The hero of this novel suffers from the Asperger syndrome


La chronique littéraire d’Émile COUGUT


« La mer, la vaste mer console nos labeurs», cette citation tirée des Chants de Maldoror de Lautéamont, pourrait parfaitement servir de conclusion, voire même de résumé, de La rose des vents de Frédéric Dany que viennent de publier les éditions Michalon.

Pour éviter au lecteur de se plonger dans son dictionnaire médical préféré, je tiens avant tout chose de préciser que le syndrome d’Asperger est une forme d’autisme qui touche des enfants ayant un coefficient intellectuel « normal ». C’était de cette maladie que souffrait Christopher, le garçon décrit par Marck Haddon dans son livre « Le bizarre incident du chien pendant la nuit ». C’est de ce syndrome que serait atteint Xavier un des deux héros de « La rose des vents ». Les spécialistes ne seront peut-être pas d’accord avec ce diagnostic, car Xavier ne parle pas, ou si peu, mais ce qui est certain c’est qu’il est autiste, avec tous les problèmes que cela peut poser à son entourage.

L’autre héros est le narrateur, Dimitri, son oncle. Ce dernier est un « routard », un jeune homme qui a choisi d’être sans domicile fixe, avant tout par engagement politique, qui fréquente les milieux anarchistes ou d’extrême gauche, mais surtout, c’est un solitaire, ayant choisi de vivre hors de la société, d’avoir le moins de contacts possibles avec ses congénères. Le seul lien affectif qu’il a est celui qui le lie à Marie Jeanne, dépressive chronique, mère célibataire de Xavier. Après une nouvelle tentative de suicide, elle demande à son frère de s’occuper de son fils. Il accepte cette mission, le garde une quinzaine de jours dans l’appartement de la jeune femme à Granville, mais part pour aller chez sa mère à Loudun car les voisins en villégiature ne supportent pas les hurlements de l’enfant. Par un concours de circonstances, ils se retrouvent à La rose des vents, une communauté quelque peu utopique, composée de 8 membres, tous meurtris par la vie, habitants sous un échangeur d’autoroute. Mais ils doivent repartir pour que Marie Jeanne récupère son fils. Le mois qu’il passe à la rose des vents transforme Xavier, il ne hurle plus tous les soirs, totalement libre de vivre, il arrive à créer des liens avec son entourage. Le retour à Granville le replonge dans sa prison.

La Rose des vents est un livre sur la solitude, la solitude de Xavier (à cause de sa maladie), la solitude de Dimitri (à cause de son caractère et de ses choix de vie), la solitude des membres de la communauté (de par leur passé). C’est aussi un livre sur la différence : tous les personnages, ne rentrant pas dans le « moule » où la société voudrait les placer, sont rejetés par elle et doivent vivre comme des marginaux. De fait, la marginalité est plus une conséquence du rejet des autres qu’un véritable choix.

La Rose des vents est aussi un livre sur la communication, et encore plus sur les difficultés de la communication et la violence que la non communication peut engendrer. Xavier est violent, Dimitri est violent, et même à la rose des vents, dans cette utopie communautariste, c’est l’impossibilité qu’a Saturne à communiquer par la parole qui le pousse à l’irréparable… Marie Jeanne veut communiquer avec son fils, mais comme elle le veut, en fonction de ce qu’elle pense être une « communication normale » (une mère doit pouvoir faire des câlins à son fils), ce qui engendre une grande violence de sa part contre elle et contre Xavier.

Solitude, impossibilité de communiquer, rejet de la marginalité sous toutes ses formes par la société expliquent le geste de Dimitri à l’encontre de Xavier, Dimitri le seul qui a réussi à aimer Xavier en tant qu’individu, en tant qu’être humain à part entière. Xavier, la personne la plus libre de cette histoire.

« Xavier, tu es la preuve que ce monde n’accorde d’importance qu’au travail, au confort et à toutes sortes de systèmes de profit, en dépit des plus faibles dont tu fais partie avec ta tête de débile et tes habitudes de taré. Notre époque ne laisse aucune place à ceux qui vivent aux ordres de leurs sensations, à ceux que le hasard émerveille encore, à ceux qui cherchent à entrer en contact, d’une manière ou d’une autre, avec toutes les espèces vivantes, animales ou végétales, et qui trouvent même dans le minéral quelque chose… d’existentiel

Tout est dit.

Emile Cougut


La Rose des vents

Frédéric Dany

éditions Michalon. 18€.
sortie en librairie le 13 février


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