La chronique littéraire d’ Elsa WEILLER.

Ce roman à deux voix nous transporte dans l’espace et dans le temps. Un dialogue entre deux femmes, toutes deux originaires de l’Iran, de deux générations qui se suivent et ne se ressemblent pas. Deux mondes si proches et pourtant si distincts. La plus jeune raconte son enfance, sa vie de jeune femme dans la République Islamique, son histoire familiale et son aventure vers la vie de comédienne, faisant face aux difficultés politiques de la censure qui la mèneront vers l’exil. La seconde, née sous le régime du Shah nous fait découvrir le quotidien de la jeunesse dorée de l’époque, les libertés qui cachaient les autres desseins du régime.

Le terme même d’Iran prend un nouveau sens sous nos yeux au fil des pages. La civilisation perse dans toute sa splendeur, sa richesse culturelle incomparable, son peuple si fier et si beau… Cet ouvrage nous plonge dans un abyme de perplexité, à nous occidentaux abreuvés par les media de la vision d’un Iran arriéré et barbare, il nous ouvre les yeux sur la différence, si peu évoquée et pourtant si primordiale, entre un peuple et le régime politique qui le dirige. Il souligne inconsciemment la nécessaire vertu de tempérance et de nuance. La majesté de l’Histoire ne doit pas être réduite aux errements d’une époque, il faut chercher à comprendre avant de péremptoirement juger, il faut avant tout faire preuve de curiosité intellectuelle, tenter de dépasser les cadres qu’il est si facile de plaquer sur ce qu’on ne connaît ni ne comprend.

Pour vous parler d’une autre dimension de ce roman, tellement riche qu’il ne peut être réduit à une simple chronique, j’insisterai sur sa spécificité féminine. Il ne s’agit pas d’un ouvrage féministe et pourtant j’en déduirai quelques enseignements. Lorsqu’on lit les difficultés auxquelles sont confrontées quotidiennement les femmes, jeunes et moins jeunes, dans l’Iran d’aujourd’hui, comme ce roman le souligne magnifiquement, nous nous devons non seulement d’en avoir conscience, mais aussi de célébrer la liberté dont nous jouissons. Rendons-nous compte de la chance que nous avons de pouvoir porter jupes et pantalons, de pouvoir étudier de la même manière et les mêmes sujets quel que soit notre genre, de pouvoir Vivre pleinement, d’être Libres. Cette liberté, parfois galvaudée aujourd’hui, prend tout son sens dans l’ouvrage de Nahal Tajadod, car elle est ce que nous avons de plus cher et que nous devons à tout prix conserver. Cette liberté n’a pas de prix, cette liberté nous la devons à l’Histoire et ce roman est un continuel rappel des disparités qui demeurent encore de nos jours et que nous ne devons en aucun cas oublier.

Elsa Weiller


Nahal TAJADOD

Elle joue

Éditions Albin Michel. 20,90€


– Nahal Tajadod est née à Téhéran en 1960. Elle a quitté l’Iran à 17 ans pour la France où elle vit aujourd’hui. Elle y a étudié les langues orientales à l’INALCO, puis obtenu un doctorat de chinois ancien. Spécialisée dans le manichéisme, sa thèse porte sur Mani, le Bouddha de lumière, elle s’est ensuite concentrée sur l’apport iranien à la culture et civilisation chinoises; autant d’éléments qui font de son oeuvre littéraire, écrite en français (elle a la nationalité française), un pont jeté entre l’Orient et l’Occident.

Elle a publié plusieurs essais dont Sur les pas de Rûmi (2006), poète dont elle est spécialiste et traductrice et Les Porteurs de Lumière (2008) aux Éditions Albin Michel.

On lui doit également deux romans à teneur autobiographique, Passeport à l’iranienne (JC Lattès 2007) et Debout sur la terre (2010).

Elle a reçu en 2007 la Grande médaille de la francophonie.


ÉCOUTER VOIR

Ces articles peuvent aussi vous intéresser

Notre site utilise des 'cookies' pour améliorer votre expérience et son utilisation. Si vous le refusez vous pouvez les désactiver. Accepter En savoir plus