Stop animal killing , stop animal suffering, stop animal genocid, substitutes for literary inspiration


La chronique littéraire d’Émile COUGUT.


Un tueur en série sévit aux Etats-Unis. Il tue ses victimes comme celles-ci ont tué des animaux : un producteur de foie gras est gavé, une adepte de la chasse à cour est dévorée par une meute, un pêcheur d’ailerons de requins se noie après l’amputation de son bras, un chercheur dans un laboratoire est victime d’un des virus qu’il étudie sur les chiens, etc. Le F.B.I. mène l’enquête. Après plusieurs rebondissements et fausses pistes, l’auteur finit par être arrêté.

L’idée est excellente. Les actions des antispécistes sont de plus en plus visibles et relayées par les médias. Il arrive parfois quand on se promène en ville de voir un individu enveloppé de film alimentaire dans une barquette, la Californie interdit le gavage des canards et des oies (en oubliant que naturellement certaines races se gavent pour avoir assez de réserves afin de migrer), des laboratoires sont saccagés nuitamment, et il arrive que des chercheurs soient assassinés. L’histoire de Label rouge concerne donc un vrai thème de société. De tout temps, il y a eu des mouvements, des courants de pensée, des philosophies qui ont dénoncé les souffrances animales et dont les adeptes refusent la consommation d‘aliment carné. Sans aller jusqu’à la philosophie pythagoricienne, il suffit de penser aux indous. Il est certain que depuis une vingtaine d’années, dans nos sociétés occidentales, ces courants sont de plus en plus visibles, dans le sens où ils ont un accès aux médias bien plus facile. Cela est du soit à une vraie politique de communication à partir de « coups » spectaculaires, soit grâce à « l’aura » médiatique de ses membres. On pense bien sur à Brigitte Bardot, mais aussi Aymeric Caron qui connait bien les médias puisqu’il est journaliste.

Plus ils sont visibles, plus en quelque sorte ils sont violents, du moins en paroles, plus ils développent un discours de culpabilisation, plus ils se montrent intransigeants, se comportent comme des messies, de véritables gourous qui nous annoncent quasiment la fin de l’humanité si l’homme continue dans cette voie. Ils dénoncent l’instrumentalisation des animaux servant à tester des produits pour améliorer la condition humaine, non seulement les produits cosmétiques, mais aussi les molécules qui peuvent servir à sauver des vies. De fait, il suffit de les écouter pour comprendre que le fond de leur pensée est toujours la même, celle en outre du commandant Cousteau, il y a trop d’hommes sur terre, il faut au moins faire en sorte que deux ou trois milliards disparaissent et la terre et les animaux iront bien mieux.

Et je ne parle pas de leurs contradictions : le jour où il n’y aura plus de corridas, les races de taureaux qui sont élevés dans cet unique but à cause de leur agressivité, disparaitront car trop dangereux, ce qui est un comble pour les défenseurs de la biodiversité !

Donc, le thème de Label rouge est vraiment un thème d’actualité

Michael Ween dénonce dans quelques pages bien « dures », par des descriptions froides, l’exploitation des animaux. Après la lecture de Label rouge, il est difficile de manger du foie gras, enfin, du foie gras industriel, c’est-à-dire cette sorte de pâté sans goût qui n’a rien à voir avec celui qui est encore élaboré de façon artisanale. Indéniablement l’auteur est comme son héros, un vrai militant antispéciste, et il a tout à fait le droit de défendre ses idées dans une fiction.

Si je m’attarde sur l’intrigue et non sur le message, je serai bien plus critique. Le nombre d’invraisemblances, de « raccourcis », le rapprochement de faits totalement différents (des meurtres liés à la condition animale et une tentative d’enlèvement d’un professeur spécialiste des nanotechnologies), donnent l’impression que l’auteur n’arrive pas à finir son histoire, qu’il est dépassé par elle, qu’il ne maîtrise pas son déroulement.

La collection GORE

éditée de 1985 à 1990 par Fleuve noir puis par Vaugirard ne comporta que 118 numéros. La constante de cette collection était le dépassement de l’horreur pour aller vers le sanguinolent, l’inconcevable dans l’inhumain. Il fallait pour être édité au moins une scène où un être humain décédait à cause de tortures que le pire des sadiques a du mal à imaginer. Peu importait les qualités « littéraires » du livre, ce n’était pas ce que cherchait le lecteur ! Dommage qu’elle ne perdure pas, car Label rouge y trouverai naturellement sa place. Il y a des scènes bien « gore ». Au niveau de l’écriture, il y aurait beaucoup de choses à dire. Mais je m’abstiendrai, car je suis le premier à reconnaitre que moi-même quand je prends ce genre de livre, ce n’est pas pour y trouver un français pur, une grammaire parfaite, un vocabulaire riche et précis, des phrases travaillées où chaque mot se trouve exactement à la place où l’évidence le place. Je n’irai pas dans cette direction, mais toutefois, je fus gêné dans ma lecture (et c’est rare que je sois gêné, je sais me montrer très (trop ?) tolérant) quand l’auteur écrit « le hiérarchique » pour désigner le capitaine Baryton. Une fois, je pense à une erreur d’écriture et à une correction trop rapide, à partir d’une dizaine de fois, c’est une vraie volonté de transformer un adjectif en substantif. Et oui « hiérarchique », si j’en crois mes dictionnaires comme celui de l’Académie Française, le Robert et le dernier Larousse (sur des supports papier, pas informatiques), est bien un adjectif. Vu le nombre de pages et donc de mots que contient ce livre, ajouter « supérieur » avant « hiérarchique » n’aurait en rien rajouté à la lecture, mais l’aurait rendue bien plus limpide et plaisante.

Un des reproches que je puis faire à Label rouge (s’il avait était édité dans la collection GORE, je n’aurais pas fait cette remarque car le nombre de pages étaient limitées) est non sa longueur mais le manque de synthèse, les digressions, les apartés qui rallongent inutilement le récit. Le chapitre qui introduit un personnage secondaire, Karine, dure 32 pages, alors que deux ou trois auraient largement suffit pour la compréhension de l’histoire. Ces pages en trop n’ajoutent rien. Il en est de même pour des dizaines de scènes, de réflexions qui alourdissent le récit sans l’éclairer en rien. Soit, je comprends la démarche de Michael Ween, il veut tracer en quelque sorte des portraits psychologiques, créer des atmosphères, mais avec un vrai travail d’écriture, il aurait abouti au même résultat avec au moins une bonne centaine de pages en moins ! La synthèse est un exercice difficile, très difficile qui implique l’emploi du mot précis à un moment donné dans le déroulement de l’histoire. Mais quand l’auteur y arrive, après un travail qui dure bien plus longtemps que celui de la simple écriture, alors le lecteur se laisse bien plus facilement porter par le récit, par le message de l’auteur. Il faut être un génie pour écrire Les Misérables, Guerre et Paix et autre Don Quichotte ou A l’ombre des jeunes filles en fleur sans lasser le lecteur, sans que celui-ci soit tenté de sauter quelques pages pour passer plus vite à une autre lecture. Du génie et énormément de travail.

Emile Cougut



Label rouge

Michael Ween

Éditions Bookelis. 15€99


WUKALI 07/10/2014


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