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La Rumeur. Jean-Louis Debré et le marigot politique

par Émile Cougut

Jean-Louis Debré connaît les rouages du pouvoir, dans le roman qu’il vient d’écrire, La Rumeur, il décrit la partie invisible des coulisses de la vie politique, essentiellement faite d’egos démesurés pensant avant tout à leur carrière plus qu’à l’intérêt général. Tous les coups sont permis. Il n’y a pas d’amis mais un système de surveillance, d’espionnage. La confiance est un concept qui n’existe pas entre hommes politiques.

Le président de la République est-il malade ? Très malade ? C’est du moins ce que dit une rumeur, démultipliée par les réseaux sociaux. A deux ans de la prochaine élection présidentielle, cette rumeur pourrait coûter la fonction au jeune titulaire qui espère bien être réélu. Démentir ? Mais qui croit encore à la communication médicale venant de l’Élysée après les mensonges aux temps de Pompidou ou de Mitterrand ? Répondre, n’est-ce pas, de fait, donner de la consistance à strictement rien ? Soit, le président est quelque peu hypocondriaque, mais il est en très bonne santé comme le montre ses visites sur le terrain. 

Certains dans la classe politique, même s’ils disent que cette rumeur n’est que fadaise, y voient une potentielle opportunité pour leur carrière personnelle, ou un moyen de passer leur frustration de ne pas avoir eu un poste ministériel. C’est le cas du président du Sénat, en cas de démission du président, n’est-ce pas lui qui assurera l’intérim et se hissera comme le fédérateur de la droite ? Le premier ministre est-il aussi loyal qu’il le montre en apparence, vu sa cote de popularité, les portes du palais ne lui sont-elles pas grandes ouvertes si l’actuel occupant part ? Et ce député de la majorité, n’a-t-il pas un discours particulièrement ambigu ? Pourquoi ?

D’où vient cette rumeur ? Le responsable des services secret penche pour la piste russe. N’ont-ils pas interféré lors de la précédente élection, montrant leur désir de voir l’extrême-droite arriver au pouvoir ? Le secrétaire général de l’Élysée, seul homme de confiance du président, n’y croit pas, penche plutôt pour un « coup bas » politique. Il en est de même du ministre de l’intérieur, mais il se comporte plus comme un courtisan que comme un conseiller.

Loin de cette rumeur, la brigade criminelle de la Préfecture de Police, travaille sur un crime, dans un square parisien. La victime finit par être identifiée : un agent russe, spécialiste de la désinformation et de la déstabilisation. Le contre-espionnage travaille aussi sur ce crime.

Toute ressemblance avec l’actualité en France est voulue et totalement assumée. 

Jean-Louis Debré, ancien ministre de l’intérieur, démontre qu’il connaît le fonctionnement de la police, ses façons de travailler, les doutes qui parfois assaillent les enquêteurs qui sont perçus comme des hommes ou des femmes et non comme des fonctionnaires robotisés, les rapports par toujours faciles avec certains (pas tous, loin de là) membres de l’autorité judiciaire, les luttes sourdes existant entre les services.

Mais surtout, il analyse, dissèque le phénomène de la rumeur et du rôle plus qu’ambigu de la presse et surtout des réseaux sociaux qui n’informent pas, mais ne font que confirmer des idées préconçues, toutes faites, basées sur le cerveau reptilien plus que sur la raison, sur les faits. Nous pouvons en percevoir les ravages avec l’actualité américaine. Il montre ces dégâts et que quoiqu’on fasse se pose le problème de la preuve impossible. La victime de la rumeur doit prouver qu’elle est fausse, mais comme elle ne repose sur rien de véritable, de tangible, c’est mission impossible. La victime doit prouver qu’elle est innocente, pas l’accusateur qu’il y a un fait. Véritable régression de l’esprit des Lumières. Les réseaux sociaux avec les fausses nouvelles et les rumeurs ont recréé de vrais tribunaux staliniens, malheur à ceux qui sont dans la tourmente car ils ne peuvent prouver leur innocence. Veulent-ils se défendre ? Pour les accusateurs, c’est bien la preuve qu’ils sont fautifs, puisqu’il n’y a jamais de fumée sans feu.

Il faut essayer de remonter l’origine de la rumeur, elle n’est jamais gratuite mais sert les intérêts soit d’un individu, soit d’un groupe qui peut-être un pays. C’est d’autant plus difficile que quand une rumeur est lancée, elle se diffuse d’autant plus vite et facilement, que certains, par opportunité, par intérêt personnel, sont des vecteurs de sa diffusion. 

La rumeur est vraiment un livre truculent, écrit par un vrai écrivain qui met au service de la fiction les savoirs qu’il a acquis dans ses anciennes fonctions.

La rumeur
Jean-Louis Debré
éditions Robert Laffont. 20€
en librairie à partir du 20 novembre.

                                                              

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