Lu dans la presse française. LE FIGARO.

Après l’incendie qui a ravagé une partie de ce prestigieux bâtiment du XVIIe siècle, il faudra au moins deux ans pour le restaurer. Les propriétaires qataris et l’État s’y engagent.

Une catastrophe pour l’un des joyaux architecturaux de Paris: dans la nuit de mardi à mercredi, le feu s’est déclaré sous les toits de l’hôtel Lambert. Datant du XVIIe siècle, appartenant depuis cinq ans à la famille princière du Qatar, l’hôtel de l’île Saint-Louis était en travaux depuis trois ans. Mercredi après-midi, le feu était maîtrisé ; 170 pompiers avaient été mobilisés pendant plusieurs heures pour parvenir à limiter les dégâts.

Mais les faits sont là: un des rares décors du XVIIe siècle dû au peintre Eustache Le Sueur, qui ornait un petit cabinet, est totalement détruit. Il représentait des scènes mêlant des dieux et des nymphes, aujourd’hui méconnaissables et irrécupérables.
La charpente, d’où est parti l’incendie, a été ravagée, laissant un trou béant. «La structure est fragilisée, puisqu’un escalier et un fronton sur la partie centrale se sont en partie effondrés», indique le lieutenant-colonel des pompiers, Pascal Le Testu.

Aujourd’hui, tout est détrempé et les pompiers s’ingénient à pomper l’eau afin qu’elle ne s’infiltre pas, et ne détruise pas les pièces situées au premier étage. Parmi lesquelles il y a une galerie, dite galerie d’Hercule, peinte par Charles Le Brun, premier peintre du roi Louis XIV, qui s’illustrera dans la galerie des Glaces de Versailles. Elle aurait été endommagée par la fumée et pourrait être très abîmée à terme par les infiltrations d’eau.
«Tout n’est pas détruit, il faut prendre du recul et ne pas céder à l’angoisse», avoue de son côté, Alain-Charles Perrot, l’architecte en charge de la rénovation de l’hôtel particulier pour le compte de la famille al-Thani. «Nous allons sécher doucement les murs et les décors pour qu’ils n’éclatent pas, et prendre le temps d’une nouvelle restauration», explique-t-il.

La piste accidentelle privilégiée

Dépêchée sur place mercredi, en début d’après-midi, la ministre de la Culture Aurélie Filippetti indiquait que la police judiciaire était à l’œuvre et que, pour l’instant, il n’y avait «pas de cause identifiée» à cet incendie. Des témoins évoquaient un feu de cheminée (sic) commencé chez un voisin ; d’autres une négligence sur un chantier où les ouvriers travaillaient parfois la nuit. Il semble, selon les pompiers, que la cause accidentelle soit la plus probable, le feu ayant démarré entre la toiture et le plafond, endroit difficile d’accès. Mais le mélange de puissance et de discrétion, apanage de la famille al-Thani, donne lieu à toutes sortes de rumeurs autour d’un possible geste criminel.

Cet accident intervient alors que l’hôtel était en passe d’être totalement rénové, après trois ans de travaux conduits dans le plus grand secret, le bâtiment n’étant pas public. Près de 50 millions d’euros devaient être injectés dans sa restauration et celle de ses décors prestigieux. L’hôtel mis à neuf devait être «livré», selon l’expression des architectes, à la fin de l’année. «Les propriétaires ont fait savoir qu’ils mettraient tout en œuvre pour que l’hôtel retrouve son lustre», a indiqué Aurélie Filippetti avant d’affirmer que «les conservateurs de l’État ainsi que nos experts les y aideront».

Il faudra au minimum un an, voire deux, pour que les dégâts soient réparés et que la famille puisse reprendre possession des lieux. Cette fois-ci, elle sera assurée du soutien de tous. En 2009, une violente polémique avait éclaté au moment du démarrage des travaux, dont certains étaient inadaptés à un lieu classé monument historique.
Mercredi, outre la ministre de la Culture, Christophe Girard, maire du IVe arrondissement, Bertrand Delanoë, le maire de la capitale, puis Anne Hidalgo et Nathalie Kosciusko-Morizet, candidates à la mairie de Paris, ont volé au chevet de l’hôtel Lambert. Tous ont exprimé «leur tristesse et leur émotion» devant une nuée de reporters et de photographes, attirés par ce nouvel épisode qui frappe un édifice et des propriétaires hors du commun.


ÉCOUTER VOIR


Ces articles peuvent aussi vous intéresser

Notre site utilise des 'cookies' pour améliorer votre expérience et son utilisation. Si vous le refusez vous pouvez les désactiver. Accepter En savoir plus