Aurélie Filippetti, ministre de la culture et de la communication vient d’annoncer le 15 février que sept oeuvres actuellement déposées dans différents musées de France et qui furent extorquées par les nazis pendant la seconde guerre à des familles juives allaient être restituées à leurs propriétaires ou leurs héritiers.

Cela concerne le musée du Louvre, les musées des Beaux-Arts d’Agen, de Toulouse ainsi que le musée d’art moderne de Saint-Étienne. Ces sept oeuvres ont été dument identifiées, il s’agit de l’Allegorie de Venise de Gaspar Diziani (1689-1767), Saint François de Salvatore Francesco Fontebasso (1709-1769), un tableau représentant Bartolomeo Ferracina par Alessandro Longhi (1733-1813), Le miracle de Saint Eloi de Gaetano Gandolfi, (1734-1802), Abraham et les Anges de Sebastiano Ricci (1659-1734), de l’ Apothéose de Saint Jean de Nepuceme de Charles Palko (1724-1770) et La Halte de Pieter-Jansz van Asch (1603-1678)

Six de ces peintures italiennes du XVIIème siècle appartenaient à un industriel viennois Richard Neumann. En 1938 avec la mise en place de l’Anschluss qui annexait l’Autriche au Reich allemand, Richard Neumann et sa famille durent fuir leur pays pour se réfugier à Paris. Le destin tragique qui s’abattait aussi sur la France, la collaboration de l’État Français de Pétain, sa collaboration avec les autorités allemandes d’occupation et la mise en place du statut des Juifs dès 1940 conduisirent une nouvelle fois Richard Neumann et sa famille à partir et il dut abandonner ses tableaux que les services d’Hermann Goering récupérèrent. Les nazis avaient mis en coupe réglée les pays occupés et Goering avait créé un dispositif pour piller la France et récupérer tableaux et oeuvres d’art, cela d’ailleurs s’étendait sur chacun des pays occupés par les allemands.

Son neveu âgé aujourd’hui de quatre-vingt deux ans et vivant aux USA avait entrepris depuis 12 ans une bataille judiciaire pour que justice fut faite et que ces tableaux ayant appartenu à son oncle dont il est l’héritier lui fussent restitués.

Le septième tableau, La Halte de Pieter-Jansch van Asch appartenait à Josef Wiener , un banquier juif pragois, il fut arrêté et déporté à Theresienstadt (Terezin) le 30 juillet 1942 où il fut assassiné cinq jours plus tard. Son épouse réussit à échapper aux nazis et parvint à fuir en Grande-Bretagne.

Au lendemain de la guerre les Alliés par erreur réexpédièrent ce tableau à Paris et non à Prague en Tchécoslovaquie. Le tableau se perdit dans le maquis administratif et les descendants et héritiers de Josef Wiener en perdirent la trace n’imaginant pas que le tableau pouvait être déposé dans un musée en France, ce n’est qu’au début des années 2000 que le tableau put être tracé.

P-A L


Illustration de l’entête. Le miracle de Saint Eloi de Gaetano Gandolfi, (1734-1802)




LE PILLAGE


Entre 1940 et 1944, une unité spéciale appelée Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg (ERR) était chargée de sélectionner, de collecter et de rapatrier en Allemagne les objets qui avaient un intérêt pour les Nazis.

Le 17 septembre 1940, le commandement en chef de la Wehrmacht autorise Alfred Rosenberg, théoricien nazi, a transporter en Allemagne les œuvres d’art récupérées. L’ordre mentionne aussi que « le Fuhrer se réserve lui-même la décision sur leur future attribution« . La Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg est créée peu de temps après.

Le pillage des biens juifs a commencé en juin 1940. Les Nazis se sont emparés d’œuvres d’art prestigieuses comme des Cézanne, des Braque, des Chagall qui appartenaient entre autres à Arthur Levy, Maurice de Rothschild ou encore M. et Mme Dreyfus.

La Galerie nationale du Jeu de Paume à Paris a servi de musée temporaire pour entreposer les dizaines de tableaux et d’œuvres volés par les Nazis dès leur arrivée dans la capitale en juin 1940. Certains des objets qui transitaient par le Jeu de Paume ont été subtilisé par des dirigeants nazis. Hermann Goering, commandant de la Luttwaffe, a ainsi choisi 875 peintures et autres chefs d’œuvres pour son usage personnel.

Avant même leur arrivée au pouvoir en Allemagne, les Nazis avaient conceptualisé l’Entartete Kunst ou « art dégénéré ». Sous l’égide de Joseph Goebbels, ministre du Reich, une liste d’artistes et d’œuvres d’art jugé transgressif a été établie.

Selon les estimations, 650 000 objets d’art ont été volés aux Juifs pendant la Seconde guerre mondiale. Des milliers d’autres n’ont jamais été retrouvés

A partir de la fin 1941, les Nazis ont élargi le pillage à tous les biens juifs c’est la Möbel Aktion. Les logements des déportés sont vidés et leurs objets récupérés.

L’organisation des Nazis était très bien huilée : les camions de déménagement stationnaient sur la place de la Concorde et y déchargeaient directement leur cargaison pour être stockée, entre autres, au Jeu de Paume.

Avec la récupération d’objets de la vie quotidienne, la logique implacable des Nazis s’étend à l’histoire des personnes arrêtées et déportées. Une manière de faire disparaître toute trace de leur existence.

Seules les œuvres et objets remarquables étaient envoyés en Allemagne. Le mobilier et les objets modestes étaient pour la plupart exposés dans des grands magasins parisiens. Les responsables nazis pouvaient les choisir pour leur domicile.

Outre le Jeu de Paume, plusieurs autres lieux parisiens ont été utilisés : le Palais de Tokyo, le Musée du Louvre, un hôtel particulier de la rue Bassano, la Gare du Nord, les Entrepôts et Magasins Généraux d’Aubervilliers.

A partir de 1942, le pillage des biens juifs est généralisé et accéléré. Plus de 20 000 œuvres d’art volées aux Juifs ont été répertoriées et entreposées au Jeu de Paume à Paris. Un service du nom de « Dienststelle Westen » et dirigé par le colonel Kurt Von Behr, repère les habitations vacantes. Ce nazi est le représentant français de l’ERR.

Selon la mission Mattéoli de 1997 chargée d’étudier la spoliation des Juifs français, 38 000 appartements ont été vidés de leur contenu par les Nazis

Le château de Neuschwanstein a servi de lieu de dépôt des objets dérobés en France mais aussi en Belgique et dans les pays de l’Est. Comme par exemple 3978 tableaux et objets du pavillon de chasse autrichien de Louis V. Rothschild.

La brigade de l’ERR réalisait des catalogues raisonnés d’objets d’art pour les présenter à Adolf Hitler. Il pouvait ainsi sélectionner les œuvres pour son futur musée de Linz. 39 de ces catalogues furent découverts à Neuschwanstein après la guerre.

De 1943 à août 1944, les magasins généraux du 43, quai de la Gare, dans le quartier parisien de Tolbiac, ont servi d’entrepôt de tri et de stock des objets volés. Beaucoup d’entre eux étaient envoyés dans les villes allemandes bombardées par les Alliés.

Outre l’art et les objets de la vie quotidienne, la spoliation des Nazis concernait également les comptes bancaires, les propriétés foncières, les droits des auteurs et des compositeurs. 330 000 personnes ont été touchées par celle-ci pour la seule année 1940.

De 1940 à 1944, une salle du Jeu de Paume a été baptisée « Salle des martyrs » puisqu’elle abritait les œuvres volées exclusivement visibles par Goering. Sur ses murs, des toiles modernes de Braque, Chagall, Dali, Léger, Picasso ou encore Matisse qui servaient de monnaie d’échange avec des œuvres dites classiques plus appréciées des Nazis.

Dès leur arrivée sur le sol français, les Nazis manifestent leur intérêt pour les collections d’art de grandes familles juives. Différents services allemands et du gouvernement de Vichy, comme le Commissariat aux questions juives, s’affrontent pour les récupérer en premier.

Parti de la gare du Nord le 15 mars 1941, le premier convoi emporte en Allemagne des centaines de caisses d’objets volés. En plus de 3 ans d’activité, la ERR a acheminé au total 28 convois.

A chaque victoire militaire, les Nazis s’emparaient de l’or monétaire du pays. Un butin utile pour le IIIe Reich en raison d’un conflit toujours plus coûteux. Lingots, pièces, bijoux, devises… Un commando spécial appelé Devisenschutzkommandos faisait main basse sur les coffres-forts des banques et des personnes fortunées. Ainsi, aux Pays-Bas, les Nazis se sont emparés entre autre de 100 tonnes d’or de la banque nationale.

Outre les biens subtilisés par les officiers nazis, certaines pièces rares ont été l’objet de trafic et revendues sur le marché de l’art. Des toiles réapparaissent des années plus tard comme le portrait du pasteur Adrianus Tegularius, de Frans Hals, volé par Hitler en personne, et qui appartenait à la famille Schloss.

Certains objets d’art n’ont jamais été réclamés après guerre. 2000 d’entre eux ont ainsi été confiés à l’Etat en attente de retrouver leur propriétaire. En 2008, une exposition à Jérusalem a présenté 53 toiles spoliées pendant la Seconde guerre mondiale et jamais réclamées. Parmi elles, Les Baigneuses de Courbet.

Entre leur arrivée à Paris et leur défaite en 1944, les Nazis ont pillé des dizaines de logements de personnes déportées. Ils ont organisé une spoliation des biens juifs. Certains étaient des objets et œuvres d’art rares et d’une valeur inestimable. Si beaucoup d’entre eux ont été retrouvés intacts dans leur caisse de transport, dans le château de Neuschwanstein, qui servait d’entrepôt aux nazis, de nombreuses pièces d’exception ont disparu. Avant leur transport en Allemagne, les objets étaient triés, étiquetés et emballés par le Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg, une équipe de responsables nazis chargée de cette spoliation. En octobre 2010, le ERR Project a mis en ligne une base de données regroupant plus de 20 000 fiches et objets volés par les Nazis. Ces fiches descriptives ont notamment été rédigées au Jeu de Paume à Paris. 66 ans après, les familles des déportés peuvent ainsi espérer remettre la main sur quelques souvenirs familiaux.

Le site Rose Valland mis en place depuis quelques années par le Ministère de la Culture trace les oeuvres pillées

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Le pillage par les nazis des oeuvres d’art ( en anglais)

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