Under the charm, the mystery and the radiant talent of Teresa Berganza


Invitée par l’association luxembourgeoise Nei Stemmen, l’immense cantatrice Teresa Berga a dirigé du 3 au 5 octobre une master class qui a réuni à l’abbaye de Neumünster dans le Grand Duché, de jeunes talents prometteurs.

Quatre jours de travail, mais aussi de joie, de complicité même entre les étudiants et Teresa Berganza, quatre jours mis à profit par ces jeunes chanteurs pour prendre en compte absorber et reproduire avec leur propre personnalité la foule de conseils et les méthodes données par la grandissime mezzo-soprano espagnole.

Tereza Berganza, quelle personnalité exceptionnelle! Son nom est devenu héraldique des rôles qu’elle a tenus: Dorabella, Zerlina et Cherubin; Rosine, Angelina et Isabella, La Périchole; Dulcinea; Charlotte, Carmen. Un rêve en musique! Sa voix est tout à la fois, délicate, sensuelle, mystérieuse, toute de grâce musicale et de vérité

Une master class cela tient tout à la fois d’une maïeutique pour tout à la fois donner des conseils et des petits trucs, des secrets d’artiste, des modus operandi, faire passer des messages, des intuitions et des sentiments, faire ressortir de chacun des participants le meilleur de lui-même, c’est aussi une confession partagée, un jeu de scène, une exaltation tant de la personnalité de l’invité et des élèves qu’une psychanalyse ouverte. Certaines master classes sont plus enrichissantes que d’autres, et a contrario il y en a parfois qui peuvent laisser un goût amer bien que cela soit très rare.

Cette rencontre avec Teresa Berganza fut en tous points exceptionnelle, cela tient tout à la fois de l’invité et des élèves, mais aussi à ce petit supplément d’âme (et dans toute l’étendue du terme), cet eggrégore qui s’établit, cette alchimie, ce partage entre l’artiste et son public ou ses élèves. Indubitablement tout a été réuni et a concouru dans cette belle abbaye de Neumûnster à Luxembourg pour apercevoir un petit coin de paradis, Teresa Berganza nous a aidé à le trouver .

Tereza Berganza, quelle carrière vertigineuse, au firmament du chant ! Une personnalité rayonnante. Très jeune elle rencontre Maria Callas qui lui prodigue des conseils et l’encourage dans sa carrière, elles deviendront amies. En 1958, à Dallas elle doit chanter dans Médée de Cherubini, elle est pétrifiée d’angoisse, Maria Callas est à ses côtés et l »encourage, «Je me rappelle, encore être arrivée près d’elle toute tremblante. Mais je dois dire que contrairement à beaucoup d’autres artistes que j’ai connus par ailleurs, Maria Callas était un ange. Alors que je lui demandais des conseils, elle m’a dit qu’elle pourrait également apprendre de moi ! C’était incroyable. Nous avons eu à ce moment-là une vraie et belle relation. Je me rappellerai toujours la manière dont elle m’a poussée sur le devant de la scène après l’une de mes interventions dans le rôle de Neris; son geste a été remarqué du public et l’ovation était pour elle également». L’auditoire jubile et est heureux tous comme les jeunes chanteurs sur scène qui savourent pleinement le moment.

Elle a chanté Mozart, on pourrait même dire qu’elle a été Mozart, puis Rossini, Haendel, Massenet ou Bizet. Elle a eu aussi (c’est elle-même qui le précise devant ses élèves) l’intelligence ainsi que le courage de bien choisir ses rôles, d’en refuser même quand certains directeurs des plus prestigieuses maisons d’opéra (la Scala par exemple) lui en proposaient de tenir et qui n’étaient pas dans son registre de voix. Elle a ainsi choisi de ne jamais chanter Verdi, quelles que fussent les invitations alléchantes et les demandes pressantes qu’elle reçût ! Elle a ainsi pu protéger sa voix et ne pas connaître ces désagréments de santé pour ses cordes vocales ou ces coups d’arrêt du destin que d’autres cantatrices hélas subirent pour n’avoir pas su dire non quand la voix n’était pas adaptée.

Quelle justesse de ton, quelles approches musicales respectueuses tout à la fois du beau chant, de la langue dans laquelle les oeuvres sont écrites, de la musique bien sûr, de la prononciation et aussi et surtout peut-être de la diction que d’aucuns chanteurs négligent quelquefois et qui est si importante ! La diction c’est la médiation fondamentale, le moyen d’atteindre la perfection et de restituer la richesse du texte chanté. Puis le livret, rien que le livret, Teresa Berganza a l’exigence modeste des grands artistes, fidèle au génie et à l’inspiration du compositeur, éternelle c’est à dire hors mode, juste et parfaite.

Madame Berganza a aussi une personnalité stimulante et sa liberté de ton, la force décapante de ses interventions sur la pratique de l’art lyrique fait tant de bien à écouter.

Elle sait aussi donner des conseils dans la technique du chant très précis et imagés : «Une chanteuse ce n’est pas seulement une voix, dit-elle, C’est la musicalité, l’expression, y compris celle du corps. On chante de la tête aux pieds. On ne doit chanter ni en vertical, ni en horizontal. Et la position de la bouche aussi est importante. Celle-ci doit être ronde, ouverte pour sonner. Mais pas en position de poisson. Les poissons chantent très mal!». Le public apprécie, rit et est aux anges, on applaudit très fort et les élèves jubilent.

Une master class c’est tout à la fois une recréation (une récréation parfois!) d’un air ou d’une partition entre le professeur et l’élève. C’est un temps du partage et de la transmission, une prise de relais entre deux générations, c’est aussi un moment de générosité ainsi qu’ un pari sur l’avenir, de l’optimisme, avec en prime de la joie, de la sérénité, de la passion et du sentiment. C’est, il convient de le souligner, beaucoup de travail et d’espérance aussi.

Dans la cadre presque intimiste de l’abbaye de Neumünster, la maestria, la subtilité, la simplicité de la grande cantatrice ont à n’en pas douter permis à chacun des jeunes artistes de peaufiner leurs styles et leurs expressions lyriques pour avancer vers un métier si difficile et tant espéré. Ce sera, pour tous ces jeunes-gens merveilleux, une étape fondamentale de leurs toutes nouvelles carrières, une bien belle pierre blanche, un moment lumineux.

Merci Madame pour les moments chaleureux et rayonnants que vous avez su nous donner, pour les rires et l’émotion, pour votre générosité et les enseignements que vous avez su prodiguer et faire partager, merci aussi à l’association Nei Stemmen d’avoir su organiser un si bel événement.

Pierre-Alain Lévy


Illustration de l’entête: Teresa Berganza parmi ses élèves de la master class 2013 à Luxembourg


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Teresa Berganza – la Matinale – 28-05-2013 par francemusique


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