An oustanding opera house, a unique place to sing Offenbach’s Tales of Hoffmann



La chronique de Florian LACONI.


Le 16 mai 1770, le Dauphin Louis Auguste ( le futur Louis XVI) qui avait encore toute sa tête, épousa Marie Antoinette d’Autriche. C’est à cette occasion que fut inauguré l’Opéra royal de Versailles, dont la construction avait été commencée en 1768 sous le règne de Louis XV qui, avec cet édifice, parachevait l’œuvre du Roi Soleil.

244 ans plus tard, c’est avec le chef d’œuvre d’un de mes plus vieux compagnons de route lyrique, Jacques Offenbach, que j’ai eu l’occasion de fouler sa scène en interprétant le rôle titre de l’œuvre posthume du compositeur, Les Contes d’Hoffmann inspiré des Contes Fantastiques d’E.T.A Hoffmann.

Ce ne fut pas une première pour moi puisqu’en 2012, j’avais déjà eu la chance d’y chanter un autre de mes rôles fétiches, Don José de Carmen dont nous aurons sûrement l’occasion de reparler prochainement puisqu’il fait partie de mes productions à venir.

Quel bonheur de chanter dans un tel écrin ! Pourtant, malgré la magie exercée par les lieux, il y avait avant tout une partition à chanter, un rôle à tenir : Hoffmann, poète maudit, amoureux éternellement déçu, alcoolique, éperdument amoureux d’une cantatrice, La Stella, dont il dépeindra durant tout l’opéra les différentes facettes de la personnalité en les personnifiant sous les traits de trois amours inventés, Olympia (poupée inerte au cœur glacé*), Antonia (artiste, virtuose*)[[Les descriptions des trois personnages féminins sont directement tirées du livret de l’Opéra.]] et Giulietta (courtisane au front d’airain*).


Les poètes sombrant dans l’alcool et les paradis artificiels sont nombreux dans l’histoire, Verlaine, Baudelaire et plus près de nous les chanteurs Renaud ou Serge Gainsbourg par exemple. C’est en pensant à cette facette du personnage, à tous ceux que je viens de citer, mais aussi à l’homme fragile, poète et amoureux que j’ai entrepris la construction de mon Hoffmann. Construction qui se fait en liant l’apprentissage de la musique et la réflexion sur le sens des mots, des phrases et des ponctuations, un travail de musicien, doublé d’un véritable travail de comédien, qui devient extrêmement intéressant quand il s’agit, comme ici, d’un personnage complexe exprimant une si grande variété de sentiments.

Ce rôle est aujourd’hui souvent distribué à de forts ténors que l’on appelle « ténors dramatiques ». Il y a encore quelques années, beaucoup de ténors qui n’avaient pas cette tessiture de voix (ténor de demi caractère), l’ont interprété merveilleusement : je pense à Alain Vanzo, Lépopold Simoneau, Nicolai Gedda entre autres. Le problème avec cet ouvrage (et il en va de même pour Carmen) c’est qu’il fut créé à l’Opéra Comique où il n’était possible de faire entrer dans la fosse qu’une quarantaine de musiciens. Une masse musicale bien moindre que celle utilisée aujourd’hui pour jouer cette œuvre, puisqu’au moins 80 musiciens sont alors dans la fosse. Il a donc fallu revoir les tessitures à la hausse, et c’est pourquoi beaucoup d’Hoffmann actuels n’ont pas vraiment la voix qu’imaginait Offenbach.

Cette production versaillaise fut créée quelques jours avant à l’Opéra de Rouen. J’ai du faire face à une situation saugrenue, puisque nous devions changer de soprano entre les deux théâtres. Il m’a donc fallu m’adapter aux personnalités de mes deux partenaires (Fabienne Conrad pour Rouen et Norah Amsellem pour Versailles) et à leurs personnages respectifs, ce qui (excepté le fait de répéter deux fois plus, mais quand on aime on ne compte pas…) a fait évoluer mon personnage différemment selon la personne que j’avais en face de moi. Les répétitions faisaient alterner les chanteuses et il me fallait rester vigilant pour savoir à laquelle d’entre elles allait arriver sur scène et m’adapter alors à son personnage ! Au final, j’ai trouvé ce petit jeu de passe-passe intéressant, je devais être un autre homme en scène, et ne jamais le faire évoluer de la même façon. Il est à noter que mes deux partenaires interprétaient, avec brio, les trois rôles féminins, option qui fut voulue par Offenbach mais qui est assez peu donnée aujourd’hui, car suivant la version que l’on joue, les tessitures peuvent aller du Soprano Colorature pour Olympia, au Mezzo Soprano pour Giulietta ce qui est évidemment bien délicat à chanter pour une seule et même personne. Notre metteur en scène Frédéric Roels avait choisi la version des éditions Choudens, qui permet encore de jouer les Contes comme l’avait voulu « Le petit Mozart des Champs Elysées[[Surnom qu’avait donné Rossini à Offenbach]] »

Mais revenons-en à l’écrin où nous avons pu présenter notre spectacle. 244 ans que ce théâtre fut inauguré… et depuis toujours, une acoustique sublime, permettant aux chanteurs de faire des nuances extraordinaires sans jamais être couverts par l’orchestre. A cette époque on savait faire des salles où les artistes n’avaient pas à se mettre en danger, on utilisait des matériaux simples, bois et pierre, ce qui, pour la voix est l’option royale. Comme quoi les choses simples sont essentielles !

Florian Laconi

Illustration de l’entête: Fabienne Conrad Olympia, Florian Laconi Hoffmann, Jean-Philippe Corre Spalanzani


[
WUKALI ->http://www.wukali.com] 01/11/2014


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