Armel Job a tremendous and grand author


Par Émile Cougut / « Le samedi 13 septembre 1958, à onze heures trente, une femme élégante sanglée dans un imperméable beige poussa la porte de la boulangerie-pâtisserie Borj, rue des jésuites, à Morfort. »
« Le destin de la maison Borj sera consommé. »

La première phrase est le début du dernier roman d'[**Armel Job*], la seconde la dernière du dernier chapitre. Entre elles, un trimestre et 17 jours et surtout l’immense talent d’Armel Job. La simple lecture de cette première phrase démontre la précision quasi chirurgicale dont fait preuve l’auteur, précision qui nous plonge directement dans son univers. Nous n’avons aucun effort d’imagination à faire pour percevoir la ville, les lieux qui sont créés devant nous, en nous. Les personnages qui se meuvent dedans, nous les connaissons, se sont de vrais êtres humains avec leurs rêves, leurs aspirations, leurs lâchetés, leurs accommodements, leurs secrets, leurs non dits. Nous sommes dans une histoire, soit, mais bien plus, nous sommes dans la vie, dans la vraie vie, pas dans une vie fantasmée, pas dans une histoire à l’américaine où tout finit bien, non toutes les histoires ne finissent pas bien, car, malgré leur volonté de vouloir être heureux, les hommes sont des êtres vivants avec toutes leurs imperfections. Il est certain qu’il ne faut pas être profondément neurasthénique pour lire Armel Job, encore que ses romans sont si beaux et si forts que la beauté est un remède qui peut s’avérer très efficace.

J’ai bien lu tout l’auteur et dans chaque chronique j’ai toujours comparé [**Armel Job*]  à [**Georges Simenon*], alors que je frisottais avec la dépression. Soyons honnête, [**Une drôle de fille*] aurait très bien pu être écrit par Simenon, à croire que la [**Belgique*] à chaque génération crée des auteurs d’un talent inouï. Je l’écris et surtout j’assume.

L’histoire (qui dure donc un trimestre et 17 jours ce qui est court) se déroule dans une petite ville proche de Liège, dans la famille Borj : les parents Ruben et Gilda et les deux enfants Astride, la jeune fille à la recherche de la féminité et le garçon (qui est un jeune garçon, c’est tout dire) Remi. Et arrive Josée, une jeune fille de l’âge d’Astride, quelque peu débile, enfin avec un fort handicap intellectuel, dû à un bombardement en 1944 dont elle est la seule survivante. Après quelques hésitations ils l’accepte comme apprentie. Mais la femme qi vient la placer chez eux, n’est-elle pas une des dernière qui a pu voir Rodolphe, le héros familial, le résistant dénoncé par lettre anonyme qui a décédé dans un camps nazi ? Et puis, Gilda n’était-elle pas l’apprentie de la boulangerie-pâtisserie avant d’épouser le fils du patron ? Si tout se passe bien au début, on s’aperçoit que Josée est épileptique et surtout qu’elle est dotée d’une voix d’une très grande pureté.

Josée est une sorte de Prince Mychkine, le héros de L’idiot de [**Dostoïevski*] (le côté analyse psychique en moins), sa seule présence fait remonter à la surface les sacrifices, les rêves non réalisés à cause des circonstances de la vie, les non dits, les jalousies. Il y a une vraie incompréhension face à la différence que symbolise Josée, un repli sur soi, sur la famille qui doit primer, mais comme on réagit de façon intuitive, non réfléchie, les conséquences s’avèrent terribles. Qui est vraiment Josée ? Qui était vraiment Rodolphe : un héros ou un salop ? Qui l’a dénoncé aux Allemands et pourquoi ?

La vie est une jungle, pour réussir il faut se battre, tous les jours, rien n’est gagné, il faut être en alerte continuellement. Et d’autant plus si on est une femme dans une société où les hommes ont toujours le dernier mot. Et encore plus quand on est dans une position d’ »infériorité ». Gilda, était la fille de pauvres paysans et elle a réussi à devenir une commerçante de Morfort. Mais elle finit par l’oublier… La vie est régie par la loi de la jungle qui se cache derrière le vernis social.

Et puis, comme toujours chez [**Armel Job*], il y a le village, perçu comme un vrai personnage, une sorte de chœur de pièce grecque (dans Orphée aux Enfers d'[**Offenbach*] ce chœur devient «l’opinion publique » ) qui juge de façon impitoyable, qui change d’avis en un quart de seconde. La pression sociale, l’opinion des tiers, les apparences existent et ceux qui l’oublient (peu importe leurs raisons) se voient condamner.

Vous l’avez compris, il faut lire [**Une drôle de fille*], c’est si bon d’avoir entre les mains de la vraie littérature.

[**Émile Cougut*]|right>


[**Une drôle de fille
Armel Job*]
éditions Robert Laffont. 19€50


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WUKALI Article mis en ligne le 06/08/2019 et initialement publié le 11/04/2019

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