The first to discover America far before Columbus

L’histoire de la rencontre des Européens et un peu plus, avec le nouveau monde l’Amérique, bien avant [**Christophe Colomb*]. Les Vikings et les Celtes cela est certain, mais peut-être aussi les Romains, les Grecs et les Phéniciens. C’est à un formidable voyage, une odyssée fabuleuse des deux côtés de l’Atlantique et dans le temps que nous convie Jacques Tcharny.


[([**1- Limites du sujet *]

Le sujet ayant provoqué des polémiques inutiles, précisons notre démarche: contacts transatlantiques, pas trans-pacifiques (prouvés entre le Japon et la côte du Mexique ainsi que celle du Pérou, quasi-certains entre l’île de Pâques et la Terre de Feu , probables entre la Chine et la côte canadienne de la Colombie britannique.

La géographie explique partiellement l’Histoire: en regardant une carte, on s’aperçoit d’évidences. Impossible pour un navire venu du Vieux monde sous le souffle de la tempête d’échouer sur la côte du Mexique, puisque la poussière d’îles composants les Antilles forment un arc infranchissable de l’embouchure de l’Orénoque à la Floride. Accoster sur le rivage de l’Amérique centrale impliquait un comptoir de colons sur une des îles des Antilles ( c’est ce qu’à fait [**Christophe Colomb!*]).

D’autre part il est facile de se rendre compte que deux voies et seulement celles-là, permettaient aux aventuriers de l’Ancien monde de naviguer jusqu’en Amérique : au nord par l’Irlande, les îles Feroé, l’Islande, le Groenland puis la Terre de Baffin et Terre-Neuve, ils pouvaient atteindre l’estuaire du Saint-Laurent tandis que la voie sud nécessitait, vu les distances, une bonne connaissance des alizés, ces vents qui soufflait dans un sens à une certaine période et dans l’opposé à une autre, et impliquait de passer par les Canaries, Madère et les Açores avant d’espérer arriver aux Antilles.

La climatologie a changé au cours du temps : jusqu’au milieu du14éme siècle, il faisait beaucoup plus chaud sur l’Atlantique nord, le Groenland et le Canada, ce qui facilitait la navigation hauturière.

[**2- Le peuplement originel des Amériques*]

Selon cette idée, (modèle «Clovis» origine du peuplement courte) les peuples amérindiens seraient venus de Sibérie Orientale, ce sont des chasseurs-cueilleurs qui passèrent sur le nouveau monde voici 14.000 ans par le Détroit de Béring, à l’époque isthme de Béring, libre de glace (période inter-glaciaire) et se répandirent sur tout le continent.

Vision dépassée car depuis une trentaine d’années on a fouillé des sites très profonds (grottes sous-marines, tumulus souterrains, cavernes à traces d’occupation humaine) dont la datation au carbone 14 a donné 25.000 puis 35.000 ans et maintenant 50.000ans, provoquant l’incrédulité puis le refus de la communauté scientifique. Les faits sont têtus et ces chiffres se vérifiant partout, l’acceptation est devenue générale.

Il est possible qu’une souche humaine locale soit apparue vers -70.000, plus tardivement que sur l’ancien monde mais réelle, c’est en cours d’étude.

Quant aux types physiques de ces américains préhistoriques, ils sont variés (asiatiques, négroïdes, caucasiens…)

[**3- La « civilisation » des mégalithes*]

Tout le monde connait les dolmens et les menhirs des alignements de Carnac, le cromlech de Stonehenge, voire la Chaussée des géants en Irlande mais peu de gens savent que l’on retrouve menhirs et dolmens au fond de la pampa argentine (référence [**René Huyghe*] qui vit un grand menhir renversé et brisé de quelques mètres de hauteur à l’origine comme les plus beaux de Bretagne.), donc moment de la culture néolithique au nouveau-monde, entre -5000 et -2000. Il s’agit d’une expansion par voie maritime qui due être considérable, atteignant l’Afrique de l’ouest et le Brésil actuel.

[**4- Découverte de tabac dans le baume de momies égyptiennes*]

Cette découverte, réalisée en 1976 en étudiant la momie royale de [**Ramsès II*] a surpris les scientifiques. L’étude botanique de la momie est confiée à Mme [**Michèle Lescot*], grande spécialiste, qui trouve des composants de nicotania, élément du tabac américain, dans le hachis constitutif du baume ce qui la laisse perplexe. Elle appelle à la rescousse [**Mr Steffan,*] meilleur expert français du domaine, qui confirme, découvrant même la présence d’un coléoptère parasite du tabac américain. Depuis, d’autres momies, toutes royales et de la même période (le Nouvel Empire au 13éme/12éme siècle avant JC) ont été analysées et présentent souvent cet élément exogène. C’est le temps de la plus grande expansion territoriale des Pharaons. Les égyptiens n’ont pas atteint le nouveau monde, c’est certain, alors qui leur a transmis ce tabac? Ce ne peut être que les Phéniciens.

[**5- Les Phéniciens*]

[**Homère*] nous raconte que le séjour des bienheureux était situé à l’extrême occident, dans « les îles fortunées  ». C’est le mythe commun à de nombreux peuples qui localise l’au-delà vers le soleil couchant. Les Anciens avaient trouvé ces îles fortunées, ce sont les îles Canaries.

[**Strabon*] attribue leur découverte aux Phéniciens. [**Pline*] les situe à 750 milles à l’ouest de Gadès (Cadix), il rapporte que les Romains, parvenues dans ces îles, les trouvèrent désertes mais découvrir des restes d’habitations phéniciennes. En 1749, on découvrit dans l’île de Corvo aux Açores un trésor de monnaies d’or et de cuivre typiquement phéniciennes. Plus à l’ouest encore nous avons des indices sûrs de la connaissance de la mer des Sargasses par certains navigateurs: le poète [**Festus Avienus*] écrit que « dans l’Atlantique des algues arrêtent souvent la marche des vaisseaux », [**Strabon*] parle de « l’abondance des thons que recèlent ces mers et qui se nourrissent d’un chêne dont les racines sont au fond de la mer  », [**Théophraste*] mentionne que, plus on s’éloigne des Colonnes d’Hercule (Gibraltar), plus les bateaux rencontrent d’accumulations d’algues qui s’entassent sous l’influence du vent (Gulf Stream).

[** 6- Le voyage de Pithéas*]

[**Pithéas*], grec de Massilia (Marseille) effectua au IVéme siècle avant notre ère un voyage qui reste mystérieux car son récit (l’okéanos) est perdu. On ne le connaît que par Strabon. Chargé d’aller vers les régions hyperboréennes, il atteignit la Grande-Bretagne puis le Danemark, la côte de Norvège et jusqu’à 64° de latitude nord à une île de Thulé (l’Islande?), considérée comme la limite de « l’Occident ». [**Plutarque*] écrira « qu’à l’occident, à la latitude de la Grande-Bretagne, existent plusieurs îles derrière lesquelles s’étend un vaste continent, dans ces îles la nuit ne dure qu’une heure seulement  ».

[**7- La tête de Tecaxic-Calixtahuaca*]

Cette tête d’homme barbu portant une sorte de chapeau pointu est un fragment d’une figurine en terre cuite découverte en 1933 dans une tombe précolombienne, datant des années 1476-1510 (peu avant la conquête), de la vallée de Toluca. Le test de thermoluminescence correspond à ce qui paraît évident: cette tête est celle d’une œuvre romaine du 2éme siècle de notre ère! Comme par hasard époque où le commerce romain explose dans toutes les directions puisque on trouve des monnaies romaines jusqu’en Chine, au Vietnam et en Sibérie. Le plus probable est que cet objet est arrivé en Amérique à une époque ancienne à l’occasion d’une traversée occasionnelle ou sur une épave: un bateau romain aurait pu s’aventurer vers l’ouest depuis les Canaries où des restes d’amphores romaines datées entre le Ier et le IVème siècle ont été découverts sur l’île de Lanzarote.

C’est le seul exemple d’art romain trouvé sur le continent américain et parvenu jusqu’à nous. N’oublions pas que ceux-ci ont atteint le fleuve Niger, que la diffusion de la culture gréco-romaine se fera jusqu’au cœur de la steppe sibérienne (le bouclier des Ordos qui reprend le visage de l’Athena Parthenos de Phidias), qu’une ambassade arrivera jusqu’en Chine et que des navires romains feront escale en Islande…

[**8- Les Celtes irlandais en Amérique*]

La conquête de l’empire aztèque fut grandement facilitée par l’existence du mythe de [**Quetzalcoatl*], le dieu du vent de l’est (venu de l’Atlantique donc) et dieu de la pluie source de vie. La tradition populaire le décrit comme un géant à la peau claire et à la longue barbe. Ce dernier trait est caractéristique car les amérindiens étaient imberbes. On racontait que l’homme blanc, Quetzalcoatl, avait vécu autrefois parmi les Aztèques et leur avait appris à défricher la terre, construire des maisons et travailler les métaux. Il avait aussi enseigné l’existence d’un seul dieu, le dieu de l’amour et de la miséricorde et avait exhorté les amérindiens à cesser leurs sacrifices humains. Un jour, disait la tradition, Quetzalcoatl reviendrait de l’Orient au pays des Aztèques et règnerait sur eux. On a tenté d’expliquer ce mythe en supposant qu’un (ou des) prêtres chrétiens aurait été jeté par la tempête sur les côtes d’Amérique centrale et y aurait prêché leur foi. Nous savons aujourd’hui que ce mythe n’est pas Aztèque mais Maya et que l’événement aurait eu lieu entre le Vème et le VIème siècle. (Données astronomiques et historiques fournies par les « bibles » mayas découvertes voici 30 ans).

La question qui se pose est donc celle-ci: à cette période (V/VIème siècles) existe-t-il un région d’Europe suffisamment bien située par rapport à l’Amérique où le christianisme connut un essor, une floraison magnifique et où des récits de voyages fabuleux soient parvenus jusqu’à nous? La réponse est oui: il s’agit de l’Irlande celtique qui, à cette époque, devient une citadelle de la foi chrétienne. L’histoire de [**Brendan de Clonfert*] est là pour en témoigner.

Il serait né vers 484 en Irlande. Entre 512 et 524 son premier voyage le conduit aux îles Féroé et en Islande à bord d’un coracle, vers 530, parti pour une quête de 7 ans à la recherche du jardin d’Eden, il s’aventura sur l’Atlantique avec son coracle et plusieurs moines. Ils reviennent en Irlande en affirmant avoir découvert, vers l’ouest, une île qu’ils assimilent au Paradis. Ils auraient séjourné aux Antilles (Cuba?)

Nous n’avons aucune preuve absolue de l’arrivée des Celtes irlandais au Nouveau-monde, seulement de fortes présomptions. Rappelons cette difficulté évidente: il suffit de regarder une carte des Caraïbes pour comprendre que des explorateurs européens ne pouvaient pas atteindre directement la côte mexicaine car la densité des îles antillaises leur interdisait cette possibilité: ils n’ont pu arriver que jusqu’aux Antilles. Ce qui signifie qu’un début de colonisation a dû être effectué avant que les marins repartent vers le continent (c’est exactement ce qui c’est passé pour [**Christophe Colomb*]!).

Mais les Vikings les ont rencontrés, combattus et massacrés ces Irlandais de l’Atlantique, entre le 9ème et le 12éme siècles. La lutte a été dramatique pour les malheureux celtes chassés d’Islande et des Féroé, puis repoussés vers l’ouest. Les sagas islandaises sont très précises sur ce point: le Landnamabok fait allusion à la « terre des hommes-blancs, que certains appellent encore Grande Irlande, qui se trouve à l’ouest de Vinland le bon  », et précise que, vers 982 (avant l’arrivée des Vikings en Amérique), le bateau d'[**Ari Marston*] dit [**Ari le savant *] aurait été déporté par les vents et où il serait devenu roi local.

[**9- L’arrivée des Vikings sur le continent américain*]

Les sagas islandaises rédigées vers le 14ème siècle nous ont toujours été connues. Elles racontent des voyages précis. Le premier est celui de[** Bjarni*], qui venant d’Islande et se rendant au Groenland, subit une épouvantable tempête et fut déporté vers des terres parfaitement inconnues, loin à l’ouest. Ce navigateur remarquable ne mit pas pied à terre mais décida de remonter vers le nord en suivant la côte. Probablement, repartit-il de l’embouchure de l’Hudson. Il sut diriger son bateau et reconnut que Terre-Neuve était une île qu’il dépassa avant de s’avancer dans l’océan et de rattraper le promontoire de l’extrême sud du Groenland (le cap Farewell). Il raconta son aventure et décida [**Leif *] (surnommé le chanceux), fils d'[**Erik le rouge*] (le colonisateur de la grande île) à tenter de s’installer sur la « terre que Bjarni avait vue  », C’est Leif qui mis le premier le pied sur le sol américain aux environs de l’an mil.

Les Vikings atteignirent d’abord une terre aux nombreuses pierres plates qu’ils nommèrent Helluland, terre des pierres plates (terre de Baffin?), puis une autre à l’immense forêt dite Markland, terre des forêts, le Labrador, la vallée du Saint-Laurent et Terre-Neuve, enfin le Vinland, terre du vin, à la localisation imprécise. Une tentative de colonisation eût lieu à Terre-Neuve, dont des fouilles récentes trouvèrent les restes à « l’anse des Meadows », endroit relativement abrité de l’île. Malheureusement le climat et le faible nombre de colons firent échouer cet essai qui semble avoir duré très peu de temps (2 ou 3ans). Ce fut[** Karlsefni*] qui fit la plus importante tentative, avec le plus d’hommes, quelques femmes et du bétail. Mais elle échoua par manque de préparation, par la faiblesse du nombre et par l’ hostilité virulente des Amérindiens. Les Vikings semblent avoir atteint les limites de la Caroline du nord actuelle.

Pourtant l’expression « Vinland le bon » fait clairement allusion à des européens installés à demeure sur la côte nord-américaine.

[**10- Vinland le bon*]

L’emplacement découvert à l’anse des Meadows (Terre-Neuve) ne peut correspondre à Vinland le bon car vraiment ce lieu est minuscule même si nous pouvons comprendre qu’un enracinement européen en Amérique ne pouvait être que minime. En l’occurrence, il s’agit des « abris de Leif » créés par celui-çi lors de son voyage.

Alors, où se situait cette colonie? Il est infiniment probable que ce devait être autour de « la tour de Newport » dont nous allons parler. La ville de Newport est située sur Rhode Island. De nombreuses constructions des 19ème et 20ème siècles ayant recouvert le terrain, toute fouille est impossible et nous ne pourrons jamais avoir de certitudes absolues mais les arguments en faveur de ce lieu sont puissants: la pierre de Kensington (Minnesota) affirme que les 30 explorateurs sont partis en voyage depuis « Vinland le bon » vers l’ouest, la tour de Newport fut construite très en hauteur permettant de voir de loin toute tentative d’intrusion depuis la mer comme depuis la forêt, semblant être une tour de guet à l’origine, donc protégeant son environnement. Intéressons nous déjà à la pierre de Kensington.

[**11- La pierre runique de Kensington (Minnesota)*]

C’est une pierre plate rectangulaire couverte de runes (écriture des vikings) sur sa face et sur son côté. L’artéfact mesure 76x41x15cm et pèse 90kg. Elle fut découverte en 1898 près de Kensington par un fermier d’origine suédoise [**Oleg Ohman*], ce qui provoqua bien des contestations et des doutes. On affirma même qu’il s’agissait d’une imposture créée par cet individu et l’analyse des runes eux-même paraissait confirmer cette idée.
La première certitude définitive est obtenue en considérant l’état physique de la pierre: la perte totale en mica sur la face inscrite implique un enterrement d’au moins plusieurs siècles, bien antérieur à la présence de fermiers dans la région qui ne fut colonisée qu’à partir de 1858 !

Quant aux runes, les avis des meilleurs spécialistes des dialectes vieux-norrois sont irréductiblement contradictoires. Pour résumer, on dira que tout est possible et ouvert. Il n’en demeure pas moins cette vérité physique: la pierre a été enterrée des centaines d’années.

La traduction des inscriptions, que personne ne discute, donne ceci sur la face: « 8 goths de Scandinavie et 22 norvégiens dans un voyage d’exploration venant du Vinland allant vers l’ouest. Nous avons établi des abris sur 2 îles rocheuses à un jour au nord de cette pierre. Nous avons pêché une journée. Quand nous sommes rentrés nous avons trouvé 10 de nos hommes en sang et morts; AVM (ave maria), délivre-nous de ces démons  »; Sur le côté, le texte dit: « envoyé 10 hommes vers la mer pour aller chercher notre bateau 14 jours de trajet depuis ici, An 1362 de notre seigneur  »

Ce texte implique des attaques d’amérindiens ainsi que le fait d’avoir retrouvé le Vinland. D’autre part, nous savons que le roi [**Magnus VI de Suède*] autorisa en 1354 une expédition vers le Groenland après que les colonies aient été retrouvées vides d’habitants alors que le bétail y subsistait. On supposait que la population groenlandaise survivante était partie vers l’Amérique du Nord. Le faisceau de preuves est amplement suffisant pour conclure à l’authenticité de la pierre. Notons enfin que d’autres artéfacts vikings ont été découverts au Minnessota mais pas de manière régulière par des archéologues professionnels et on ne peut pas en tenir compte.

[**12- La Tour de Newport*]

Située en haut d’une colline qui permettait d’avoir, autrefois, une vue panoramique sur la baie et était visible par les marins passant dans ces eaux. Elle a une hauteur de 8,5m et une largeur extérieure de 7,3m. Elle est supportée par 8 colonnes cylindriques formant des arches, deux étant plus larges que les autres. Au-dessus des arches se trouve un plancher supportant une chambre intérieure. Les murs ont 90cm d’épaisseur, le diamètre intérieur de la chambre est de 5,5m environ. Le mur est percé d’une fenêtre. A l’opposé de celle-ci se trouve un foyer flanqué de coins. La fenêtre est orientée ouest-sud-ouest vers l’autre côté de la baie.

L’architecture de la tour saute aux yeux : elle est de style normand du 13éme ou 14éme siècle. Il suffit de se rappeler des tours de guet des royaumes normands du sud de l’Italie pour en être persuadé (ce que les guides italiens appellent les tours sarrasines) . Nous voici face à un problème: des documents connus la cite dès 1632 sous le vocable de « la tour de pierre  », avant la fondation de la ville européenne (1639)! Et comment accepter qu’un éventuel colon précurseur ait pu être un médiéviste acharné qui, insatisfait des styles à la mode, ait voulu une tour à l’ancienne dans ces régions encore inexplorées??? Les premiers colons américains employaient les styles classiques gréco-romains ou néoclassiques contemporains mais il n’existe aucun autre exemple d’architecture médiévale en Amérique.

L’examen de la tour par de nombreux experts en architecture viking a toujours abouti à la même conclusion: cette tour est, au pire, du 14éme siècle…
Un autre document relatif à un peuplement européen ancien dans cette baie (dite de Narragansett) a été découvert voici quelques années dans les archives de Venise: l’explorateur italien [**Giovanni da Verrazano*] rapporta avoir trouvé en 1524 une structure européenne à cet endroit qu’il nomma « la villa normande »…
Il est difficile d’être plus clair.

[**13- L’anse aux Meadows*]

Se situe à la pointe nord de Terre-Neuve. A ce jour, le site scandinave américain officiellement reconnu par la communauté scientifique. Les fouilles permirent d’établir la datation du site (autour de l’an mil). Il s’agit des abris de Leif dont nous avons déjà parlé.
L’établissement se composait de 8 bâtiments, y compris une forge, un haut-fourneau et une scierie alimentant un chantier naval. On trouva sur le site une quantité énorme de scories issues de la fonte et du forgeage du fer, des clous et des rivets de fer, des outils de couture et de tricotage indiquant la présence de femmes, une épingle en bronze garnie d’une tête en forme d’anneau, une lampe à pétrole en pierre, un volant de fuseau et un petit fragment de cuivre ouvragé. L’endroit semble avoir été occupé peu de temps (2 à 5 ans). L’anse aux Meadows pourrait être reliée à la légende algonquienne d’un « royaume de Saguenay » peuplé par une race d’hommes blonds riches en fourrure et en métaux.

[**14- Les pécheurs européens au large de Terre-Neuve*]

Si le Markland s’identifie en partie avec Terre-Neuve, il est évident que deux siècles avant [**Colomb*], marins portugais, basques, bretons, venaient pêcher la morue dans ces eaux passant pour être les plus poissonneuses du monde, et y chasser la baleine. L’église imposait à l’Europe de faire maigre le vendredi d’où l’obligation de trouver une autre source de protéines. Les bateaux se mirent à pratiquer la pêche hauturière.
En France même, des navigateurs bretons de Paimpol et de Saint-Malo, des marins de Barfleur et de Dieppe, de La Rochelle et du Pays basque partirent pêcher la morue au large des côtes canadiennes et dans le golfe du Saint-Laurent. Tous ces équipages se retrouvèrent au large d’une grande île (Terre-Neuve), nommée sur les cartes marines de cette époque « île de Bacalaos» (morue en portugais) en compagnie d’autres navigateurs portugais, irlandais, anglais, vénitiens et hollandais. En France, dès le début du XVème siècle, les marins-pêcheurs payent la dîme au roi sur « les pescheries des terres neufves », comme leurs homologues bretons, preuve définitive s’il en est que tous ces gens savaient qu’ils travaillaient sur des zones nouvelles.

La pêche à la baleine était également pratiquée par les marins basques. Le légiste bordelais [**Cleyrac*] qui a consulté d’innombrables documents officiels pour son livre « Us et coutumes de la mer » précise que, cent ans avant Colomb, les basques chassaient la baleine et pêchaient la morue et qu’ils découvrirent le grand et le petit banc des morues au large de Terre-Neuve. Ils reconnurent aussi les côtes et rivages du golfe du Saint-Laurent.

Autre élément à considérer: le terme « île des bacalaos »(morues) et celui de Labrador pour la côte canadienne au-dessus de Terre-Neuve sont des mots d’origine portugaises, ce qui signifie que se sont les marins portugais qui furent les premiers à s’aventurer dans ces régions déjà boréales.

En 1436 apparaît sur l’atlas Bianco une île « stockafixa  », dont le nom est issu de l’anglais stockfish (morue) et qui ne peux être que Terre-Neuve: si les portugais furent les premiers à s’aventurer par-là, ils ne purent pas garder le secret bien longtemps: les immenses quantité de poissons nécessaires à l’Europe procuraient beaucoup d’argent…

[**15- L’île « Brazil »*]

Les marins du treizième siècle avaient tous entendu parlé de l’île Brazil qui figure, dès 1325, sur la carte du génois[** Dalorto*]. Le mot Brasil vient du gaélique breas-il (grande île). Des marins de Bristol partirent à la recherche de l’île Brazil et semblent l’avoir atteint en 1481 comme l’indique une lettre retrouvée en 1954 dans les archives de [**Simancas*] (Espagne): écrivant en 1497 et parlant de la découverte récente d’un littoral lointain par [**Jean Cabot,*] le narrateur[** John Day*] a cette phrase qui fait rêver: « on tient pour certain que le promontoire de la dite terre a déjà été trouvé et découvert en d’autre temps ainsi que votre seigneurie en est informée, cette terre on l’appelait « île de brazil » mais l’on croit maintenant que c’est une terre ferme  ».

Dernière preuve: entre 1364 et 1380, le roi [**Charles V*] agrandit les limites de Paris. Il fait construire de nouvelles enceintes au palais du Louvre. De nouvelles salles princières et royales sont édifiées notamment la fameuse bibliothèque de [**Charles V*], la plus grande d’Europe dont l’intérieur est réalisé avec un bois rare et exotique de couleur rouge. Récemment, l’université de Montpellier III effectua des recherches sur l’origine de ces bois et leur conclusion est formelle: c’est une essence rare originaire du Brésil…

[**16- Christophe Colomb*]

Nous voici au terme du voyage. Que restait-il à faire au génois? Officialiser ce que tout le monde savait et que lui-même avait compris et deviné. L’histoire du « grand continent des mers » était un secret de Polichinelle. Que savait exactement le génois?

Le père de sa femme avait longtemps été gouverneur des Açores. Sa veuve confia à Colomb tous les manuscrits, toutes les recherches et les réflexions de son mari. Les indices d’un mystère proche abondaient: des pins d’espèces inconnues venaient s’échouer, un madrier sculpté avait été trouvé dans la mer, deux cadavres d’hommes « à large visage »furent amenés par la marée à Florès, des végétaux sous la force de vents venus de la mer arrivaient jusqu’aux îles et de grands oiseaux migrateurs (car ils revenaient l’année suivante) partaient vers l’ouest à certaines périodes. Ils se déplaçaient en groupe…Ces animaux ne pouvaient pas parcourir des milliers de lieues sans se poser quelque part: dans ces conditions, ce n’était pas pas difficile de comprendre qu’une grande terre existait par là.

De plus, Colomb avait fréquenté bouges et tavernes dans toute l’Europe où des marins enivrés par l’alcool lui racontaient des histoires de voyages et de terres aperçues voir abordées, de soleil de feu et de rencontres avec des sirènes (les lamantins de l’embouchure de l’Amazone) ou d’autres animaux plus ou moins d’aspect magique (oiseaux-lyres, paradisiers…). C’était un cartographe réputé mais moins que son frère [**Bartholomé*], le meilleur de l’époque.

Le génois avait réussi à comprendre la circulation atmosphérique et avait calculé direction, longitude et latitude des vents (les alizés), ce qui lui permit d’aller et de revenir sans casse et sans gros problème. Il n’avait plus qu’une chose à faire: convaincre des commanditaires de le financer ! C’est ce qui fut le plus compliqué. D’où l’appel à Dieu comme inspirateur. Bien lui en prit comme chacun sait….

[**Jacques Tcharny*]


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WUKALI Article mis en ligne le 27/07/2019, initialement publié dans Wukali le 31/12/2014)]

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