La Chronique littéraire d’Émile COGUT


Un roman de Paul MESA.

Bica Traves (prononcer Traverch, car l’héroïne est d’origine portugaise 26 ans, une tache de naissance sur le visage, haute d’1,49 mètre) travaille dans un hôtel de luxe de Saarbrücken en Allemagne. Sa mère, gouvernante de l’hôtel avec qui elle vivait, décédée depuis deux semaines revient, alors que Bica est occupée à trouver le moyen de reprendre contact avec un homme avec qui elle a eu une aventure de quelques minutes et qu’elle croit être le grand amour de sa vie et le père de ses futurs enfants. En plus, elle a depuis toujours l’idée de retrouver son géniteur qu’elle n’a jamais connu.
Toute l’action du roman tourne autour de cette situation de départ. Mais, entre chaque chapitre, Bica écrit de nouvelles pages à une lettre pour son père où elle lui décrit son enfance, sa jeunesse où sa mère l’entraine à travers la France (Marseille, Lyon, Paris, Strasbourg) jusqu’en Allemagne au rythmes de ses échecs amoureux.

Bica est une jeune femme complexée par sa taille, mal dans sa peau, totalement dépendante d’une mère possessive qu’elle apprend à connaître maintenant qu’elle est morte. Progressivement, elle perçoit que ce qu’elle pensait être une volonté de la laisser dans son enfance n’était qu’un moyen de la protéger, de l’empêcher de revivre les douleurs que la vie lui avait fait subir. Elle est devenue complètement autiste en ce qui concerne son amant, ne comprenant pas qu’elle n’avait fait que servir à assouvir les pulsions d’un homme (toute ressemblance avec un homme ayant (ou voulant) des relations sexuelles avec une femme de ménage dans un hôtel est tout à fait faisable), ne prenant conscience qu’elle ne faisait que vivre qu’un rêve éveillé qu’en le voyant agir de la même façon dans un autre hôtel, rêve qui correspondait qu’à la volonté de sa mère qu’elle se marrie avec un homme riche et protecteur.

Prise dans son délire de tomber enceinte car persuadée que ce n’est que quand elle aura un enfant que sa mère montera au Paradis, elle perse tous les préservatifs qu’elle trouve dans la chambre de l’hôtel à fin que la natalité reprenne. Mais là aussi, elle ne voit pas les conséquences de ses actes, le risque de propagation du SIDA.

L’héroïne ne s’appel pas Bica par hasard, car cela signifie café en portugais, et du café, il en coule des litres et des litres dans tout le roman, faisant de ce breuvage un personnage à part entière, un personnage très important de ce livre. Et puis, Bica est aussi un quartier de Lisbonne avec son funiculaire. Lisbonne, si bien décrite par Paul Mesa, la ville des origines, la ville de tous les fantasmes, la ville où tous les fils du passé se dénouent.

Les situations de « Les pères et les mères sont des humains comme les autres », sont totalement loufoques servies par des inventions d’écriture particulièrement originales comme la présentation de chaque personnage par sa taille et ce qu’il boit (essentiellement du café), ou par l’appellation de chaque chambre de l’hôtel par un membre de la famille de la propriétaire (chambre Papa Erich ou tante Gita). Le style de Paul Mesa est enlevé, enjoué, léger mais précis, chirurgical.

Mais ce n’est pas une sorte de pochade légère dont on ne se souvient plus une fois la dernière page lue.

Progressivement, on perçoit que le mal être de Bica est avant tout du à tous les non-dits, aux « secrets de famille » soigneusement cachés. Cachés pour la protéger, mais aussi cachés pour se protéger. Et Bica aussi a un terrible secret en elle…

Petit à petit, Bica va sortir de cet univers quand elle va connaître et comprendre tout ce que sa mère lui a caché pour la protéger et pour se protéger, tout ce qu’elle a fait pour ce qu’elle pensait être son bien et pourquoi elle avait refusé aussi qu’elle puisse voir son père. Elle comprend que les situations qu’elle vit ne sont souvent que la reproduction de situations que sa mère a vécues. Ainsi, quand elle comprend que son amant couche dans un hôtel avec une autre, des années avant, sa mère avait surpris son père avec une autre dans un hôtel. Petit à petit toutes les pièces du puzzle se mettent en place, et Bica finit par comprendre que les dérobades de sa tante aux questions sur son père, que toutes les actions de sa mère n’étaient dues qu’à l’amour pour elle. Que le père tant fantasmé était un homme tout à fait normal ayant souffert de ne pas avoir pu l’élever. Qu’elle ne pourra avoir un avenir qu’en se débarrassant des souvenirs du passé : « Je sais à présent que je ne veux plus m’encombrer du passé. La famille, ce n’est pas un magasin de vieilleries, c’est une provision de futur.»

A la fin du livre, on sait que Bica va enfin vivre en assumant, en acceptant d’être telle qu’elle est en toute connaissance de cause, et que maintenant elle va grandir …

«Les pères et les mères sont des humains comme les autres» apporte un moment de lecture agréable autour d’un personnage énervant et attachant.

Emile Cougut


LES PÈRES ET LES MÈRES SONT DES HUMAINS COMME LES AUTRES

Paul MESA

Éditions Albin Michel. 19€50 euros. Sortie le 7 mars 2013.


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