Three very witty and facetious short stories. A love affair at the Court. A very peculiar Pope elected in Roma. In France, God tries to calm down French people and to get rid of coitus influence


La chronique littéraire d’Émile COUGUT


Tous les lecteurs (dont je ne suis pas) de la « presse populaire » connaissent bien sûr le roi Rourik VI de Transmontanie qui abdiqua le jour de son accession au trône permettant ainsi à sa mère la reine Cunégonda III de reprendre la régence jusqu’à ce que son petit fils puisse régner. Grace à Stéphane Hoffmann nous savons (enfin) pourquoi celui qui fut surnommé le « méchant prince » a préféré se retirer et disparaitre la vie publique après son mariage totalement arrangé avec une serveuse nymphomane (enfin ayant plutôt une vie sexuelle totalement libérée de tous les tabous de la société), avec une princesse dont il était (ce qui est totalement aberrant pour un futur monarque) amoureux. De plus cette princesse était fort peu appréciée car au lieu de parler chiffons, de passer son temps à des inaugurations et autres manifestations mondaines faisant rêver le bon peuple, elle préférait la culture (ce qui est un manque de goût total quand on est née avec une couronne sur la fontanelle). On demande à une princesse de savoir sourire, de bien s’habiller, sûrement pas de penser, de réfléchir, et encore moins d’être amoureuse d’un futur roi (car en plus elle aime Rourik). Un vrai mariage d’amour, voilà ce qui ne plaisait pas à cette « presse populaire » et donc aux sujets de Transmontanie qui trouvent que leur prince, leur futur roi, est vraiment méchant puisqu’il refusait de les faire rêver en se comportant comme tout un chacun et non comme une sorte de Dieu qui les fait rêver. L’inverse d’Edouard VIII d’Angleterre mais avec le même résultat.

Et nous retrouvons Rourik (avec sa concubine l’ex princesse Sabrina) gérant de l’auberge du lac de la truite bleue (dont la cuisine donne l’eau à la bouche au lecteur) où, de temps en temps, certains de leurs cousins, comme un certain Charles et sa femme Camilla, viennent fuir la superficialité des obligations liées à leur statut social. Le monde entier a été étonné des premiers mots du nouveau pape Pie XIV (XIII portant malheur) quand il a déclaré dire ce qu’il pensait « véritablement » de la parabole des talents (Matthieu XXV, 14-30). Grâce à Stéphane Hoffmann nous avons une biographie du souverain pontife, sorte de Saint Augustin, qui après une jeunesse dissipée devient le desservant d’une petite paroisse de Val d’Aoste sous le nom de padre Pio pour être nommé, grâce à de soutiens occultes dont la reine Cunégonda III et son ancienne (et actuelle) maîtresse, évêque (puis cardinal) d’Ederly, capitale de la Transmontanie. Ascension due essentiellement à l’adaptation qu’il su faire par rapport à son public quand il était en chaire de la parabole des talents (Matthieu XXV, 14-30).

Les histoires de Rourik et celle du padre Pio forment les deux premiers récits du « Méchant prince et autres histoires sans morales » de Stéphane Hoffmann que viennent de publier les éditions Albin Michel. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’auteur n’y va pas de main morte comme on dit ! C’est un pamphlet, une caricature, la vérité à peine déformée de ce qui fait rêver le « bon peuple » C’est, sous certains aspects, un brûlot contre tout ce qui est superficiel, contre le « peepol ». C’est une série de tableaux sans complaisance de la superficialité de la vie des monarques dans nos sociétés occidentales qui, venant de rien, ne sont là que pour « amuser » le peuple, lui faire oublier les vicissitudes de la vie quotidienne. « Souvent, les rois ne sont que des soudards qui ont réussi. » (l’histoire des Grimaldi est parfaitement résumée…) « Nous sommes (les rois et les reines) là pour adoucir la vie des gens. Pour les faire rêver. »
Dans leur travail, ils ont un allié objectif (et quand on connait la façon dont Clovis et ses héritiers ont pu imposer leur pouvoir grâce aux évêques, c’est historiquement une évidence) : l’église catholique. Le Pape Pie XIV en est le symbole lui qui ne doit son accession au trône de Saint Pierre que par l’action des intrigues de couloirs mais surtout grâce à son talent d’adapter ses prêches à son auditoire du moment. « L’église n’existe en réalité que pour nous permettre de passer le plus tranquillement possible le temps que nous avons à vivre ici-bas. Quand à ce qui pourrait se passer après notre mort, franchement, bien malin qui pourra l’assurer. L’essentiel est que le peuple le croie, ça lui adoucit la vie. »

La troisième nouvelle de ce recueil ne comporte qu’une petite allusion à la Transmontanie puisque l’action se passe en France. Dieu a choisi ce pays pour rendre les hommes heureux. Pour ce faire, il essaie de défaire ce qui le rend malheureux : l’ambition, la frénésie sexuelle (on a envie de faire l’amour que de midi à 13 heures), et la crainte de la mort (tout le monde meurt à 100 ans 1 jour et une heure). Mais Dieu doit vite déchanter et mettre fin à son expérience.

Le méchant prince et autres histoires sans morales est une variation originale sur la recherche du bonheur, sur les difficultés que l’homme rencontre pour essayer de l’atteindre (d’autant que c’est même hors des compétences de Dieu). Pour l’atteindre autant faire ce peu, il a besoin de rêver en s’inventant des modèles, il a besoin d’entendre ce qu’il veut entendre, il a besoin de croire.

Stéphane Hoffmann est parti d’un sujet souvent abordé et a su le traiter de façon originale, avec un humour fin, sans aucune trace de vulgarité.

Emile COUGUT


Le méchant prince et autres histoires sans morales

Stéphane Hoffmann

Éditions Albin Michel. 18,50€.
sortie librairie le 6 février


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