Last term before death. A novel full of emotion and deep humanity


La chronique littéraire d’Émile COUGUT.


Laure Brenner va mourir, elle le sait et accepte cette échéance qu’elle sait proche. A 48 ans elle est atteinte d’un cancer qu’aucun traitement n’est arrivé à endiguer. Elle fait partie de ces quelques cas qui sont en marge des moyennes statistiques. Elle a refusé consciemment toute continuation de ces traitements sans réels effets sur la maladie, qui peuvent, soit, prolonger sa vie quelques temps, mais dans des conditions qu’elle refuse vu les effets secondaires qu’elle sait devoir subir.

Cette décision, elle l’a prise en accord avec son mari Louis, plus âgé qu’elle d’une vingtaine d’années et qui aurait du partir avant elle. Leur fils Alex lui aussi a été associé à cette démarche. Tous les deux comprennent et font tout leur possible pour accompagner leur épouse et mère dans cette épreuve. Louis, maintenant qu’il est à la retraite cherche des médecines alternatives, des moyens non médicaux pour aider Laure à guérir. Est-il dupe de la vanité de ses démarches ? Peu importe, et pour lui, et pour elle, ce qui importe est l’image d’optimisme, sa volonté de la faire rêver sur un avenir commun à long terme.

L’amour d’enfance et d’adolescence de Laure, devenu son meilleur ami, Paul est victime d’une amnésie totale. Laure va essayer, en lui comptant des anecdotes de leur passé commun, de lui faire retrouver la mémoire. Moments particulièrement bien analysés, décrits par Christine Cerrada, que ces échanges entre celui qui n’a pas de passé mais un présent et un avenir à bâtir et elle qui n’a qu’un passé et un présent, sans aucun avenir. S’ensuivent de très belles pages pleines d’humanité sur le temps, le présent, la façon de le vivre pleinement, sans vraiment se projeter sur ses conséquences à plus long terme.

Puis s’organise un voyage de Paris avec Louis, Paul et Alex, pour une maison en Bigorre, là où Laure a passé son enfance, dans une maison immense où, en regardant le Pic du Midi du bureau de l’ancien propriétaire, elle va pouvoir trouver une sérénité totale face à la mort et de « passer de l’espoir à l’espérance ». Laure est croyante, aussi se questionne-t-elle souvent sur Dieu. Des questions simples « pourquoi ?, pourquoi moi ?, pourquoi maintenant ? », que tout un chacun se pose s’il se retrouve dans le même état qu’elle. Nous sommes en Bigorre, alors bien sûr, elle va avec Paul à Lourdes, mais pas dans l’espoir d’un miracle, non, pour trouver ce qu’elle y trouve : cette espérance dont l’absence ne lui permettait pas d’être sereine dans sa marche vers la mort, vers « le pays du silence ».

La façon dont Christine Cerrada aborde ce grave sujet est pour le moins originale : son livre est la retranscription par Louis des cassettes audio que Laure a enregistrées les derniers mois de sa maladie. Et si le livre s’achève, la dernière phrase nous fait comprendre qu’elle est si fatiguée qu’elle ne peu même plus dicter et que plus jamais elle ne pourra recommencer. C’est donc Laure qui nous interpelle directement, pas un tiers et encore moins un médecin, d’où l’humanité qui se dégage de ce récit qui se transforme en un témoignage, une sorte de mémoires qui ne peut que faire réagir, réfléchir les humains qui le lisent.

Christine Cerrada a un vrai talent pour décrire, positionner tous les acteurs de cette histoire, même les personnages secondaires comme Véronique l’infirmière, Berthe la terrible gouvernante bigourdane, Marcellin le rebouteux, Marion, la petite sœur, et d’autres qui apparaissent au fil du récit sont particulièrement bien positionnés. Et, au-delà des apparences, de ceux qu’ils sont en société, ils sont tous présents pour accompagner Laure. Tous font preuve d’empathie, d’humanité, tous ne sont que des êtres humains réagissant à la mort en fonction de ce qu’ils sont vraiment.

Toute la philosophie du livre de Laure, mais aussi des malades incurables qui ont surmonté la phase de révolte pour celle de l’acception, se trouve dans cette réflexion de l’héroïne : « Le bonheur est peut-être le plus grand obstacle à la sérénité, puisqu’on s’y accroche de peur de le perdre. »

Le Pays silencieux aborde de façon originale, emprunt d’un grand humanisme, une des questions récurrentes que l’homme se pose depuis la nuit des temps : « pourquoi dois-je mourir ? » « Qu’est-ce que la mort ? ». Christine Cerrada, à travers Laure, nous aide à surmonter nos angoisses.

Emile Cougut


Le Pays silencieux

Christine Cerrada

éditions Michalon. 19€. sortie en librairie le 28 août


WUKALI 20/08/2014


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