«Who loves me, loves my favorite books  », wouldn’t it be a nice new proverb, no… ?


La chronique littéraire d’Émile COUGUT.


Aurélien Delsaux vient de publier son premier roman, au lecteur de voir si ce « coup d’essai est un coup de maître ». Ayant lu Madame Diogène, j’ai mon avis, mais je n’ai pas la suffisance de croire que mon jugement a une telle valeur que je me suis transformé en gourou des bonnes lectures. Etant un lecteur libre, je reconnais la même liberté à tous les autres lecteurs. Heureusement, car je peux partir dans des discussions sans fin au sujet d’un auteur, d’un livre avec d’autres lecteurs. C’est l’échange qui fait progresser la réflexion ; et une vraie ouverture d’esprit aux arguments, à la perception d‘autrui, permet un enrichissement personnel non négligeable.

Madame Diogène est une femme seule qui ne vit pas dans un tonneau comme le philosophe sceptique mais dans un appartement. Elle est une vraie recluse, ne sort jamais, le seul contact tenu avec l’extérieur se fait par le biais de sa nièce quand cette dernière lui apporte quelques provisions. Comme le célèbre grec, elle n’a strictement aucune hygiène, d’où des odeurs qui représentent une gêne certaine pour ses voisins. Madame Diogène, avant son enfermement volontaire a ramassé durant de longues nuits, des détritus, des affiches publicitaires qu’elle a entassés dans son appartement. Elle n’y vit pas seule, toute une faune y a élu domicile. Madame Diogène vit dans un immeuble, elle a donc des voisins qui ne supporte pas son mode de vie et la menace d’appeler les pompiers pour la déloger.

Madame Diogène est ce que « les gens normaux » appellent une folle. Elle vit dans son monde, sans aucun rapport social, seules les fonctions organiques rythment sa vie : manger, dormir, etc. Elle écoute les bruits de l’immeuble ou elle regarde la rue, une sorte de monde en réduction, de sa fenêtre. Tout ce qu’elle entend, tout ce qu’elle perçoit, est une violence contre laquelle elle se protège : violence des voisins contre elle mais aussi entre eux, violence des automobilistes, violences de cette société où les gens se côtoient sans se parler, sans tisser de rapports entre eux. Les seuls liens peuvant les unir, se forment quand leurs intérêts communs sont en jeu : contre les odeurs émanant de l’appartement de Madame Diogène, contre la musique du jeune couple qui est trop forte. Contre ses agressions, Madame Diogène vit dans son passé, le présent lui étant insupportable. Ce n’est pas une philosophe, son attitude n’est pas le résultat d’un choix issu d’une longue réflexion sur la nature humaine, mais une attitude « d’autodéfense ». Combien de Madame Diogène vivent auprès de nous dans l’indifférence générale et la nôtre en particulier tant nous sommes enfermés dans notre petit univers sans percevoir les souffrances de nos voisins. Le voisin est trop souvent perçu comme une gêne et non comme un être humain ayant son vécu, ses souffrances. Face à ce constat Madame Diogène ne fait qu’occuper la place que les autres lui ont assignée.

Madame Diogène est un livre court, au style est incisif qui se lit d’une seule traite. Coup d’essai ? Oui, et il nous tarde de lire son prochain roman afin de suivre cet écrivain prometteur.
Emile Cougut


Madame Diogène

Aurélien Delsaux

éditions Albin Michel. 13€50
sortie en librairie 20 août 2014


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