Le diable et la femme
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Le Diable de Dominique Labarrière ou l’origine de la diabolisation de la femme, nous titille toujours

par Félix Delmas

Diable, Diable ! Rien à dire de plus, Dominique Labarrière a une passion : le diable. Et plus exactement (car son dernier livre n’est pas une sorte de biographie du diable), la féminisation du côté maléfique du diable. Il y a peu, je faisais la recension dans WUKALI du Bûcher des sorcières du même auteur, livre qui faisait le lien entre sorcières et diable. Ce jour je viens de lire, du même auteur, un livre sur le diable dont le sous-titre est : Les origines de la diabolisation de la femme. Et comme par hasard dans les victimes de la chasse à la sorcellerie, plus de 80% étaient des femmes. Tout est dit!

Dominique Labarrière n’écrit pas du tout loin de là, le même livre, ce qui était le risque! Dans le premier il était plus dans l’étude des adorateurs (enfin ceux que la rumeur publique disait être les adorateurs) et dans le présent il nous parle du « Maître ».

Le diable

Dans une première partie, il montre l’évolution du concept, de l’idée du Diable, en remontant jusqu’à la première femme (comme par hasard) qui n’était pas Eve mais Lilith. Une créature féminine façonnée par Dieu dans la même boue qu’Adam. Quel scandale ! Le femme exactement l’égale de l’homme ! Donc comme l’homme est le reflet de la sagesse divine, dans une pirouette platonicienne voire manichéenne, la femme ne peut-être que le reflet de Lucifer (les sages rabbins qui ont inventé Lilith, n’ont jamais imaginé l’inverse). Et de fait Dominique Labarrière nous démontre brillamment dans l’histoire surtout occidentale, que l’image du Diable, sa perception, varie au gré des vicissitudes du pouvoir temporel et spirituel.  Le lien entre le sabre et le goupillon date du Moyen-Âge avec parfois des tensions, n’est plus à faire. Et de fait, comme par hasard, l’évolution de statut, de l’image du Diable a eu des répercussions au niveau du statut social des femmes.

Au Moyen-Âge, le Diable est plus un personnage certes mauvais mais qu’il est très facile de duper : par exemple, Pierre Perrat vend son âme au Diable pour lui permettre de terminer l’érection de la cathédrale St Étienne de Metz. Son âme lui reviendra quand l’architecte sera enterré. Mais à sa mort, son corps est promptement récupéré par ses compagnons qui l’insèrent dans un mur. Le Diable a perdu et ça vaut une belle plaque dans un mur de la sus-dite cathédrale. Cela n’est qu’un exemple parmi cent. A cette époque le statut de la femme est égalitaire à celui de l’homme, enfin, assez proche.

Plus tard, à la mort de Guillaume X d’Aquitaine  lors d’un pèlerinage à Saint Jacques de Compostelle, l’immense Duché d’Aquitaine revient à sa fille Aliénor. Et elle va le gérer seule, sans rien demander à ses deux époux pourtant rois. Il en sera de même pour Anne de Bretagne, ni Charles VII, ni Louis XII n’ont pu infléchir la politique qu’elle initia en Bretagne.

Quelle différence avec le XIX siècle, avec un Diable partout présent, tentateur que l’on ne peut combattre que par une dévotion exacerbée. Résultat d’une évolution de l’image du Diable depuis cette Renaissance portée aux nues mais quitte révèle être d’ une grande régression à bien des niveaux. Dont le statut de la femme par exemple.
N’oublions jamais, souligne Dominque Labarrière, que l’immense majorité des procès (et des bûchers) pour sorcellerie ont eu lieu à la Renaissance ! La femme devient alors un être faible, sous la coupe des hommes, avec nettement moins de droits qu’eux.

La seconde partie, raconte des histoires de « diablerie », soit six histoires, sans sorcières mais avec le diable et une personne de sexe féminin, montrant avant tout soit naïveté de certains, soit une image de la femme particulièrement abaissée.

Mais en plus et nous sommes gâtés, cerise sous le gâteau, une série de citations, particulièrement truculentes, sur le Diable. Mais (car il y a toujours un mais), il en manque une. Je me permets de vous la livrer: « Friedrich Nietzche a pu, en son temps, déclarer : « Dieu est mort », personne, à ce jour, ne s’est aventuré à proclamer la mort de Satan ». Je vous dévoile le nom de son auteur : Dominique Labarrière

Le Diable
Les origines de la diabolisation de la femme
Dominique Labarrière

Éditions Pygmalion. 21€90

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