Le Xilaria Longipes vous connaissez ? C’est un champignon, certes point de la variété des bolets ou des cèpes de Bordeaux, pas davantage morille ou coulemelle, mais plutôt de ces micro organismes parasites et microscopiques qui sont la plaie des forestiers car ils s’attaquent aux arbres. Et bien ce moins que rien, cet ectoplasme est en passe de devenir célèbre. En effet un chercheur suisse du Laboratoire d’essai des matériaux et de recherche de Saint Gall en Suisse, Francis Scharze qui travaillait sur la propagation des ondes dans des arbres attaqués par différents champignons a découvert que de rares spécimens sont capables de ronger le bois sans freiner la propagation du son

Dix-sept ans après cette découverte et au hasard d’une conversation avec un ami luthier à qui il expliquait la relation entre densité faible et grande vitesse de propagation du son germa l’idée d’utiliser ce fameux champignon lignivore pour améliorer de l’intérieur la qualité du bois à la manière d’une levure en cuisine pour obtenir un bois au plus près de celui qu’utilisait Stradivarius le célèbrissime luthier de Crémone.

La recherche se poursuivit en phase expérimentale, l’enjeu était important en effet qu’est ce qui prime avant tout dans la qualité d’un violon, la qualité intrinsèque du bois ou la maîtrise et le génie du luthier ?

Le chercheur commença par vérifier son idée en laboratoire: dans les chambres climatiques de l’Empa, il étendit des Xylaria longipes, découverts des années plus tôt lors de ses opérations d’écoute, sur de fins panneaux de bois. Comme de la barbe à papa, le champignon se développa autour du bois, y introduisit ses filaments et libéra des enzymes qui s’attaquèrent aux parois des cellules ligneuses. Mais le Xylaria ne s’intéresse qu’aux feuillus, tel l’érable utilisé pour le fond des violons. La table d’harmonie étant quant à elle en épicéa, le chercheur dut se mettre en quête d’un autre auxiliaire. La clé lui fut donnée par son travail quotidien, dans le cadre duquel il se servait d’un champignon pour rendre des lattes d’épicéa plus réceptives aux traitements de protection. Un spécimen qui, lui aussi, ronge les parois des cellules ligneuses. Notre scientifique avait trouvé son candidat, le Physisporinus vitreus, qui, dans des chambres climatiques, s’attela sous étroite surveillance à la décomposition de l’épicéa.

La phase suivante d’expérimentation et de fabrication fut confiée au luthier elle dura de longs mois, cinq violons furent fabriqués, trois avec le bois traité et deux avec le bois du même lot mais non traité.

Après quelques mises au point les violons furent présenté à un public d’experts et 180 mélomanes. Le violoniste anglais Matthew Trusler caché derrière un rideau joua cinq violons différents : deux traités, deux non traités et un Stradivarius ! Il s’agissait pour le jury et le public de déterminer lequel de ces violons avait la plus belle sonorité et quel était le Stradivarius.

A l’issu du vote avec 90 voix, le violon numéro 3 en bois traité fut déclaré posséder la plus belle sonorité contre 39 en faveur du Stradivarius.

Pour le luthier quelque peu décontenancé et pantois il reste à savoir si ces violons auront la même durée de vie et s’ils se maintiendront en état avec le temps. Bio-technologies contre secrets d’artisans !. L’expérience va se poursuivre sur 50 violons.

Un jour un violon à la sonorité sublime vendu neuf en magasin ? L’enjeu économique est énorme !

Vladimir Kvar Vitkin


Le secret du Stradivarius serait-il conséquence du climat qui sévit en Europe entre 1645 et 1715 ? Cette courte période connut effet un refroidissement général spectaculaire qui eut pour effet de provoquer une croissance des arbres plus lente mais s’étalant de façon plus régulière ce qui serait in fine idéal pour obtenir une parfaite sonorité


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Yéhudi Menuhin jouant son Stradivarius


Photo d’illustration: le biologiste Francis Schwarze



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