Voici une exposition on ne peut plus épistémologique que présente le Centre Pompidou-Metz jusqu’au 4 avril 2013.

Son titre est en soi tout un programme: «Une Histoire des lignes» . Il est directement inspiré de l’étude parue en 2007 de l’anthropologue anglais Tim Ingold titulaire de la chaire d’anthropologie sociale de l’Université d’Aberdeen (Écosse) qui pose les fondements de ce que pourrait être une « anthropologie comparée de la ligne » – et, au-delà, une véritable anthropologie du graphisme.

Etayé par de nombreux cas de figure (des pistes chantées des Aborigènes australiens aux routes romaines, de la calligraphie chinoise à l’alphabet imprimé, des tissus amérindiens à l’architecture contemporaine), l’ouvrage analyse la production et l’existence des lignes dans l’activité humaine quotidienne. Tim Ingold divise ces lignes en deux genres – les traces et les fils – avant de montrer que l’un et l’autre peuvent fusionner ou se transformer en surfaces et en motifs. Selon lui, l’Occident a progressivement changé le cours de la ligne, celle-ci perdant peu à peu le lien qui l’unissait au geste et à sa trace pour tendre finalement vers l’idéal de la modernité : la ligne droite.

Le sujet en soit pourrait sembler simple, et pourtant …! Car de la ligne vous en connaissez pourtant un certain nombre : ligne de conduite, ligne éditoriale, ligne droite ligne courbe, ligne brisée, ligne blanche infranchissable ou celle plus vénéneuse et toxique qui se négocie dans l’ombre et les chuchotements, ligne de produits, avoir la ligne, ligne de pêche, ligne de mire, ligne harmonique, ligne d’horizon, régiment de ligne, ligne budgétaire, bref voilà bien sur le mode plaisant un véritable catalogue à la Prévert.

À l’heure où triomphe un art conceptuel dévoyé ( certainement pas celui de Sol Lewitt en tous points admirable) où le discours creux tient lieu de philosophie ou plus précisément car le mot est trop fort, de dialectique indigente de remplacement, les docteurs Diafoirus de tous genre s’évertuent à ne pas nous montrer que le roi est nu perdant ainsi tout sens rationnel sans pour autant apporter la preuve de la justesse de leurs propos. Face à la perte de repères qui déstabilise notre société, ils viennent exhiber leurs vides dans des discours labyrinthiques, ne s’apercevant d’ailleurs point que leurs théories et leurs pratiques sont dores et déjà obsolètes et se sont depuis longtemps effondrées, impuissants qu’ils sont à comprendre le monde, et ivres d’une phraséologie caverneuse que l’auditeur ou le spectateur moyen reçoit comme un uppercut vicieux ! Il vous faut donc vous extasier au risque sinon d’ apparaître comme un Béotien ahuri et balourd !

Le Cabinet des dessins du Centre Pompidou, Musée national d’art moderne à Paris expose dans les vastes salles du Centre Pompidou-Metz une sélection de 220 oeuvres , près de 80 artistes sont représentés notamment Dove Allouche, Pierrette Bloch, John Cage, Marcel Duchamp, Kandinsky,Verà Molnar, Giuseppe Penone, Christo, Vieira da Silva, François Morellet

On ne peut que regretter, que ne se dégage hélas point de cet ensemble d’oeuvres disparates exposées dont certaines, trop peu nombreuses hélas possèdent une indéniable qualité voire même une excellence, une identité interprétative capable de susciter l’adhésion du public ou pour le moins sa curiosité et son intérêt.

A vouloir troquer la figure, de l’artiste, de l’esthète ou du plasticien contre celle du sociologue, du philosophe, du linguiste ou du psychanalyste, on se fourvoie et plus grave encore on s’éloigne d’un monde dont on prétendait pourtant connaître les limites.

Pierre-Alain Lévy


Exposition : HISTOIRE DES LIGNES

Centre Pompidou-Metz

Galerie 1. Jusqu’au 1er avril 2013.


Horaires d’ouverture

Du Lundi au Vendredi de 11h à 18h

Samedi de 10h à 20h

Dimanche de 10h à 18h

Fermeture hebdomadaire le Mardi


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