Salvador Dali’s famous book of recipes reedited


Voici réédité par[** Taschen*], [** Les Dîners de Gala*] de[** Salvador Dali*]. Mais où donc classer ce livre dans une bibliothèque ? Livre de cuisine, de recettes, de gastronomie, bien entendu ! Mais aussi livre d’art richement illustré avec des tableaux ou des dessins du maître, livre gourmand, livre précieux, livre qui donne l’eau à la bouche quand on consulte les 136 recettes illustrées par Dali qui y sont recensées.

«La beauté sera comestible ou ne sera pas» avait-il un jour écrit, la nourriture a chez lui des résonances philosophiques et psychanalytiques, on n ‘est pas un des maîtres du surréalisme pour rien. Il suffit d ‘ailleurs pour s’en assurer de parcourir son oeuvre et d’observer les représentations d’aliments, de viandes, de plats réels ou imaginaires représentés dans ce livre, ces buissons d’écrevisses ( avec recette en annexe), ces inventions gastronomiques des plus grands chefs de cuisine, ces recettes poétiques aux noms évocateurs telles cette purée d’Aphrodite, ce cocktail Casanova ou cette épaule de Sirène qui vous mettent les papilles en émoi et suscitent chez votre serviteur le désir d’aller en cuisine pour préparer un repas de fête.

Dali aimait organiser chez lui des dîners fins, gastronomiques, ils furent célèbres, et les invités choisis devaient s’habiller selon certaines règles thématiques imposées. Les recettes ont été collectées auprès des chefs de restaurants étoilés et de prestige, [**Lasserre, Maxim’s, la Tour d’Argent,*] le[** Buffet de la gare de Lyon*]. Un chef anonyme les a mises en forme, puis un éditeur génial en 1973, [**Draeger*], maître imprimeur à Paris, a imprimé l’ouvrage, tout de raffinement, de distinction et célébrant ainsi la gastronomie française.

Olécio partenaire de Wukali

[**Les Dîners de Gala*] de Salvador Dali, est (l’on vient de le voir) un livre aux multiples richesses, c’est aussi un hommage passionné à celle qui fut sa femme, [**Gala*], et dont on retrouve les portraits et la présence dans un grand nombre des peintures daliniennes. Gala une muse, une confidente, une amie, une inspiratrice et plutôt trois fois qu’une ! En effet, après avoir été la femme de [**Paul Éluard*], la maîtresse de [**Max Ernst*], elle deviendra l’épouse de[** Salvador Dali*], quand on aime on ne compte pas n’est ce pas ! Dali un jour parlant de son amour pour Gala dira d’elle: «Jamais je n’ai autant eu envie de la manger». Le baiser ( merci docteur [**Freud*]) n’est il pas une manifestation refoulée du cannibalisme et de l’anthropophagie? Ce livre de recettes qui lui est dédié constitue un vibrant hommage. Il a d’ailleurs intitulé un des chapitres de ce livre de recettes: «Les «je mange Gala»(aphrodisiaques)».

Qui ne se souvient de Dali, iconoclaste, délirant, provocateur, génial, paranoïaque. Voilà le grand mot est lâché, «paranoïaque» et il est de Salvador Dali en personne. Ne définissait-il pas la «méthode de critique paranoïaque» comme: «une méthode spontanée de connaissance irrationnelle, basée sur l’objectivation critique et systématique des associations et interprétations délirantes».

La cuisine et la gastronomie qui en est sa quintessence, permettent à Dali de rendre compte de ses idées philosophiques et esthétiques. Il faut lire ce qu’il écrit sur ce qu’il nomme, je cite : «La dialectique du mou et du dur», les avis affirmés et sans concession qu’il énonce contre le mou, et de citer à l’appui de sa démonstration les épinards qu’il tient en piètre estime et qu’il oppose au dur, au protecteur, au viril qu’il voit dans les crustacés, homards, langoustes et écrevisses, les bêtes carapacées et armées. Bien au delà au demeurant des particularités gustatives et émotionnelles de ces nourritures d’exception il développe des théories qui s’inscrivent dans une vision politique que l’on n’est certes pas obligé de partager mais qui méritent en tous cas le temps d’une réflexion et en l’occurrence d’une dégustation.

Qu’on ne se méprenne pas, Les Dîners de Gala de Salvador Dali, c ‘est d’abord un livre de cuisine, certes inhabituel, mais qui permet à tout gourmet et gourmand ( je ne fais pas de distinction) de réaliser des plats. Des recettes, et il est important que cela soit souligné, qui non seulement ne sont pas forcément dures à effectuer mais qui ne sont pas non plus forcément coûteuses. En voulez vous des preuves? En voici une ( je ne sais pas pour vous, mais mon réflexe pavlovien démarre et je salive autant que mon chien ! )

[**Le gratin de céleris*]

[( 2 céleris-raves
6 pommes de terre
2 oignons
2 verres d’eau
4 cuillères de crème fraîche
noix de muscade
6 oeufs
300gr de gruyère rapé)]

En achetant les céleris, soupesez-les bien; il les faut lourds et se méfier de ceux qui sont creux.
Vous les épluchez , les coupez, les mette dans une casserole avec les pommes de terre et les oignons.
Ajoutez l’eau, salez, poivrez, faites bouillir pendant 20 minutes; Il doit y avoir peu d’eau à la fin de la cuisson, mais veillez tout de même à ne pas faire brûler le fond.
Les légumes sont passés, mêlés à la crème fraîche et assaisonnement rectifié avec de la noix de muscade.

Cette purée est alors versée dans un plat et vous allez faire 6 trous à sa surface. Vous les agrandissez suffisamment avec une cuillère pour casser un oeuf dans chacun d’entre eux. Faites glisser chaque oeuf avec soin afin de ne pas crever le jaune. Vous les salez légèrement et les couvrez de gruyère râpé. Le plat est mis au four , thermostat 7 durant 10minutes.Les oeufs qui restent ainsi mollets, sont délicieux mêlés à la purée.


Alors chers amis lecteurs, n ‘avais- je point raison? Cettte recette est facile à faire et je ne vous parle pas de la Purée de Harengs, de la Tourte de poireaux ni des Oeufs de 1000 ans un vrai bonheur ! J’ajouterai aussi le Civet d’escargots, les Perdreaux sur toast ou les Anguilles à la bière sans oublier de merveilleux desserts comme des Caramels aux pignons (p.274) ou le Soufflé Kocisky (page 290). Au total 136 recettes .

Et puis, et puis, on est dans l’univers voulu par Dali, le sommaire est un régal avec une inventivité verbale toute dadaïste et des noms malicieusement choisis, exemple : Les cannibalismes de l’automne, Les suprêmes de malaises lilliputiens, Les entre-plats sodomisés, Les spoutniks astiqués d’asticots statistiques, Les chairs monarchiques, Les montres molles 1/2 sommeil etc.

Abondance de l’illustration, c’est son aspect livre d’art, peinture, dessins, insertion aussi de duplicata de menus dont un célébrant le 99ème jour du Siège de Paris le 25 décembre 1870 avec Civet de Kangourou, Chameau rôti à l’anglaise, Consommé d’éléphant, d’autres délices et ( et j’ai du mal à le croire) le Chat flanqué de rats… à moins , bien évidemment qu’il ne s’agisse là d’un imaginaire poétique… à vérifier en tous cas !

Voilà un beau livre, un bon livre à déguster et savourer de toutes les manières. Pas sûr que vous le rangerez dans votre cuisine dans le placard du fond entre le bocal à farine et vos pots de confiture de l’année. Je serais plutôt enclin à croire qu’il siégera dignement sur un des rayonnages de votre bibliothèque et que la dorure de sa splendide couverture étincellera tout autour.

[**Pierre-Alain Lévy*]


Les Dîners de Gala
Salvador Dali

éditions Taschen. 49€99

WUKALI 20/10/2016
*Courrier des lecteurs *] : [redaction@wukali.com

Ces articles peuvent aussi vous intéresser