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Analyse de la biographie romancée d’Augustine Tuillerie de Michèle Dassas

La biographie romancée d’Augustine Tuillerie de Michèle Dassas plonge le lecteur dans un passé qui a marqué l’inconscient collectif de plusieurs générations d’enfants nés entre 1887 et 1977. Tout le mérite de Michèle Dassas est de nous faire découvrir la femme qui se cache derrière ce G. Bruno, auteur officiel de ce livre édifiant, à l’usage de millions d’élèves, diffusé à des millions d’exemplaires, réédité quatre fois jusqu’en 1977 et traduit en plusieurs langues avant de tomber dans l’oubli.

En plongeant dans les archives, les correspondances privées sauvegardées grâce à Robert Sabatier, en allant rencontrer des héritiers et des témoins, visiter les nombreuses maisons dans lesquelles vécut Augustine, l’héroïne de ce roman et les siens, Michèle Dassas s’est livrée à un vrai travail d’historienne pour raconter la vie assez exceptionnelle de cette femme que rien ne prédestinait à la renommée qu’elle a connue de son vivant et au-delà. 

Gustave Courbet. Les Amants dans la campagne, sentiment de jeune âge (1846). .(Autoportrait de l’artiste, probablement avec son amie, Virginie Binet). Huile sur toile, 0,61×0,50cm. Musée du Petit-Palais. Paris

Tout a commencé à Laval dans la famille Tuillerie menacée par la faillite du père, un fabricant de toiles dont les dettes s’accumulent depuis les évènements de 1848 qui ont provoqué un ralentissement considérable des ventes. Augustine qui est en âge de se marier est désormais le seul espoir de remettre à flot les affaires et l’honneur du père en épousant Jean Guyau de vingt ans son ainé dont la fortune compense les rumeurs qui courent sur sa vie. À contre cœur, d’autant qu’elle est amoureuse de son cousin Alfred, voué à la prêtrise, avec lequel elle échange des vers, mais consciente de son devoir, elle épouse Jean Guyau le 26 décembre 1853, pour le meilleur mais surtout pour le pire qui ne tardera pas à arriver.

Jean Guyau est un homme violent et dépravé qu’Augustine quittera après avoir mis au monde un fils Jean-Marie le 29 octobre 1854.

Olécio partenaire de Wukali

À la suite d’un procès pour mise en danger de la vie d’Augustine par son mari Jean, la séparation de corps est prononcée le 11 juin 1855, assortie d’une pension de sept cents francs permettant de subvenir aux besoins de l’enfant que Jean ne payera pas.

Les échanges épistolaires reprennent entre Augustine et Alfred Fouillée qui renonce à la prêtrise. Encouragé par Augustine, il entreprend des études de philosophie, financées par le salaire d’un poste de maître d’étude au lycée d’Ernée à trente kilomètres de Laval.

Les deux jeunes gens deviennent amants avant d’être de nouveau séparés. Augustine suit ses parents à Paris où son père espère trouver du travail après la faillite de son commerce tandis qu’Alfred étudie sans relâche jusqu’à mettre sa vue en danger à la suite d’un décollement de rétine. Pour aider ses parents Augustine cherche un emploi de gouvernante qui s’avère être un piège dans lequel elle tombe en se faisant escroquer de toutes ses économies par une patronne fantoche. La jeune femme décrite comme trop confiante dans la nature humaine va peu à peu faire face à l’adversité sans jamais perdre la confiance dans la vie qui la caractérise. La maladie d’Alfred, les soucis d’argent rien n’arrête cette femme curieuse de tout qui va se lancer dans l’écriture sous un nom d’emprunt en hommage à G. Bruno[1] martyr de l’Inquisition pour ses idées progressistes.

Gambetta proclame la République du balcon de l’Hôtel de Ville de Paris

Son premier roman Francinet[2] est un manuel de lecture à l’usage des enfants des écoles dans lequel elle évoque à la fois la terre de France et l’enfance. À travers le parcours d’un garçon entrant dans la vie professionnelle, le livre apporte un enseignement sur les valeurs civiques et morales mais aussi sur des notions de droit, d’économie et de sciences. Ce qui aurait pu être rebutant pour un jeune lecteur devient, grâce à une histoire pleine d’intrigues et d’anecdotes, animée par des dialogues prônant le courage, l’occasion d’un divertissement édifiant. 

Installée à Bordeaux avec son fils Jean-Marie Guyau et Alfred Fouillée son cousin et amant, Augustine apprend la capitulation de Napoléon III à Sedan encerclée par les prussiens le 2 septembre 1870. La République est proclamée et Léon Gambetta prend la tête du nouveau gouvernement. 

À Bordeaux on déboulonne la statue équestre de l’Empereur vaincu, pendant que les habitants de Paris encerclés puis assiégés connaissent des jours très difficiles, le froid, la faim, l’humiliation de la défaite avec l’annexion de l’Alsace (excepté le territoire de Belfort) et d’une grande partie de Lorraine et la lourde note à payer.

L’armistice est signé le 26 janvier 1871. Le gouvernement se replie à Bordeaux où M. Thiers est acclamé et la République saluée par la foule rassemblée autour du Grand Théâtre qui abrite les députés. Alfred et Jean-Marie qui assistent à l’évènement vont le relayer et le commenter avec un regard philosophique dont on retrouvera le témoignage dans leurs écrits respectifs.

Bordeaux mars 1871 Assemblée nationale à Bordeaux proclamation de la République
L’Assemblée nationale siégeant au Grand Théâtre de Bordeaux, le 1er mars 1871.
Archives de l’Assemblée nationale

Le 10 mars 1871 le gouvernement Thiers décide de quitter Bordeaux pour s’installer à Versailles et le maréchal Mac Mahon devient président de la République. Huit jours plus tard la Commune de Paris est proclamée et un second siège commence, mené cette fois par les armées régulières contre les insurgés. 

Le traité de paix, signé le 10 mai 1871 à Francfort-sur-le-Main consacre la victoire allemande et le 28 mai, après des combats sanglants, le siège de Paris est levé et la Commune violemment réprimée.

Plusieurs succès viennent couronner les efforts des membres du trio laborieux. Francinet reçoit en 1871, le prix Montyon décerné par l’Académie française, assorti d’une somme de 2500 francs. Jean-Marie Guyau qui vient d’obtenir sa licence de lettres à l’âge de dix-sept ans, prépare un concours organisé à San Francisco qu’il gagnera bientôt et se consacre en attendant à la traduction du Manuel d’Épicure après avoir rédigé une étude sur les stoïciens. Quant à Alfred Fouillée qui jouit d’une certaine notoriété depuis la parution de sa Conclusion de La Philosophie de Platon en 1869, il écrit sa thèse tout en continuant d’enseigner à Bordeaux.

Après des vacances à Cauterets sur prescription médicale pour Augustine, le trio quitte la maison bordelaise de la rue de Pessac pour Paris où, dès le 30 octobre, elle s’installe à Sèvres. 

Le Tour de France par deux enfants par G.Bruno Instruction publique

Alfred est nommé Maître de Conférence à l’École Normale et soutient sa thèse Platonis Hippias minor, sive Socratica contra liberum arbitrium argumenta[3], le 23 décembre 1872 avec succès. À la rentrée 1974 c’est au tour de Jean-Marie d’être nommé professeur au prestigieux lycée Fontanes[4].Quant à Augustine, portée par le succès rencontré par Francinet, elle s’attèle à ce qui deviendra son œuvre maîtresse : Le Tour de la France par deux enfants. Mais une ombre vient compromettre les projets parisiens de la petite équipe : la santé d’Alfred devient alarmante, les maux de tête, dus aux lectures prolongées, s’amplifient et son cœur donne des signes de faiblesse. Jean-Marie de santé fragile, exempté pour cela de service militaire, est pris de quintes de toux et de crachements de sang qui font diagnostiquer un début de tuberculose. Il faut quitter Paris et songer à s’acheminer vers des climats plus doux.

Le Tour de France par deux enfants par G.Bruno Instruction publique

Commence alors une longue traversée de la France qui les mènera d’abord à Pau, puis à Biarritz où ils séjourneront quelque temps, redoublant de créativité chacun dans son domaine. Augustine entame la rédaction de son Tour de la France par deux enfants. Son projet est d’inscrire dans un livre de lecture courante les principales matières du programme sous forme de parcours faisant coïncider la découverte du savoir et celle du monde.

Les grandes lignes du projet sont déjà jetées sur le papier. L’action se passe dans les mois qui suivent la défaite de Sedan et la perte des deux provinces.  André et Julien Volden, deux orphelins lorrains de 14 et 7 ans, entreprennent un voyage initiatique pour rejoindre leur oncle Frantz qu’ils croient à Marseille et doit les aider à conserver la nationalité française. Selon les termes du traité de Francfort, en tant qu’habitants des territoires devenus allemands, ils ont jusqu’au 1 octobre 1872 pour demander de garder la nationalité française. 

Le Tour de France par deux enfants par G.Bruno Instruction publique
Vignette in Le Tour de France de deux enfants : Principales forces motrices. — Les principales forces motrices que l’homme emploie à son service sont d’abord celle des animaux, comme dans le manège qu’un cheval fait tourner, puis celle de l’eau et du vent, comme dans les moulins, et enfin la grande force de la vapeur qui fait mouvoir tant de machines et de locomotives.

Le courage des deux enfants leur permettra de suivre sans faillir, à pied, à cheval, en bateau, en train un long chemin semé d’embûches. Au fil des chapitres les écoliers acquerront des notions usuelles sur l’industrie, l’agriculture, l’hygiène mais aussi sur les principales sciences et leurs applications. Ils découvriront les villes de France, les grands hommes qui y sont nés et les progrès accomplis grâce à eux et au courage dont ils ont fait preuve.

Au moment où ils envisagent de quitter la côte basque, le trio hésite entre l’Océan et la Méditerranée et finalement se décide pour Menton où il espère trouver un air plus doux. Après un court séjour dans la station thermale d’Autriche-Hongrie à Méran, une vallée entourée de montagnes, réputée pour son climat adriatique sec et pur, ils partent pour Menton et s’installent dans la villa Bel Air située sur les hauteurs de Garavan.

Le Tour de France par deux enfants par G.Bruno Instruction publique
Vignette in Le Tour de France de deux enfants :

Le Tour de France par deux enfants paraît en 1877, illustré par le dessinateur-graveur Pérot. Outre le fait que c’est un triomphe, le livre (Cliquer) va devenir un ouvrage de référence pour plusieurs générations. Il sera traduit en plusieurs langues et apporta à Augustine d’énormes droits d’auteur qui la libèreront des soucis d’argent qui ont jalonné sa vie jusqu’à ce jour. 

L’année suivante se passe agréablement, ils voyagent, se divertissent et travaillent avec passion. Mais soudain l’adversité frappe de nouveau à la porte, Jean-Marie a contracté la typhoïde et sa vie est en danger pendant plusieurs mois.  Dès qu’il va mieux Augustine propose un voyage à Vichy puis en Italie où ils visitent les musées des différentes villes traversées et découvrent les merveilleux paysages. Elle s’enhardit même jusqu’à s’inquiéter du célibat de Jean-Marie et met tout en œuvre pour lui trouver une femme et après plusieurs tentatives infructueuses, la recherche de « l’inconnue » touche à sa fin. L’heureuse élue est la fille d’un ancien collègue du lycée de Montpellier, elle s’appelle Marguerite André. Le mariage est célébré le 29 septembre 1881, à Langres, pays d’origine de la famille André. 

Le bonheur de voir Jean-Marie heureux est soudain assombri par la maladie d’Alfred qui rentre de Florence avec la typhoïde. La gravité de son état amène la petite famille à s’éloigner une nouvelle fois de Nice devenu le foyer d’une infection paludéenne. Ils retournent à Menton dans la villa La Cuse et cherchent un terrain pour faire construire la maison dont ils rêvent. En attendant, le démon du déménagement les pousse une nouvelle fois à changer d’endroit pour passer l’hiver. Ils s’installent dans la spacieuse villa Sainte-Anne et attendent avec joie l’arrivée annoncée d’un enfant au sein du jeune couple. Augustin naît le 13 décembre 1883 et le prénom choisi est un hommage à sa grand-mère Augustine.

Une autre bonne nouvelle va permettre à Augustine d’épouser enfin l’homme qu’elle aime. La loi sur le divorce est acceptée par le Sénat le 27 juillet 1884.et le 25 août elle obtient le divorce auprès du tribunal civil de Laval. La dissolution est prononcée le 4 novembre et l’acte enregistré à l’état civil en décembre. 

Ils se marient le 8 septembre 1885. Désormais les nouveaux époux peuvent vivre leur amour au grand jour sans se faire passer pour frère et sœur, ni encourir l’opprobre d’une société encore corsetée dans ses préjugés moralisateurs.

Il ne manque qu’un foyer pour ancrer la famille dont la situation financière s’est beaucoup consolidée. Un vaste terrain, perché sur une colline surplombant la mer, inondé de soleil et couvert de végétation luxuriante, est acheté à Menton. Les plans de la vaste maison, élaborés par Augustine sont supervisés par un architecte. Les fondations commencent le 20 mai 1886 avec le projet de terminer la maçonnerie en novembre, la menuiserie et le reste fin mars en vue d’une installation en mai 1887. 

Le Tour de France par deux enfants par G.Bruno Instruction publique
Vignette in Le Tour de France de deux enfants : La papeterie. A gauche se trouve la grande cuve carrée où les chiffons, réduits en pâte et blanchis, forment comme une bouillie liquide. Cette bouillie sort et jaillit sur les tamis où elle s’égoutte. Puis, elle se dessèche et s’aplatit entre les rouleaux. À droite, on voit les ouvriers qui recueillent les feuilles de papier. — Outre les papeteries des Vosges, il y en a de très nombreuses aux environs d’Angoulême, à Essonne, à Annonay, etc.

En quelques années le climat social et politique de la France a changé, marqué par l’évolution des mœurs et des idées mais aussi les progrès techniques qui font espérer un avenir meilleur. Leslois de 1881 et 1882, portées par Jules Ferry, en instaurant l’école gratuite, laïque et obligatoire, ont alimenté une polémique entre les tenants de la laïcité et un courant plus conservateur soutenu par l’Église.

Le premier roman d’Augustine Francinet est désormais dans le collimateur des tenants de la laïcité dont le très anticlérical Abel Hovelacq qui s’insurge contre les allusions trop marquées à la religion qui y figurent. Il fait interdire le livre.

L’affaire s’envenime, relayée par plusieurs journaux qui révèlent le véritable nom de l’auteur qui se cache derrière le pseudonyme.

Alfred essaie de calmer la polémique en écrivant aux divers protagonismes et Augustine s’engage à tenir compte des remarques qui lui sont adressées, dans la rédaction de la prochaine édition afin de ne pas heurter les sensibilités et d’éviter d’être mises à l’index par les instituteurs.

Cette affaire réglée chacun se remet au travail avec enthousiasme. Jean-Marie termine la rédaction de son ouvrage La religion de l’avenir, Alfred travaille à L’avenir de la métaphysique fondée sur l’expérience, et Augustine fait une dernière lecture des Enfants de Marcel avant édition.  La maison est presque terminée et chacun rêve de s’y installer au plus vite.

La vie continue avec son lot de tristesse, de maladie et de joie mais cette fois la situation devient alarmante. La terre tremble à Menton, plusieurs secousses se succèdent il faut quitter la villa Sainte-Anne et se réfugier dans une resserre à bois pour y passer la nuit. Le lendemain on doit se rendre à l’évidence, la maison, dont les murs se sont fissurés, ne sera pas habitable avant plusieurs mois.

Un gite, trop petit certes, mais ayant échappé au tremblement de terre, est loué en attendant de pouvoir aménager dans la maison de leurs rêves. 

Le 29 octobre l’emménagement a lieu dans la villa du boulevard Garavan et chacun se réjouit mais la joie est de courte durée car Jean-Marie rattrapé par la tuberculose crache le sang et après un bref répit, meurt à l’âge de trente-trois ans, le 31 mars 1888.

Augustine Tuillerie (1833-1923)

Comme a chaque épreuve la famille trouve dans le travail non seulement un réconfort pas aussi une raison de se projeter dans l’avenir. Augustine redouble d’attention pour Augustin son petit-fils à qui elle transmet son goût pour la lecture, et encourage Marguerite, sa belle-fille, à publier ses contes et nouvelles. Elle accueille les enfants des couples amis pour que la vie reprenne en dépit de nouveaux deuils et des polémiques qui resurgissent à propos du Tour de la France par deux enfants

La 331ème édition du livre paraît en 1906, entièrement revue et augmentée d’un épilogue afin de supprimer les expressions à caractère religieux. Laïcisation oblige, après la promulgation de la loi de séparation des églises et de l’état le 9 décembre 1905.

En 1907 la santé d’Alfred se dégrade, épuisé par ses recherches qu’il poursuivra jusqu’au bout, son état s’aggrave au cours d’un voyage à Paris où Marguerite s’est installée avec son fils Augustin qui prépare une thèse de doctorat en sciences physiques qu’il soutiendra le 10 mars 1913.

 Alfred meurt des suites de sa maladie le 16 juillet 1912 laissant derrière lui une œuvre reconnue et respectée ainsi qu’en atteste ses nombreuses nominations et son élection à l’Académie des sciences en décembre 1893.

La vie reprend malgré les blessures qu’elle inflige à la famille mais aussi grâce à cette confiance inébranlable dans la vie qui anime Augustine. Il est temps de trouver une femme digne de lui à Augustin qui, pour l’heure, voyage dans le Sud tunisien. L’année suivante il découvre le Maroc d’où il ramène des notes mais aussi des poèmes et de nombreuses photos. 

Pendant ce temps Augustine est à sa table d’écriture. Elle rédige sa dernière œuvre Le tour de l’Europe pendant la guerre, dans laquelle elle met en scène les fils des héros de son précédent ouvrage, confrontés à la guerre. Au début du roman, ils sont neuf à la frontière. Six mourront, deux autres seront faits prisonniers et le neuvième grièvement blessé.  

Au retour d’Augustin les bruits de botte mettent un terme aux vacances d’été. Appelé sous les drapeaux, il rejoint, avec enthousiasme, son unité le 10 août. Il mourra le 1 juillet 1917 sur le champ de bataille.

Augustine va désormais se consacrer à perpétuer la mémoire de ce petit-fils disparu. Elle rassemble les lettres, les négatifs des photos prises pendant son voyage en Tunisie et au Maroc ainsi que les notes plus intimes recueillies dans ses carnets et les fait publier avec une notice de Paul Janet l’ancien maître si apprécié. L’œuvre posthume d’Augustin sera publiée en 1919 et rencontrera un vif succès.

La villa désormais trop grande est mise en vente. Un film sera réalisé à partir du livre consacré à Augustin. Il sortira le 6 juin 1924 mais Augustine qui a plus de quatre-vingt- dix ans ne sera plus là pour le voir. Elle mourra le 8 juillet 1923. 

Tout le mérite de Michèle Dassas, l’auteur de cette biographie romancée d’Augustine Tuillerie, est de permettre au lecteur d’aujourd’hui de se plonger dans une époque dont les valeurs étaient différentes de celles qui sont les nôtres aujourd’hui. Il ne s’agit pas de porter un jugement sur ces valeurs mais de comprendre grâce au contexte social et politique dans lequel vécut Augustine que les sentiments exprimés dans ses livres correspondaient étroitement aux siens et à ceux de son milieu : le courage, l’amour de la Patrie, la valeur du travail, le sens du devoir et la foi dans l’éducation pour tous. Autant de valeurs qui nous amènent à repenser notre époque, face au déclin des institutions et à la crise symbolique qu’elle traverse comme l’expression d’un nouveau malaise dans la société. 


[1] Filippo Bruno dit Giordano Bruno (1548-1600) est un frère dominicain et philosophe napolitain. Accusé d’hérésie, pour ses travaux notamment sur la théorie de l’héliocentrisme et sur la réincarnation des âmes, par l’Inquisition, il est condamné à être brûlé vif après huit ans de procès.

[2] Publié en 1869, aux éditions Belin.

[3] Le titre français étant La Liberté et le Déterminisme.

[4] Devenu depuis le Lycée Condorcet.

Augustine Tuillerie
L’histoire extraordinaire de l’institutrice aux millions d’élèves
Michèle Dassas

Préface Jean-Pierre Rioux

éditions Ramsay. 20€

Illustration de l’entête et légende : Le Tour de France par deux enfants. Le travail du soir dans une ferme du Jura. — C’est dans les fermes du Jura que se fabriquent en grande quantité les ressorts de montre les plus délicats. En passant près des fermes, il est rare qu’on n’y entende pas le bruit du marteau ou de la lime. — Le métier à bas, auquel travaille la fermière de droite, a été inventé par un Français, un ouvrier serrurier des environs de Caen. Avec ce métier on fabrique bien plus vite qu’avec la main, des bas presque aussi solides.
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