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Genghis Kahn dans sa gloire corporelle

par Pierre-Alain Lévy

Genghis Khan serait-il mort de la peste bubonique et non d’une hémorragie ou d’une émasculation, comme l’on rapporté la littérature historique au cours des siècles. C’est ce que suggère une nouvelle étude révélée dans la revue Live Science.

Genghis Khan (ᠴᠢᠩᠭᠢᠰ ᠬᠠᠭᠠᠨen mongol), de son vrai nom Temütchin et appartenant au clan des Bordjiguine (1162-1227), fut l’un des conquérants les plus célèbres de l’histoire. En 1206, il fonde l’Empire mongol dont il devint le chef de la dynastie. Au moment de sa mort en 1227, cet empire était 2,5 fois plus grand en territoire que l’Empire romain, il arrivait jusqu’aux frontières de la Pologne actuelle. Son héritage a atteint des dimensions mondiales: une étude publiée en 2003 dans The American Journal of Human Genetics a suggéré qu’environ 1 homme sur 200 dans le monde pourrait être le descendant direct de Genghis Khan.

Si l’influence du conquérant est bien connue, sa mort est entourée de mystère. La famille et les partisans de Gengis Khan dissimulèrent sa disparition et sa mort fut tenue secrète. En effet elle advint à un moment où les Mongols conduisaient une offensive vitale dans leur guerre contre les Xia occidentaux (chinois : 西夏), un empire que les Mongols combattaient depuis plus de 20 ans.

Portrait supposé de Genghis Khan

Pour honorer ou à l’inverse salir la mémoire de Gengis Khan, amis et ennemis des Mongols ont raconté nombre de légendes sur sa mort. Une histoire affirme qu’il a succombé à une perte de sang après avoir été poignardé ou castré par une princesse du peuple Tangoute mongol : (ᠲᠠᠩᠭᠤᠳ) (une tribu tibéto-birmane du nord-ouest de la Chine). D’autres ont suggéré qu’il est décédé des suites de blessures subies après avoir chuté de son cheval, tombé au combat contre les Chinois, ou est mort d’une blessure par une flèche infectée lors de sa dernière campagne contre le Xia occidental. 

Dans une nouvelle étude dont fait état Live Science, les chercheurs ont suggéré que toutes ces légendes avaient probablement été inventées bien après la mort de Genghis Khan.

« La mort des rois et des empereurs de la grande Chine est souvent mêlée de mythe« , a déclaré le co-auteur de l’étude Francesco Galassi, médecin et paléopathologiste à l’Université Flinders d’Adélaïde, en Australie.

«Bien souvent des causes de morts extraordinaires sont attribuées à des personnages exceptionnels, hors du commun, alors qu’il serait bien plus raisonnable d’en rechercher les conditions les plus évidentes, parmi les maladies infectieuses. En général, il n’y a pas suffisamment de preuves pour étayer ces légendes. »

Par exemple, à la mort de Genghis Khan, « il était bel et bien encore au sommet de sa puissance, respecté par ses subalternes et bien entouré et soigné par ses serviteurs« , a déclaré le co-auteur de l’étude Wenpeng You, chercheur en biologie humaine à l’Université d’Adélaïde en Australie. « Cela rend sa mort par assassinat politique ou par empoisonnement très improbable médicales et anthropologiques

Observations médicales et anthropologiques

Portrait supposé de Genghis Kahn.
Musée National du Palais. Taïpei. Taiwan.

Tout en menant des recherches médicales sur l’impact de la maladie dans le monde, les scientifiques ont décidé de se concentrer sur la mort de Genghis Khan. « La pandémie actuelle de COVID-19 a incité nos réflexions à considérer les anciennes pandémies« , a ainsi déclaré Francesco Galassi.

À cet effet les chercheurs se sont concentrés sur «L’histoire des Yuans», (Yuanshi) un texte historique commandité pendant la dynastie Ming en Chine.

Cette étude a ainsi permis de découvrir que du 18 août au 25 août 1227, lors de la dernière campagne de Gengis Khan contre le Xia occidental, il se sentit mal, fut pris d’une fièvre et mourut dans les huit jours après le déclanchement de la maladie. Des recherches antérieures suggéraient qu’il avait contracté la fièvre typhoïde, mais Galassi et ses collègues ont noté qu’il n’y avait aucune mention d’autres symptômes typiques de cette maladie, tels que des douleurs abdominales et des vomissements. 

Les scientifiques ont diagnostiqué Genghis Khan non seulement en examinant ses signes cliniques, mais également en utilisant des informations sur les maladies dont les troupes mongoles et leurs ennemis souffraient à l’époque. Par ailleurs il va de soi ils ont profité des connaissances modernes sur les temps d’apparition des maladies transmissibles. C’est ainsi qu’ils ont découvert que ses symptômes correspondaient à ceux de la peste bubonique qui prévalait à cette époque, comme l’a souligné l’un des co-auteurs de l’étude, le professeur Maciej Henneberg, archéologue et paléopathologiste à l’Université d’Adélaïde.

Les scientifiques ont reconnu qu’une telle recherche diagnostique rétrospective était inévitablement limitée par le manque d’accès au corps de Genghis Khan; son lieu de sépulture restant inconnu. Pourtant, « bien que nous ne puissions être sûrs à 100% de la cause exacte du décès en raison de ces limitations, nous pouvons dire que ce scénario clinique est beaucoup plus réaliste et mérite une considération historique que d’autres hypothèses plus farfelues« , a déclaré le professeur Francesco Galassi.

Dans l’ensemble, les chercheurs ont suggéré que le sort de Gengis Khan permettrait d’apporter des leçons dont les temps actuels pourraient tirer profit.

« La récente pandémie a démontré une fois de plus que les dirigeants des pays peuvent contracter des maladies infectieuses et, malgré leur pouvoir, ils ne peuvent pas être protégés contre des phénomènes naturels tels que les maladies infectieuses », a déclaré Elena Varotto, co-auteur de l’étude, anthropologue et bioarchéologue à l’Université de Catane en Italie.

En tant que telle, la mort de Genghis Khan pourrait servir « d‘exemple général de l’influence des maladies sur le leadership, potentiellement capables de changer le cours de l’histoire« , a-t-elle ajouté.

Oui, certes… quelles nouvelles, un grand pas pour l’avancement des sciences, attention de ne pas partir en vrille !

Sans aller jusqu’à Genghis Khan, observons cette réalité moderne.

Le président Deschanel souffrant du syndrome d’Elpénor, de la maladie de Roosevelt et de sa faiblesse à Yalta face à Staline, Georges Pompidou emporté par la maladie pendant son mandat présidentiel, bien entendu François Mitterand, Boris Eltsine en Russie. Nous n’évoquerons point la figure d’un certain Donald Trump, dont la perversité mentale, morale et le narcissisme central pourraient être aussi la résultante de déviances psychiatriques évoquées de longue date par des cliniciens américains.

« La vieillesse est un naufrage », disait de Gaulle, hélas oui !

Illustration de l’entête: libre inspiration contemporaine de Genghis Khan par Thanh Tuan

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