S’il n’est meilleur sujet en poésie que l’amour, Paul Géraldy s’inscrit au vingtième siècle au même titre qu’Appolinaire, Aragon ou Éluard au Livre d’or des anthologies. Baudelaire en son temps avait déjà célébré Jeanne et magnifiée de toutes ses vertus, comme Brassens plus tard d’ailleurs, Jeanne si belle et tant aimée ou Lou plus tard pour l’artilleur merveilleux, Géraldy ne pose pas de prénom et célèbre la fusion passionnée, l’émotion sentimentale jusqu’à la faiblesse, l’étreinte amoureuse et ces petits à-côtés qui tout à la fois font souffrir et nous élèvent solaires au-dessus de nous-mêmes.

Pierre-Alain Lévy


Jalousie

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Je suis jaloux. Tu es là-bas, à la campagne,
et moi je suis là, tout seul, à présent !
Des parents, je sais, t’accompagnent
qui ne sont pas très amusants.
Mais je suis jaloux tout de même,
jaloux de te savoir là-bas par ce printemps…
Tout ce bleu doit te faire oublier que tu m’aimes…
Moi je pense à toi tout le temps !
J’ai l’âme ivre et comme défaite.
Je pleure d’amour et d’ennui.
Ton image est là, dans ma tête :
tu es joliment bien, petite âme, aujourd’hui !
Je suis jaloux, quoi que je fasse ou que je veuille.
Il fait tiède et doux dans Paris !
C’est adorable ! Et moi je rage et je t’écris,
à toi, à toi, petit chéri,
qui est là-bas, où sont les feuilles…
Tu dois avoir ton grand chapeau
de paille blonde et de glycines
qui met des petits ronds de soleil sur ta peau.
Tu dois bien m’oublier ! Et moi je te devine
jolie, heureuse… Il fait si beau !
Ah ! je pleurerais de colère !
Il a plu pendant tout un mois :
Il faut qu’on t’écarte de moi
quand tu m’es le plus nécessaire !
Je ne t’ai jamais tant aimée qu’en ce moment.
Cet air tiède et doux m’exaspère
qui pénètre l’appartement
Je t’en veux, je souffre, et souhaite
que là-bas tu souffres autant.
Ce n’est pas très gentil, bien sûr ! C’est un peu bête.
Mais, que veux-tu ! je t’aime tant !
Je voudrais que tu me regrettes
au point de haïr ce printemps…
Je serais même très content
s’il te faisait un peu mal à la tête.

Paul Géraldy (1885-1983)

in «Toi et Moi»


Illustration de l’entête: L’étreinte, Egon Schiele.1917. Huile sur toile 100cmx170cm. Palais du belvedere. Vienne (Autriche)


WUKALI 20/112014


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