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Mais où donc Jésus a-t-il réellement marché sur l’eau ?

par Revue de presse

Rome n’est plus dans Rome, depuis Corneille, chacun le sait… Les archéologues disposent aujourd’hui de matériels scientifiques sophistiqués et les archives comme tous les documents ou artefacts nouvellement découverts sont passés au crible de leurs investigations. Les terres d’histoire et de mémoire sont fouillées comme rarement elles ne le furent dans l’histoire au demeurant récente de l’archéologie moderne. Israël de ce point de vue est un chantier à ciel ouvert, en effet la recherche de ses racines antiques et de l’archéologie biblique puis chrétienne est une constante de l’état.

Un article juste publié dans la revue Live Science a de ce point de vue suscité notre attention; il interroge sur la localisation de la ville où Jésus a marché sur l’eau. Il centre une controverse entre entre plusieurs théories d’archéologues, ce qui ne manque pas, avouons-le, de nous amuser.

Au delà du débat sur les questions spirituelles ou religieuses qui ne sont pas nos propos, c’est l’aspect proprement archéologique, donc scientifique, qui éveille notre curiosité. Pour cela même nous avons traduit et adapté pour nos lecteurs de WUKALI ce texte, et nous espérons qu’il saura autant vous intéresser qu’il nous a plu à le lire. Il est signé de la plume de Owen Jarus, diplômé de l’université de Toronto et de Ryerson University. Rendons à César Vous connaissez la suite n’est-ce pas !

Pierre-Alain Lévy


La ville biblique où les Évangiles racontent que Jésus a accompli certains de ses miracles les plus célèbres est aujourd’hui source de débats entre archéologues.

Le Nouveau Testament mentionne la ville, appelée Bethsaïda, (petit village de pêcheurs sur la côte ouest du lac de Génésareth),  comme étant l’endroit où Jésus, qui serait né vers 4 avant J.-C., a rendu la vue à un aveugle, et indique qu’elle existait près de la mer de Galilée, le lac de Tibériade d’aujourd’hui, où les Évangiles racontent que Jésus a marché sur l’eau. 

Aujourd’hui, deux sites archéologiques, situés à environ 2 kilomètres l’un de l’autre – et-Tell et el-Araj – sont considérés comme les principaux candidats pour Bethsaïda, mais les archéologues ne sont pas d’accord sur le site qui correspond à la ville biblique. 

Le site d’ Et-Tell

Depuis 1987, une équipe dirigée par Rami Arav, professeur d’études religieuses à l’université du Nebraska Omaha, effectue des fouilles à Et-Tell, un site dont son équipe est convaincue qu’il s’agit de Bethsaïda

Olécio partenaire de Wukali

Depuis des décennies, avec son équipe ils mettent progressivement au jour une ville vieille de plus de 3 000 ans et qui fut habitée pendant des millénaires. Les arguments en faveur de Bethsaïde étaient si convaincants que le gouvernement israélien a reconnu le site comme étant Bethsaïda vers 1995. L’emplacement et la taille du site ont été deux facteurs déterminants dans cette décision. 

Cependant, comme de plus en plus de découvertes provenant de l’autre site contesté, el-Araj, ont été mises au jour ces dernières années, le gouvernement a relâché son soutien, déclarant plutôt la zone générale comprenant à la fois et-Tell et el-Araj la réserve naturelle de la vallée de Bethsaïda.

Certains archéologues se sont inquiétés du fait qu’Et-Tell ne semble pas avoir été particulièrement grande à l’époque où Jésus vivait ; c’est un problème, car les récits anciens suggèrent que Bethsaïda était de taille importante. 

Jodi Magness, une archéologue, professeur au département d’études religieuses de l’Université de Caroline du Nord Chapel Hill, qui n’est pas associée aux fouilles des deux sites, a noté quant à elle, que les vestiges de l’âge du fer (1200 av. J.-C. à 550 av. J.-C.) à et-Tell sont « très importants« , ce qui indique qu’il s’agissait d’une ville de taille importante à cette époque ; mais surtout que les vestiges du début de la période romaine, lorsque Jésus a vécu, sont « relativement peu nombreux« , ce qui suggère qu’il s’agissait d’un établissement relativement petit, a-t-elle ajouté. Elle a toutefois prévenu qu’aucune conclusion ne devait être tirée tant que les vestiges des deux sites n’avaient pas été entièrement décrits. 

Arav n’est pas d’accord (un débat de plus entre archéologues ce qui est somme toute la norme. NDLR), il affirme en effet que les découvertes romaines à et-Tell sont considérables et comprennent un temple romain, qui, selon lui, a été construit après que Bethsaïda ait été élevée au rang de ville et que son nom ait été changé en Julias en l’honneur de Julia (également appelée Livia), l’épouse de l’empereur romain Auguste

« Nous avons découvert des figurines démontrant que le temple était dédié à Julia/Livia, l’épouse d’Auguste », a déclaré Arav à Live Science dans un courriel. Un mur de ville construit par Philippe, fils du roi Hérode, a également été découvert autour d’Et-Tell, a-t-il noté. Le fait que Philippe ait pris la peine de construire un mur autour du site suggère qu’il était assez grand et important à l’époque où Jésus vivait.

Fouilles de Bethsaïda : (dans le sens des aiguilles d’une montre, à partir du haut à gauche) Pièce de bronze de e-Tell, membre de l’équipe à el-Araj, mosaïques trouvées à el-Araj, porte de la ville sur le site de fouilles de e-Tell. Photo: Times of israël

L’autre site El-Araj

La colonisation d’El-Araj remonte au moins au premier siècle de notre ère dans l’ancien Israël, a déclaré par courriel à Live Science Mordechai Aviam, directeur de l’Institut d’archéologie galiléenne du Kinneret College (המכללה האקדמית כנרת), sur la mer de Galilée. Il codirige les fouilles à el-Araj avec Steven Notley, professeur d’études bibliques au Nyack College de New York. 

L’une des découvertes les plus impressionnantes à el-Araj est une grande église avec des sols en mosaïque qui date d’environ 1 500 ans. Les chercheurs pensent qu’un texte écrit par un évêque bavarois du nom de Willibald en l’an 724 fait référence à cette église. Willibald décrit un pèlerinage à l’église, en disant « et de là ils allèrent à Bethsaïda, la résidence de Pierre et André [apôtres de Jésus], où il y a maintenant une église sur le site de leur maison« . Les archéologues ont également découvert à el-Araj les vestiges d’un établissement de bains romain datant d’une époque plus ancienne. 

Selon John Shroder, professeur émérite de géographie et de géologie à l’université d’Omaha, l’identification d’el-Araj en tant que Bethsaïde pose problème, car les études géologiques de la région indiquent qu’une grande partie d’el-Araj était sous l’eau au premier siècle de notre ère, lorsque Jésus vivait. À cette époque, « el-Araj ne serait pas un site assez grand ou assez stable au bord de l’eau pour accueillir plus que quelques structures« , a-t-il ainsi signalé dans un article publié dans « A Festschrift in Honor of Rami Arav : ‘And They Came to Bethsaida‘ » (Cambridge Scholars Publishing, 2019)

Les chercheurs de l’équipe d’el-Araj contestent ces résultats et affirment qu’une partie suffisante du site aurait été au-dessus de l’eau pour qu’un établissement substantiel ait prospéré à l’époque de Jésus.

Dans un article publié en 2020 dans la revue Biblical Archaeology Review, Arav a suggéré qu’une partie d’el-Araj pourrait avoir été utilisée comme camp militaire temporaire au cours du premier siècle de notre ère. Il a noté que l’écrivain antique Flavius Josèphe a fait référence à un camp construit dans la région par une force romaine lors d’une révolte juive contre les Romains entre 66 et 73 de notre ère.

Robert Cargill, autre archéologue et professeur de judaïsme et de christianisme à l’université de l’Iowa, a déclaré qu’il était convaincu que el-Araj était Bethsaïda. « Les arguments en faveur d’el-Araj ne sont pas seulement convaincants, ils sont accablants et deviennent de plus en plus convaincants à chaque saison de fouilles« , a-t-il précisé à Live Science dans un courriel. Jonathan Reed, professeur de religion à l‘université de La Verne, en Californie, a abondé dans le même sens en affirmant qu’el-Araj est « très probablement » Bethsaïde. 

Les deux sites pourraient-ils être Bethsaïde ?

Les chercheurs qui n’ont participé à aucune des fouilles ont exprimé divers points de vue sur le site qui serait la véritable Bethsaïde. Une possibilité est que les deux sites soient la ville biblique, a déclaré David Graves, chercheur indépendant , titulaire d’un doctorat en archéologie de l’Université d’Aberdeen au Royaume-Uni et spécialisé dans l’archéologie biblique. « Je crois qu’Et-Tell est bel et bien Bethsaïde et que le port [de Bethsaïde] était situé à el-Araj« , a-t-il tenu a déclarer à Live Science.

Mordechai Aviam a déclaré que les chercheurs d’el-Araj ne pensent pas que les deux sites puissent être Bethsaïde, car les documents historiques indiquent que Bethsaïde a été transformée en ville au cours du premier siècle de notre ère, et ils pensent qu’el-Araj était un site plus important qu’et-Tell à cette époque. 

Rami Arav est d’accord sur le fait que les deux sites ne peuvent pas être Bethsaïda, mais il dit qu’après qu’Et-Tell ait été dévasté par un tremblement de terre au cours du quatrième siècle après J.-C., les gens auraient pu se déplacer vers la zone englobant el-Araj et conserver le nom de Bethsaïda.

D’autres chercheurs ont déclaré vouloir attendre que d’autres fouilles soient effectuées et que davantage d’informations soient publiées avant de prendre position. « Il est difficile, dans l’état actuel des connaissances et à cette distance, de poser les pieds sur terre avec une confiance absolue« , a déclaré Robert Gordon, professeur émérite d’hébreu à l‘université de Cambridge. ( « les pieds sur terre« , ah ce sacro saint humour british! NDLR) 

Les fouilles sur les deux sites sont en cours. 

Publié dans Live Science sous la signature de Owen Jarus

Illustration de l’entête: Jésus marche sur l’eau. Gravure de Gustave Doré (1874).
L’occasion de rappeler que Gustave Doré, ô combien connu comme illustrateur, fut non seulement un grand peintre ( exposition au musée d’Orsay) aussi reconnu pour ses compositions religieuses.

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