Performing in Soweto, a theater non only a symbol, a necessity


C’est comme cela et il n’y a rien à y faire, et ce n’est ni une question de frontières ni de société politique, les passions sont éphémères, et les coups de coeur, soit qu’ils procèdent des médias ou de l’intérêt des publics ne durent bien souvent que le temps d’un cycle hebdomadaire, après on passe à autre chose et l’on entretient la motivation par d’autres sujets, d’autres actualités, et c’est au demeurant sémantiquement logique et naturel.

Notre actualité est à cet égard particulièrement révélatrice, la mort de Nelson Mandela a fourni l’émotion, le retour sur soi-même, rapproché la grande et la petite histoire, ravivé des plaies, présenté le vaste travail encore à accomplir pour en arriver à une société juste et apaisée, un monde international plus fraternel. Des images, dans leur fragilité intrinsèque, ont circulé, celles de la vie de Nelson Mandela et celles des grands de ce monde à ses funérailles. Quelque part, ces grands coups de projecteurs sur l’histoire en marche sont utiles, ils permettent en effet de faire le point comme l’on dit en langage photographique, de synthétiser et d’analyser un moment particulier, de faire la pose ( ou la pause!) et de se dégager ainsi du flot quotidien des myriades d’informations circulantes pour réfléchir ( j’aime bien ce mot à l’étymologie particulièrement intéressante et qui renvoie tout autant à l’être qu’à l’infini immatériel).

A peine les dernières délégations officielles étrangères parties et après que les majors des grandes compagnies internationales de télévision aient remisé leurs paraboles et tout le matériel de communication satellitaire, l’Afrique du sud retourne à ses problèmes et son deuil.

Poursuivons cependant quelque peu notre regard sur ce pays en nous intéressant particulièrement comme nous l’avions déjà fait dans un précédent article, à la vie artistique.

S’il est un domaine et avant tout un art qui rassemble tout à la fois la vie des hommes, pose leurs problématiques et s’inscrit d’évidence dans la société c’est bien l’architecture. Le théâtre de Soweto en constitue un exemple. Le nom seul de Soweto est en soi un symbole, il nous a fait découvrir le mot township, cet univers ghetto où vit une population autochtone sud-africaine dans la périphérie de Johannesburg. Que d’images cette fois se bousculent dans notre mémoire, celles du temps de l’apartheid, des manifestations de la population contre le régime et de leur répression folle et violente par les policiers et leurs chiens

Soweto blues, Samthing Soweto

C’est dans cette ville même de Soweto qu’a été inauguré il y a plus d’un an un théâtre. Il a couté 150 millions de rands soit près de 14 millions €. Pas une de ces constructions arbitraires consacrées à la culture édifiées comme un faux prétexte, le théâtre est bien inscrit au coeur de la ville le long d’une route utilisée quotidiennement par de nombreux piétons habitants de la cité. Sa création a fait l’objet d’un vaste consensus et sa construction a permis de créer de nombreux emplois. Des vastes baies du théâtre on peut voir les terrils jaunes des mines, tout comme cet urbanisme de boîtes d’allumettes caractéristique, le métro aux wagons jaunes et noirs, le campus de l’université de Soweto- Johannesburg et les fameuses tours de refroidissement, les Orlando Towers, recouvertes de vastes fresques décorées et monumentales

Soweto depuis l’indépendance a aussi subi de multiples transformations et son urbanisme tend tout doucement à se transformer : les petites maisons avec jardins et petits gazons ( et oui British Empire oblige, çà marque !) reflètent bien l’émergence d’une nouvelle classe moyenne, et puis il y a aussi ces vastes zones commerciales au coeur de Soweto( l’une d’entre elles est d’ailleurs la plus grande d’Afrique du sud), le palais des congrès avec centre de conférences, sans oublier le multiplex cinéma, ni bien sûr ( on est en Afrique du sud) le festival annuel du vin et la toute nouvelle fashion week. Voici pour l’environnement. Il faut cependant avoir à l’esprit que si l’Afrique du sud a l’économie la plus florissante de toute l’Afrique, 23% de sa population vit en dessous du seuil de pauvreté

Le théâtre de Soweto et son architecture

Partant du principe symbolique de la boîte noire qui dans le théâtre et sans nulle relation avec le système aéronautique, désigne une salle entièrement modulable, la construction s’articule en 3 entités architecturales, 3 cubes qui abritent chacun une salle de spectacle. Trois salles donc, 430 places, 180 places et 90 places. Au dehors, chaque espace, chaque cube, un peu à la manière d’un lego monumental, a une identité visuelle parfaitement reconnaissable, les angles ont été adoucis et arrondis tandis que les murs extérieurs ont été recouverts et décorés de 200 000 tuiles de couleurs vives.

Les bords du complexe culturel sont définis par deux murs de forteresse incurvés contenant trois boîtes à l’habillage vitaminé ainsi que d’autres espaces auxiliaires vêtus de noir et blanc. Le design des murs extérieurs a exigé que le système de revêtement soit courbé horizontalement et verticalement, créant une forme parabolique. ArcelorMittal a fourni les panneaux modulaires, ajustés sur place. Le revêtement de bardeaux d’acier, choisi pour sa flexibilité et sa robustesse, a été appliqué dans des couches multiples pour maximiser l’isolation phonique comme thermique. Un large auvent métallotextile, composé de pointes triangulaires, protège l’espace extérieur devant l’entrée du bâtiment. In Le Moniteur.

Une rue piétonne relie les différentes salles et les différentes annexes administratives. Tout autour du théâtre et par delà des vélums et de vastes espaces pour accueillir les publics pour des fêtes et festivals.

Commencé en juin 2009, ce théâtre occupe une surface de 5900 m2, il démystifie le théâtre et répond aux besoins des habitants. Au temps de l’apartheid les artistes ne disposaient pas à Soweto d’un lieu attitré et étaient contraints à produire des spectacles nomades pour reprendre le bon mot de Jacques Attali. Avec ce théâtre de Soweto, c’est tout le théâtre dans son extraordinaire vitalité qui pénètre la cité et prend ses quartiers et sert de passerelle et de médiateur rassemblant les différentes cultures, c’est aussi et surtout toute une population, celle de Soweto, qui trouve à domicile la ressource culturelle au coeur de la cité. On ne peut bien entendu évoquer Soweto et son dynamisme culturel sans faire références à tous ces chorégraphes, ces danseurs, ces multiples compagnies de danse qui pratiquent avec talent la danse moderne ou expérimentale comme la danse traditionnelle africaine.

Ce bâtiment, conçu par le cabinet Afritects a été désigné finaliste deux fois cette année pour son design et son architecture dans le cadre du Most Beautiful Object in South Africa 2013 et des 2013 GIFA Awards.

Ce théâtre s’inscrit dans un projet urbanistique plus vaste (Jabulani Business Node) qui inclut un hôpital provincial de 300 lits, une zone résidentielle de petits immeubles de 3 à 5 étages, 25000 m2 de surfaces commerciales et 10.000m2 de bureaux

Pierre-Alain Lévy avec la collaboration en Afrique du sud de Brian Hamity


Architects: Afritects

Responsables du projet : Laurence Chibwe, Clara Cruz de Almeida, Tatenda Mavunga, Sergio Duarte, Tony de Oliveira

Maître d’oeuvre: Johannesburg Property Company (JPC)


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