Good feelings in art scarcely generate masterpieces !


Qui eût pu pensé à la collaboration de Walt Disney et de Salvator Dali pour la réalisation d’un film d’animation, un dessin animé comme l’on disait alors, et pourtant !

À l’origine un projet mis au point dans le secret entre 1945 et 1946 entre les deux créateurs, et imaginé selon Dali et Disney dans le même esprit que Fantasia (réalisé par Disney en 1940). Le sujet envisagé le temps, le destin, Chronos ( Destino en sera le titre) convient à merveille au peintre catalan, il pourra à loisir utiliser tout le potentiel technique du film d’animation pour y développer les méthodes freudiennes de la« paranoïa-critique» qui lui sont chères. Dali réalise pour ce film un travail préparatoire conséquent, près de 22 peintures et 135 dessins.

Hélas, des difficultés financières et commerciales, nul ne sait vraiment, mettent fin au bout de quelques mois à la réalisation du film et le projet est abandonné en 1946.

Il faut attendre plusieurs dizaines d’années pour que l’idée soit reprise. Walt Disney est mort depuis longtemps(1966) et Dali s’est éteint en 1989. C ’est en France, en 2003, dans les studios Walt Disney à Montreuil, que l’idée du film est ressourcée, le film est supervisé par Dominique Monféry avec la collaboration de John Hench qui avait participé au projet initial .

Patatras, c’est autour d’ une musique sirupeuse et nulle d’un compositeur mexicain, digne des plus plates musical comedies américaines à l’eau de rose, que s’articulent les différentes séquences. Las, si l’on a pu dans le cadre de cette chronique consacrée au film d’animation admirer quelques pépites, quelques dessins animés bouleversants, sensibles, et tout simplement beaux, dont pour certains d’entre eux, inspirés par la grande peinture et les plus grands maîtres, de parfaits objets d’art, quelle déconvenue avec ce brouet pseudo inspiré du surréalisme, cette petite eau sans nulle intelligence et finesse artistique. Il y manque de la pâte, une main, une vision, une sur-vision, en un mot c’est une mauvaise reproduction, une pâle copie initiée par de mauvais faiseurs, sans talent ni âme!

Le néo-classicisme de Dali sublimé par l’invention surréaliste que l’on connait dans ses oeuvres est ici dans Destino, réduit à une animation sans puissance et d’une médiocrité dont on ne voit guère qui pourrait s’en satisfaire. Beaucoup de mièvrerie, des poncifs. Qu’on est loin du génie de Fantasia, qu’on est loin des objectifs de Walt Disney de rapprocher par la grâce du dessin animé un grand artiste (un musicien ou une oeuvre) d’un très vaste public sans barrière d’âge, amateur de cinéma, qu’on est loin de la dynamique, de la fantaisie et du génie conceptuelle au coeur de la pensée freudienne du maître de Figueras. J’imagine (enfin c’est une façon de parler), qu’il a du se retourner dans sa tombe…

Et pourtant ce film a reçu quelques remarquables distinctions dans des festivals internationalement reconnus, bref…!

Pierre-Alain Lévy



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