Words are missing to express our pleasure after reading this book !


Par Émile Cougut / Le moins que l’on puisse dire c’est que la lecture d’un livre de [**Lucia Etxebarria*] est un moment d’immense bonheur. Depuis Amour, prozac et autres curiosités, cette écrivaine espagnole ne cesse de nous étonner par son style, son talent, son originalité, sa profondeur. Voilà vingt ans qu’elle enchante la littérature mondiale, ou du moins le lecteur que je suis. Bien sûr, elle a évolué, ce n’est plus cette sorte d’icône de la movida finissante, une sorte de disciple d'[**Almadovar*], mais c’est devenue un auteur, à mon avis incontournable.

Par bien des aspects, elle n’est pas sans faire penser en France à [**Virginie Despentes*] : même rage de vivre, de dénoncer la médiocrité, même volonté de réussir, de sortir du bourbier environnant, mais sans pleurnicher, sans accuser les autres, la société, son manque de chance, mais en se battant, parfois contre soi-même, contre son milieu, contre ses addictions, contre son mal-être, son mal vivre, mais avec hargne, remettant toujours le travail sur l’ouvrage, se relevant à chaque chute, et cela sans aucune nostalgie d’un passé plus ou moins fantasmé, mais en étant plongé dans le quotidien, dans son quotidien qui, soit peut être dur, pénible, étouffant, traumatisant, mais que l’on doit surmonter.

Alors quand on a le talent, voire le génie d’une[** Lucia Etxebarria*], alors on se dit qu’il ne faut pas (trop) désespérer de la nature humaine, qu’il n’y a pas que des « gilets jaunes » dans la société. Les personnages de Lucia Etxebarria sont l’exacte contraire des « gilets jaunes  », ils ne se plaignent pas de subir, ils subissent et se battent pour ne plus subir, mais en agissant et non en demandant aux autres, à la société, d’agir à leur place.

Elena est à l’hôpital, elle dépérit, la leucémie est en train de gagner et elle a fait des rejets des deux greffes de moelle osseuse qu’on lui a faites. Elena est riche, elle a vécu à côté de son mari durant vingt ans avant qu’il ne soit condamné à la prison pour avoir payé des prostitués masculins et de la cocaïne avec la carte bleue de la mairie. Après ce scandale, elle est devenue une sorte de paria. Soit, elle a divorcé, et surtout elle a obtenu l’annulation religieuse du mariage, mais elle se meurt, seule. Soit ses parents viennent la voir tous les matins, mais ils font partie de la bonne société de Majorque, membre de l’Opus Déi, des catholiques rigoristes qui ont inculqué des valeurs de soumission, de repentir, etc. à leur fille. Issue du même milieu sa cousine Alexia, n’a pas eu aussi un mariage « épanouissant », soit, il y a eu quatre enfants, mais son mari volage a fini par partir avec une « jeunette ». Mais Elena avant son mariage a vécu une histoire d’amour avec un acteur, David. Par hasard, Alexia le retrouve : il est devenu un acteur sans contrat, ancien alcoolique, ancien cocaïnomane, totalement incapable de s’assumer. Alexia le paie pour venir voir Elena au nom du passé.

S’en suivent de longues introspections pour les trois protagonistes de leurs passés, du poids de leur éducation pour les deux filles, de la formulation des non-dits, permettant à chacun de ne plus se mentir et de ne plus mentir aux autres. L’amour sous toutes ses formes, ses ressentis, ses lâchetés, ses addictions, tout y est décortiqué, analysé, exposé sans aucun jugement de valeurs. Chacun assume ses choix, son passé. Si les filles finissent par l’assumer et donc par s’assumer, il n’en est pas de même pour David, qui continue à subir alors qu’il aurait pu progresser. C’est son choix et on comprend que dans la vie il y a les perdants et les vrais gagnants.

Ce livre, au-delà des variations sur l’amour nous parle aussi de la complexité des rapports hommes-femmes en particulier et des rapports sociaux en général. L’éducation, le respect des normes et des apparences qui minent et ne permettent pas d’exprimer sa vraie personnalité. Et surtout la morale est que vraiment notre vie est à nous et que Dieu n’a pas que ça à faire, à s’occuper de notre petite personne !

[**Dieu n’a pas que ça à faire *] est une vraie réussite littéraire que l’on se doit de lire.

[**Émile Cougut*]


[**Dieu n’a pas que ça à faire
Lucia Etxebarria*]
éditions Héloïse d’Ormesson. 20€

– [*Dieu n’a pas que ça à faire de Lucia Etxebarria a été choisi pour figurer dans la Sélection Livre de WUKALI*]

[(
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WUKALI Article mis en ligne le 06/08/2019 et initialement publié le 17/03/2019

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