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La chronique littéraire d’Émile Cougut.


Il faut bien l’avouer, à part une toute petite minorité, nous ne connaissons pas la sagesse chinoise. Tout au plus en avons-nous une idée, pleine de clichés, nous avons entendu parler de Confucius et vaguement du taoïsme, et à part quelques aphorismes, nous serions bien ennuyés si nous étions interrogés sur la religion en Chine.

Les 20 Clés pour comprendre la sagesse chinoise que viennent de publier Albin Michel et le Monde des Religions comblent quelque peu cette lacune.

A la fin de la lecture de ce petit livre, un grand nombre de «fausses vérités » ont disparu et un univers philosophique s’ouvre réellement à notre curiosité.

Le premier chapitre : « du chamanisme à la philosophie », nous montre que vouloir essayer de comprendre la culture chinoise au prisme de l’occidentale, par rapport à nos valeurs, ne peut amener qu’à l’incompréhension et aux non sens continus. En effet, l’occident a développé sa civilisation à partir de la théologie et de la métaphysique, alors que la Chine a basé son système de pensée autour de la cosmologie. L’univers pour eux ne se sépare pas entre la matière et l’esprit.

D’où une pensée dont les grands principes sont difficilement traduisibles en français. De fait, des principes de base il y en a peu ; le Tao, état primordial avant même l’un (en quelque sorte avant le Big Bang), traversé par le qi, traduit « souffle de vie », en perpétuel mouvement ; et bien sur le yin et le yang qui représentent les deux aspects d’une même situation, complémentaires, indissociables, l’un ne pouvant exister sans l’autre. Rien n’est yin, rien n’est yang, tout dépend du point de vue dans lequel on se place, une situation yin peut être perçue par une autre personne comme yang, voire changer de « polarité » par la même personne à d’autres moments. Le yin et le yang son l’emblème de ce changement perpétuellement en œuvre dans l’univers.

De là les trois grands courants de pensée qui ont structuré la civilisation chinoise. Le premier est le taoïsme qui se base sur l’œuvre apocryphe de Lao ZI (ou Lao Tseu), personnage plus mythologique que réel. Le taoïsme a un vrai projet cosmique : sauver les hommes. Tout homme, s’il sait éliminer par des exercices intellectuels et mentaux la racine de la mort présent en lui, peut recréer en lui un être parfait. Le second est le confucianisme qui tend à développer une conduite qui diminue la violence sociale et cela avant tout grâce à l’étude, Confucius il a plus de 2 500 ans est le premier humain a avoir ouvert une école pour tous et a développé une conception très laïque de la société : tout le monde peut entrer dans la fonction publique puisque ses postes ne sont ouverts que par concours et non par cooptation. C’est la première fois que l’égalité en droit fut aussi explicitement exposée, deux millénaires avant le siècle des Lumières. Le troisième courant de pensée est le bouddhisme, venu de l’Inde, qui n’a rien à voir avec le tibétain. En Chine, plusieurs écoles ont vu le jour, la plus connue des spécialistes est l’école contemplative du chan qui prône une technique de méditation active transmise de maître à disciple.

Véritable religion, le culte des ancêtres est la pierre angulaire de la pensée chinoise. Les premiers occidentaux l’ont appelé la « religion des pauvres » avec un vrai dédain car c’est plus qu’une religion, c’est une évidence sans temple ni clergé. Pour les chinois, mourir n’est que partir continuer à vivre dans le monde de l’invisible, sans rupture aucune, les vivants devant assurer le bien être de leurs ancêtres dans l’au delà. C’est une religion sans prosélytisme, sans temple, sans clergé.

Une grande différence entre l’occident et la chine est la notion du temps. Nous pensons le temps de façon linéaire avec un passé, un présent et un futur. Il n’en est pas de même pour les chinois qui ont une vision cyclique, récurrente du temps. Et cela a des répercussions jusque dans la grammaire car il n’y a pas de conjugaison.

Autre différence le nombre 5 qui est le plus important dans la numérologie et dans la symbolique chinoise. Ainsi il y a 5 éléments : à côté de l’eau, de la terre, du vent et du feu, les chinois rajoutent les métaux. Le ciel est divisé en cinq palais : le palais polaire et cinq périphériques qui correspondent à l’est, l’ouest, le nord et le sud.

Dans ce petit livre, on comprend l’importance philosophique de la gymnastique qui n’est qu’une façon de faire circuler le qi dans le corps. C’est une vraie thérapie préventive, parfois curative. Gymnastique qui se divise entre plusieurs écoles dont les plus connues sont les moines du monastère Shaolin (bouddhistes) et les moines du mont Wudang.

On comprend mieux à la lecture de 20 Clés pour comprendre la sagesse chinoise les fondements philosophiques de la calligraphie (le premier des beaux arts) ou de la médecine, et même le « management » à la chinoise.

Un autre univers intellectuel que le nôtre, univers différent, peu connu, parodié mais ô combien enrichissant pour ceux qui veulent progresser dans leur humanité.

Emile Cougut


20 Clés pour comprendre la sagesse chinoise.

Ouvrage collectif: L. Vandermeersch, V. Goossaert, C. Javary, C. Barbier-Kontler, J. Pimpaneau, I. Kamenarovic, F. Obringer, E. Steens, S. Faure.

Éditions Albin-Michel et Le Monde des Religions. 6,90€


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