Si vous passez par Londres, voici une exposition à ne pas manquer à la Royal Academy. Elle est consacrée à George Bellows, un peintre américain (1882-1925), qui fut de son vivant très célèbre. S »il est tombé dans l’oubli, en tous cas de ce côté de l’atlantique, cela est peut-être du à sa mort prématurée à l’âge de 45 ans des suites d’une péritonite et à la gloire qu’eut son contemporain Edward Hopper (ils sont nés la même année) qui gomma sa mémoire. Il étudia aux Etats-Unis et devint l’élève de Robert Henri qui influença l’école américaine en traitant des sujets très ancrés dans le terreau social (The Ashcan School)

La peinture de George Bellows est très intéressante, pugnace, vibrillonnante, puissante, violente même, d’aucuns disent même réaliste (mais que signifie au juste ce mot?). Influencé par Matisse et les Fauves, sa peinture se fait matière, il peint comme il voit, par touches rapides, son pinceau accroche le temps.

Il a peint de nombreux tournois de boxe. Outre le noble art (on est avec lui au pied du ring, dans l’atmosphère enfumée des salles où la foule exulte et ou les deux protagonistes sur le ring se livrent une bataille terrifiante dans des corps à corps virils et sans concession, les corps en sueur des boxeurs se fondent en un maelström de chairs qui n’est pas sans évoquer Bacon), il peint aussi New-York et ses habitants, mais aussi la guerre avec ses atrocités, la Grande Guerre, les soldats. Témoin de son temps, c’est aussi un peintre social, il rend compte des cauchemars d’une société qui sépare les hommes selon leur couleur de peau, l’exposition présente ainsi un tableau représentant un noir lynché et brûlé par une populace blanche.

Au total 70 oeuvres sont exposées. Dans cette représentation acérée de la société américaine, une salle entière est consacrée à des portraits de femmes, Bellows maîtrise sa palette, il peint avec sobriété, ses représentations féminines, femmes élégantes ou femmes du peuple, sont droit sorties des univers de Daumier, Cézanne ou Manet.

1,2, 3 KO ! Dans le Purgatoire des peintres, George Bellows est enfin sorti de son long sommeil et revient en lumière, ce n’est que justice !

Timothy Orpington


George BELLOWS

Modern American Life at the Royal Academy of Arts

jusqu’au 9 juin

Burlington House, Piccadilly. London W1J 0BD


Illustration de l’entête. George Bellows. Stag at Sharkey’s, 1909, (Un match clandestin de boxe à Broadway). The Cleveland Museum of Art


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