur vérité est leur nature intrinsèque.

Un hiératisme pharaonique anime d’autres de ses sculptures, tel son juge raide, fixe, dressé, impitoyable dans son dépouillement ornemental. N’a-t-il pas nommé un ensemble statuaire de deux sculptures identiques « l’Horus » ? Révélation éclairante pour celui qui cherche à saisir l’essence de sa pensée et de son œuvre. Là, le hiératisme devient le maître du jeu, en niant toute expressivité décorative à la création. Il ne reste donc qu’une épure dont la force naturelle sidère l’œil puis le mental du spectateur.

Son « casque d’Alexandre » est un fabuleux raccourci de l’aura de ce conquérant béni des dieux : visage allongé et couvre-chef extra-terrestre expriment parfaitement l’idée de cette représentation du génie macédonien.

Observons maintenant une dernière création d’Adami : cette incroyable sculpture baptisée « la libération » : une sorte de grosse tête, à la figure énorme, au regard hésitant issu de monstrueux globes oculaires, paraissant née de la germination d’un coquillage antédiluvien, accroît surface, volume et puissance sans que rien ne puisse l’arrêter. Cet être indéfinissable se libère d’une gangue-mère, incarnant le miracle de la vie, si ce n’est celui de l’esprit.

Aujourd’hui, l’artiste n’a rien à prouver à personne. Son travail est universellement reconnu. Il pourrait souffler et vivre ses loisirs. Si ce n’est qu’il est un véritable créateur ; il continuera tant qu’il le pourra car il se le doit à lui-même, juge suprême de sa création.

[**Jacques Tcharny*]


Illustration de l’entête: La Libération par Franco Adami. Parc de Seille. Metz. © photo Marc de Metz.

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WUKALI Article mis en ligne le 27/07/2019)]
Première publication et mise en ligne 18/09/2018

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